Il y a des chutes qui se font dans le silence. Et d’autres qui se font sous les projecteurs, à la vue de tous, dans un concert de rires malveillants, de moqueries virales et de commentaires cinglants.
Cette semaine, Jean Perron, ex-entraîneur du Canadien de Montréal, s’est retrouvé malgré lui dans cette seconde catégorie.
Pris au piège d’un système médiatique qui l’utilise, l’exploite, puis le jette quand il devient trop embarrassant, Perron traverse ce qui ressemble fort à la semaine la plus humiliante de sa vie publique.
Et pendant que le Québec rit de ses gaffes, de ses lapsus, de ses mots déformés, une chose est trop peu dite : il y a une famille derrière cet homme.
Une famille qui regarde tout ça. Qui vit ce lynchage en direct. Qui pleure, peut-être, dans le silence.
Jean Perron, c’est un nom qui a longtemps signifié rigueur, autorité, et même succès. En 1986, il était derrière le banc du Tricolore pour la dernière conquête de la Coupe Stanley.
Il avait ses défauts, bien sûr. Les joueurs se moquaient de lui dans son dos. Mais il avait aussi une passion sincère pour le hockey. Une flamme authentique. Et aujourd’hui, cette flamme ne brûle plus que pour être tournée en dérision.
Dans les dernières semaines, l’homme de 78 ans a multiplié les déclarations incohérentes, maladroites, parfois même choquantes.
Il a parlé de Demidov comme d’un “étranger”, sans comprendre le contexte géopolitique, sportif et humain du jeune Russe.
Plus tôt cette année, il a évoqué Montréal comme une “ville du péché” où les joueuses de bowling, dans un délire absurde, demandent des autographes sur leurs “boules”.
Il a affirmé à tort avoir travaillé avec Steve Bégin à 110%, alors que Bégin était joueur actif pendant cette époque.
Mais ce n’est pas seulement ce qu’il dit qui blesse. C’est ce qu’on fait de lui.
On l’invite sur des plateformes comme La Poche Bleue, non pas pour son expertise, mais pour ses maladresses. On le pousse à la faute. On l’expose, volontairement, comme une bête de cirque.
Chaque fois qu’il parle, les extraits circulent, se transforment en memes, en clips viraux, en moqueries. Et chaque fois, l’homme s’enfonce un peu plus dans une caricature qu’il n’a plus la force de corriger.
À Radio X, il s’est même retrouvé à commenter de manière troublante la situation mentale de Patrik Laine, suggérant que le joueur avait un “problème mental” — une déclaration qui a soulevé un tollé.
Il a tenté de se rattraper, parlant de “dureté du mental”, mais le mal était fait. Un autre extrait tourné en dérision, un autre moment de honte publique.
Et sa famille ? Sa femme, ses enfants, ses petits-enfants ? Comment vivre cela ? Comment regarder un homme qu’on aime, un père, un grand-père, se faire traiter en bouffon ?
Comment encaisser les vagues de haine, les commentaires de parfaits inconnus qui parlent de lui comme d’un vieillard sénile, d’un has-been à tasser, d’un embarras national ?
Comment faire front quand les médias l’utilisent comme outil de buzz, puis l’abandonnent une fois la tempête passée ?
Et ce n’est pas d’hier que ça dure. Il y a des années déjà, Serge Savard, ancien directeur général du CH, avait révélé que Jean Perron n’était en réalité qu’une façade derrière le banc.
Que les vraies décisions venaient de Jacques Lemaire. Que Perron n’avait pas la confiance du vestiaire. Que même lors de son plus grand triomphe — une Coupe Stanley — il était déjà relégué au rang de pantin.
Ce témoignage de Savard, glissé dans une entrevue sans filtre, a brisé quelque chose. Il a confirmé à ceux qui doutaient déjà que Jean Perron avait peut-être toujours été un imposteur à leurs yeux.
Depuis, tout ce qu’il dit est filtré à travers cette lentille de doute et de mépris.
Et aujourd’hui, c’est pire que jamais. Perron n’est plus vu comme un ex-entraîneur coloré. Il est devenu une caricature ambulante. Une marionnette d’un autre temps. Un homme qu’on invite pour se moquer, pas pour écouter.
Et cela vient s’ajouter au mal-être grandissant qui entoure l’image publique de Perron aujourd’hui.
Lors d’une entrevue marquante il y a quelques années, Serge Savard a révélé que Jean Perron n’avait jamais vraiment été en contrôle derrière le banc du Canadien, même lors de la conquête de la Coupe Stanley en 1986.
Selon Savard, c’est Jacques Lemaire, alors entraîneur adjoint, qui dirigeait réellement l’équipe, prenant les décisions stratégiques importantes, gérant les joueurs, et imposant le style de jeu.
Savard allait même jusqu’à dire que Jean Perron servait essentiellement de “paravent”, une figure de façade utilisée pour gérer les médias, tandis que les vraies décisions étaient prises dans l’ombre.
Savard avait aussi mentionné que des joueurs influents comme Bob Gainey avaient plus de pouvoir dans le vestiaire que l’entraîneur lui-même.
Il évoquait un contexte où Perron n’inspirait pas le respect, où les vétérans le contournaient, et où son autorité était constamment remise en question.
Ces révélations, dites de manière froide et sans fard, ont réduit à néant le prestige de ce que Jean Perron présentait depuis toujours comme son moment de gloire.
Cela équivaut, dans l’imaginaire collectif, à dire que le dernier entraîneur à avoir gagné la Coupe avec le CH… n’en était même pas vraiment un.
Et pour sa famille, entendre ça — surtout de la bouche d’un monument comme Serge Savard — doit être profondément cruel.
Parce qu’au-delà de la figure publique, il y a un homme qui, toute sa vie, s’est accroché à cette victoire comme preuve qu’il avait sa place dans l’histoire du hockey.
Un homme qui, malgré ses maladresses, croyait encore avoir quelque chose à offrir. Et aujourd’hui, cette image est publiquement détruite, décomposée en morceaux sous les rires des balados et les commentaires moqueurs.
Serge Savard a peut-être voulu rétablir une certaine vérité, mais il a aussi, volontairement ou non, enterré l’héritage d’un homme vivant, laissant sa famille avec le poids d’un souvenir transformé en gêne.
Quand cette humiliation historique rencontre la dérive actuelle de Jean Perron dans les médias, c’est un cocktail de honte publique, de pitié silencieuse et de douleur intime que ses proches doivent endurer.
Et c’est là qu’on doit s’arrêter, regarder ce que nous sommes devenus collectivement, et se demander si on accepterait de voir notre propre père ou grand-père subir pareille descente aux enfers, en direct, dans l’indifférence ou l’amusement général.
Nos pensées accompagnent sa famille. Parce que ce qu’ils vivent aujourd’hui, c’est bien plus qu’un malaise… c’est un chagrin.
Mais derrière ce cirque tragique, il y a une vérité que personne n’ose nommer : Jean Perron a peut-être besoin d’aide.Il montre des signes de confusion, des mélanges de souvenirs, des propos déconnectés.
Ce ne sont plus seulement des “punchlines de taverne”, ce sont des signaux de détresse. Et pendant que les réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie, pendant que les podcasts s’en amusent, il y a des gens qui vivent une immense tristesse.
Ce sont eux, les véritables victimes de ce naufrage médiatique.
Alors aujourd’hui, nos pensées accompagnent Jean Perron. Mais surtout, elles accompagnent sa famille. Ceux qui doivent, jour après jour, subir les conséquences d’un système qui préfère exploiter plutôt que protéger.
Ceux qui aimeraient qu’on se souvienne de l’homme derrière le personnage. Ceux qui pleurent en silence pendant que la foule rit à gorge déployée.
Il n’est jamais trop tard pour faire preuve de dignité. Il n’est jamais trop tard pour dire à voix haute ce que tout le monde voit, mais que trop peu osent dénoncer : Jean Perron est en train de sombrer. Et personne ne devrait être sacrifié de la sorte pour alimenter les clics et les rires faciles.
Aujourd’hui, ce n’est pas lui qui fait honte. C’est nous.