Ivan Demidov écarté par Alexandre Texier: Martin St-Louis sans pitié

Ivan Demidov écarté par Alexandre Texier: Martin St-Louis sans pitié

Par David Garel le 2025-11-28

Il y a parfois des soirs où le score ment, où la victoire maquille des vérités beaucoup plus profondes, beaucoup plus gênantes, beaucoup plus révélatrices.

La victoire du Canadien contre Vegas, 4 à 1, fait partie de ces soirées-là. Tout le monde se réjouit, tout le monde parle du système qui “a tenu”, tout le monde souligne la performance défensive et le retour à une structure qui se tient avec du ruban adhésif… mais derrière les jouies de la victoire, derrière les sourires dans le vestiaire, derrière les clichés d’après-match, il y a une réalité qui pèse lourd : Ivan Demidov a encore été relégué à la niche de Martin St-Louis, et pour une fois, ce n’est même plus un débat.

Et si c’était seulement Martin St-Louis qui le voyait ainsi. l’entraîneur prudent, un peu frileux, un peu méfiant à l’égard d’un talent brut, d’un kid trop jeune, trop créatif, trop imprévisible pour son système qui carbure à la structure et à la responsabilité.

Mais ce qui s’est passé contre Vegas, c’est autre chose. C’est un tournant. C’est la première fois que même les médias qui prenaient la défense du jeune Russe admettent qu’il a été effacé.

Simon-Olivier Lorange, qui s’était souvent placé dans le camp de ceux qui réclamaient plus de minutes, plus de liberté, plus de responsabilités pour Demidov, a cette fois écrit noir sur blanc que le jeune phénomène avait été “effacé à cinq contre cinq”, “mou”, “l’attaquant le moins utilisé à part Florian Xhekaj”.

Quand même La Presse, qui souffle habituellement dans le sens inverse de St-Louis, finit par reconnaître la même chose que l’entraîneur, c’est que quelque chose s’est réellement passé.

Et ce quelque chose, c’est simple : Ivan Demidov n’a joué que 12 minutes et des poussières dans un match où il n’y avait aucun danger, aucun chaos, aucune panique. 

Dans un match où l’entraîneur aurait pu s’amuser un peu, ouvrir la porte, tester, essayer, donner du jus, offrir de la confiance, il a plutôt refermé toutes les fenêtres.

Il a joué exactement comme il voulait jouer : avec prudence, avec contrôle, avec une hiérarchie très claire… où Demidov s’est retrouvé tout en bas, juste au-dessus du petit frère d’Arber, Florian Xhekaj.

Et pendant que Demidov attend encore qu’on le traite comme un joueur capable de changer un match, Alex Texier, lui, jouait ses 13 minutes 41 secondes comme si c’était normal. 

Un premier match à Montréal, un premier point, une adaptation immédiate, une place claire dans la rotation, un rôle défini, des responsabilités assumées. C’est toujours plus facile quand l’entraîneur t’ouvre la porte et ne te la laisse pas claquer au visage à la moindre erreur.

Mais dans le cas de Demidov, le message est claire et net :

“Tu vas jouer dans ma structure, dans mon rythme, dans mon système, à mon tempo… ou tu vas jouer 12 minutes.”

"Tu vas jouer de meilleure façon sans la rondelle

Et c’est exactement ce qu’on a vu.

La victoire n’a pas changé la dynamique.

La victoire n’a pas mené à des expérimentations.

La victoire n’a pas rapproché Demidov du premier power play.

La victoire n’a pas effacé la hiérarchie installée depuis deux semaines.

Demidov a encore été rangé dans la catégorie des joueurs dont Martin St-Louis ne fait pas encore confiance. Et maintenant, ce sont même les journalistes qui s’y rangent.

La phrase lourde de sens,  “il n’y a pas de véritable dernier de classe chez le CH, mais Demidov, pour un deuxième match de suite, a été effacé à cinq contre cinq” est la confirmation que ce n’est plus seulement une affaire de coaching. C’est devenu une affaire d’interprétation générale. La ville au complet commence à le voir.

Et pendant que le jeune Russe descend dans la hiérarchie, pendant qu’il s’éteint dans un rôle de plus en plus restreint, pendant que son influence disparaît, Zachary Bolduc, lui, remonte.

L ironiquement, dans cette histoire, c’est Bolduc qui devient le symbole inverse : celui à qui Martin St-Louis a décidé de redonner de l’air, énormément de minutes, une place sur le premier trio, un rôle sur l’avantage numérique, et même un crédit qu’aucun autre jeune n’a reçu aussi vite.

Et Bolduc, lui, a compris une chose : le seul moyen de survivre dans ce système, c’est de se battre comme un damné sur chaque présence. Et c’est ce qu’il fait. Et voilà qu'il produit comme un monstre.

On peut aimer son jeu ou pas, mais Bolduc a compris qu’il devait aller chercher son temps de glace avec du sang, de la sueur et des coins de patinoire arrachés. Voilà pourquoi St-Louis lui a donné du temps de jeu. Et voilà pourquoi Bolduc est tout simplement en feu.

Demidov, lui, n’a pas encore trouvé la clé pour entrer dans cette maison-là.

On pensait qu’une victoire contre Vegas allait ramener la confiance, allait ramener du souffle, allait ramener une ouverture dans l’utilisation du jeune Russe.

Il y a des soirs où un entraîneur gagne un match… mais perd une partie de la conversation.Et il y a des soirs où un entraîneur gagne un match… et gagne aussi l’argument.

Ce soir-là, Martin St-Louis a gagné les deux.

La ville entière voit maintenant ce qu’il voit.

Et même ceux qui le critiquaient admettent la même conclusion que lui :

Demidov, pour l’instant, n’est pas prêt à sortir de sa niche.

Et St-Louis, lui, ne semble absolument pas pressé de lui faire de la place ailleurs.