C’est une fin de parcours pathétique, cruelle et inévitable pour Ryan Reaves.
Le redouté bagarreur, autrefois l’un des hommes les plus craints du circuit Bettman, n’est plus que l’ombre de lui-même.
Vendredi soir, il devrait affronter le Rocket de Laval… dans l’uniforme des Marlies de Toronto. Oui, la Ligue américaine. Et ce qui l’attend est loin d’être une partie de plaisir.
Car devant lui, c’est Vincent Arseneau qui l’attend. Légende des Îles-de-la-Madeleine, vétéran de la AHL, véritable monument de robustesse et de cœur.
Arseneau, c’est ce guerrier qui a remis son doigt en place en plein combat contre Kale Kessy, puis a continué à distribuer les coups comme si de rien n’était.
C’est ce guerrier qui, selon les mots de Pascal Vincent, « fait lever une foule de 10 000 personnes avec son cœur, sa détermination et son respect du jeu ».
Et Reaves, lui? Il ne peut même pas revenir avec les Maple Leafs. Son coach, Craig Berube, l’a déjà dit clairement : il n’a plus besoin de lui. Ni cette saison. Ni la prochaine.
L’exil en Ligue américaine est brutal. Pour un joueur qui aimait tant faire le frais, qui en rajoutait dans les médias, qui se moquait d’Arber Xhekaj en affirmant qu’il avait fui un combat… la chute est violente.
Reaves, c’est un salaire de 1,3 million de dollars par année pour deux petites mentions d’aide en 35 matchs cette saison, aucune utilité, aucune contribution.
Un boulet pour les Leafs. Même en séries, rien ne garantit qu’on le reverra. Et s’il joue contre Laval, ce pourrait bien être la dernière fois que le monde du hockey le regarde.
Parce que face à lui, c’est Arseneau qui se dresse. 86 combats en carrière. Une coupe Memorial. Deux coupes Kelly. Et surtout, une rage de vaincre encore bien vivante.
C’est aussi une revanche symbolique. Un règlement de compte. Rappelons-nous : Reaves a longtemps tenu des propos méprisants envers Arber Xhekaj.
Il l’a accusé d’avoir simulé une blessure pour éviter un combat. Il l’a traité de lâche. Il l’a insulté devant les médias.
Et pourtant… c’est Reaves qui n’a jamais voulu affronter Xhekaj après leur première humiliation. C’est Reaves qui s’en est plutôt pris à Michael Pezzetta — une cible facile — pour tenter de laver son honneur.
Et maintenant? Xhekaj est dans la LNH, toujours debout, toujours prêt à défendre ses couleurs, tandis que Reaves est coincé dans la LAH, avec aucune porte de sortie. Le karma. Froid, brutal, sans pitié.
Tout indique que si Reaves décide de jeter les gants vendredi soir, ce sera pour la dernière fois de sa carrière. Et ce sera probablement le dernier souvenir qu’il laissera : un combat contre un guerrier madelinot qui n’a jamais reculé devant personne, même pas avec un doigt disloqué.
Arseneau n’est pas là pour faire des courbettes. Il est là pour protéger ses coéquipiers, inspirer ses jeunes, représenter le Rocket avec fierté. Il a tout vécu : la East Coast, les bus pendant 18 heures, les salaires de misère, les blessures, les sacrifices. Il est prêt.
Et lui, contrairement à Reaves, n’a jamais eu la langue trop longue.
Reaves va se présenter dans une Place Bell hostile, bruyante, chauffée à blanc. Et si Arseneau décide d’y aller, ce sera sans pitié.
Ryan Reaves est déjà tombé. Ce qui reste, ce n’est qu’une carcasse vide d’un homme autrefois craint, désormais moqué, ignoré, oublié.
Vendredi, Vincent Arseneau pourrait bien être celui qui enfoncera le dernier clou dans le cercueil.
Et si ça arrive, ce ne sera pas un combat. Ce sera une exécution.
Reaves, qui aimait tant parler de code, va peut-être goûter à la réalité d’un gars qui, lui, respecte le hockey, respecte la glace, et respecte ses adversaires. Mais n’a peur de personne.
Le cirque est fini. Place aux vrais guerriers.
Ce qui rend cette situation encore plus savoureuse, c’est la revanche silencieuse — mais brutale — d’Arber Xhekaj.
Celui qu’on avait accusé de fuir Reaves, celui que les médias torontois avaient présenté comme un jeune intimidateur « pas prêt à jouer selon les règles du code », celui qui s’était fait ridiculiser par Reaves lui-même… est aujourd’hui dans la LNH, bien vivant, bien établi, pendant que Reaves ronge son frein dans la Ligue américaine.
Xhekaj n’a pas besoin de répliquer. Il n’a pas besoin de faire une déclaration. Son sourire suffit. Sa place dans l’alignement du Canadien suffit.
Et surtout, la chute de Reaves suffit à lui donner raison. Les rôles se sont inversés. Celui qui faisait la leçon est devenu la cible de moqueries. Celui qui était la cible est devenu l’exemple à suivre.
Il doit être crampé de rire, Xhekaj. Il doit voir Reaves dans les journaux de la LAH, et se dire que le karma, ça fait son œuvre.
Lentement, mais sûrement. Ce n’est pas une question de vengeance, c’est une question de justice. Il n’y aura pas de deuxième acte à leur rivalité. Reaves ne le mérite plus. Il n’est plus un égal. Il est devenu un souvenir.
Quant à Vincent Arseneau, il n’est pas juste un bagarreur de plus dans le décor. C’est un homme construit pour ce rôle, au sens noble du terme.
Ce n’est pas un gars qui court après les projecteurs. C’est un joueur de devoir, un vétéran qui a fait ses classes dans les circuits les plus ingrats du hockey professionnel.
De la CHL à l’ECHL, en passant par les voyages de 18 heures en autobus, les repas au McDo parce qu’il n’y avait rien d’autre dans le budget, Arseneau a tout vu. Tout vécu.
Il ne s’est jamais plaint. Il a gravi les échelons, à coups de poings et de persévérance. Il a gagné des championnats.
Il a marqué des buts importants. Il est aujourd’hui le papa du vestiaire lavallois, celui qui donne l’exemple par son éthique, sa résilience, et son authenticité.
Et vendredi, il ne verra pas Reaves comme un monument. Il le verra comme une opportunité de plus de prouver qu’il mérite son nom dans les conversations sérieuses.
Arseneau ne cherche pas à humilier, mais s’il doit faire respecter ses couleurs, il le fera avec tout ce qu’il a appris depuis 12 ans de guerre sur la glace.
Pas besoin de mots. Pas besoin de provocations. Son regard, son énergie, son silence… parleront plus fort que tout ce que Reaves pourra dire.
La scène est presque poétique. Ryan Reaves, autrefois roi des arènes, contraint de croiser le fer avec un gladiateur venu des Îles-de-la-Madeleine.
Un gars qu’aucun recruteur de la LNH ne voulait. Un gars qui a tout sacrifié pour vivre son rêve. Et ce même Reaves, qui faisait le paon devant les caméras, réduit aujourd’hui à tenter de survivre dans un monde qui l’a dépassé.
Pendant ce temps, Xhekaj sourit. Arseneau fonce. Et la planète hockey observe.
Vendredi, ce n’est pas seulement un match de la Ligue américaine. C’est une page qui se tourne. Celle de Reaves. Et peut-être, l’entrée fracassante d’Arseneau dans la mémoire collective.
Et si c’était lui, le dernier vrai homme fort?
Ce combat ne décidera peut-être pas du destin des Marlies ou du Rocket. Mais il pourrait bien écrire la dernière ligne d’un chapitre, celui de la chute d'un ancien géant...