Le calvaire de Martin St-Louis: abandonné par son vestiaire

Le calvaire de Martin St-Louis: abandonné par son vestiaire

Par Marc-André Dubois le 2025-03-25

Ce devait être un duel de titans. Deux des meilleures équipes de la LNH depuis la reprise des activités après la pause de la Confrontation des 4 Nations.

Un affrontement symbolique entre Martin St-Louis et son rival qui menaçait de le remplacer, Jim Montgomery. Un match charnière dans une course aux séries étouffante de chaque côté du classement.

Mais ce qu’on a vu ce soir à St. Louis, ce n’est pas une bataille. C’est une capitulation honteuse. Une humiliation à sens unique. 

Les Canadiens de Montréal se sont effondrés 6-1 contre les Blues de St. Louis, dans un match qui laissera une trace bien plus profonde que les simples statistiques au classement général.

Une équipe sans âme, un entraîneur seul face à son ennemi.

Dès les premières secondes, le ton était donné. Aucun tir du CH dans les 11 premières minutes, pendant que les Blues décochaient déjà neuf tirs menaçants vers Samuel Montembeault.

Les joueurs du Canadien semblaient désorganisés, sans vie, incapables de répondre à l’intensité des hommes de Montgomery, qui jouaient avec vitesse, précision, et un sentiment d’urgence que le CH n’a jamais égalé.

Oui, Nick Suzuki a brièvement redonné espoir avec un but en première période. Mais il ne s’agissait que d’un éclair sans lendemain. Dès le retour au jeu, les Blues ont repris le contrôle total, marquant à nouveau avant la fin du premier vingt, puis dominant outrageusement le reste du match. À 3-1, 4-1, puis 6-1, l’effondrement psychologique était complet.

Ce n’était pas un match comme les autres. Tous les joueurs le savaient. Tous les partisans aussi. Depuis des mois, Jim Montgomery plane comme une ombre sur Martin St-Louis, depuis qu’il a été libéré par Boston et que tout le Québec hockey le réclamait comme sauveur.

Aujourd’hui, non seulement Montgomery est de retour derrière un banc, mais il dirige l’équipe la plus redoutable de la ligue depuis un mois.

Et ce soir, il n’a même pas eu besoin d’en faire trop : les joueurs du Canadien ont abandonné leur entraîneur.

Aucune émotion. Aucun sursaut d’orgueil. Aucun sentiment de protection envers un entraîneur qui vit sous pression constante.

Ce match, c’était l’occasion parfaite pour les joueurs du CH de prouver qu’ils croient encore au plan de Martin St-Louis. Ils ont plutôt prouvé l’inverse.

Depuis quelques semaines, les partisans faisaient preuve d’indulgence. Le CH résistait, grappillait des points en prolongation, montrait des signes d’espoir.

Mais ce soir, tout s’est écroulé. Et il devient impossible de cacher la vérité : Martin St-Louis est seul. Livré à lui-même. Son vestiaire a lâché. Et ce, dans le pire contexte possible : contre l’homme que tout le monde voulait à sa place.

Il y avait quelque chose d’insultant dans l’intensité des Blues. Comme si Montgomery voulait envoyer un message, lui aussi.

Un message à ceux qui doutaient de lui à Boston, mais surtout à ceux qui ont préféré garder St-Louis à Montréal. Et ses joueurs ont exécuté le plan à la perfection, avec une discipline froide et méthodique.

Et maintenant ?

Le CH reste techniquement dans la course aux séries, mais cette défaite-là vaut plus que deux points au classement. 

Elle expose une fracture morale. Une perte de confiance. Et surtout, elle relance avec force toutes les interrogations

Le CH fera-t-il les séries ?

Les joueur y croient encore ?

Car ce soir, les doutes ne viennent pas des réseaux sociaux. Ils viennent de la glace elle-même. Et le verdict est brutal :

Quand le moment de défendre ton coach arrive, soit tu montes au front… soit tu fuis.

Ce revers humiliant, ce 6-1 sans émotion, ravive une blessure que Martin St-Louis croyait peut-être refermée. Mais le souvenir de novembre dernier revient ce soir avec une violence crue.

Quand Jim Montgomery a été congédié par les Bruins de Boston, tout le Québec hockey l’a immédiatement désigné comme le successeur naturel de St-Louis.

Les appels au changement n’étaient plus discrets. Ils étaient massifs. Les réseaux sociaux du Canadien débordaient de commentaires exigeant l’arrivée de Montgomery.

Des montages circulaient partout avec son visage derrière le banc du CH. Le mot-clic #Montgomery était en tendance au Québec pendant plusieurs jours.

Même les médias traditionnels se prêtaient au jeu : "Montgomery est libre, c’est maintenant ou jamais."

Dans les bureaux du CH, les courriels affluaient. Le département des communications croulait sous les messages. Et St-Louis, en pleine tempête, tentait de garder la tête haute.

Mais son regard fatigué, ses silences en point de presse, son ton plus sec que d’habitude… tout laissait entrevoir un homme profondément affecté.

Il ne l’a jamais dit, mais il le savait : le Québec ne voulait plus de lui. Pas parce qu’il avait échoué, mais parce que quelqu’un "de mieux" venait de tomber du ciel.

Ce soir, cette douleur revient. Parce que non seulement Montgomery a retrouvé un banc… mais il a humilié Martin St-Louis dans son propre théâtre mental.

Sur la patinoire, devant le monde du hockey, l’homme que tout un peuple voulait à Montréal a réduit l’équipe de St-Louis à néant.

Ce match ne comptera pas seulement dans les statistiques de la saison. Il comptera dans l’histoire de l’ère St-Louis. Car ce soir, le Québec n’a pas eu besoin de rêver Montgomery.

Il l’a vu. Il l’a vu orchestrer un club qui joue avec structure, détermination et clarté.

Et il a vu, en face, un entraîneur qui cherche encore sa voie, avec un groupe qui, ce soir, l’a lâché au moment le plus crucial.

Si la direction du CH avait hésité à tourner la page en novembre dernier, par loyauté ou par conviction, elle devra maintenant se demander si ce 6-1 n’est pas un signe évident. Un point de rupture.

Le public n’a pas oublié Montgomery. Et ce soir, il a rappelé à tout le monde pourquoi il était désiré.

Pour Martin St-Louis, c’est une autre nuit blanche à digérer. Une autre gifle publique. Mais celle-là, elle risque d’être la plus difficile à encaisser.

Parce que cette fois, ce n’est pas une rumeur. Ce n’est pas un fantasme. C’est réel. C’est cruel. Et c’est signé Montgomery.

Le Canadien a fui. Et Montgomery, lui, est reparti victorieux, avec la confirmation que le club qui aurait pu être sien est toujours en pleine crise identitaire.

Direction Philadelphie maintenant, puis la Caroline et la Floride. Mais la vraie tempête, elle est déjà bien installée… à l’intérieur.