Tempête médiatique: Samuel Montembeault piégé

Tempête médiatique: Samuel Montembeault piégé

Par David Garel le 2025-03-21

C’est cruel. Il n’y a pas d’autre mot. Samuel Montembeault, le bon soldat, le Québécois discret qui fait tout ce qu’on lui demande, est encore une fois en pleine tempête.

Une tempête injuste, prévisible, mais surtout profondément décourageante. Car peu importe ses performances, peu importe ses efforts, Samuel Montembeault semble condamné à vivre dans un cercle vicieux où le pardon n’existe pas.

À la moindre faille, la machine médiatique s’emballe, les partisans s’impatientent, les critiques fusent. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Mardi soir contre Ottawa, Montembeault a certes obtenu la victoire, mais on ne retiendra que la vilaine rondelle échappée, celle qui a mené à un but que tous les gardiens de la LNH doivent arrêter les yeux fermés.

Hier, face aux Islanders, le scénario s’est répété : plus de 40 tirs du CH, un match à sens unique… et pourtant, deux buts douteux accordés qui ont ramené les doutes.

Encore. Toujours. Samuel Montembeault est jugé avec une sévérité qui dépasse l’entendement. On dirait que pour certains, il suffit qu’il respire pour qu’on lui reproche de ne pas voler.

Dans les coulisses, la pression monte. On entend de plus en plus de voix réclamant que Jakub Dobeš obtienne le départ contre l’Avalanche du Colorado samedi.

Certains osent même dire que Montembeault doit être relégué au rôle de numéro deux, que c’est terminé, que le poste est maintenant à Dobes.

Ça en dit long sur la patience du public montréalais. Le même public qui rêve déjà de Jacob Fowler, le prodige qui arrivera l’an prochain, comme un sauveur.

Mais on le sait, même Fowler passera par Laval. Ce n’est pas demain qu’il prendra les rênes de l’équipe.

Alors, que reste-t-il à Montembeault? Peu. Il sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Il sait qu’à Montréal, être gardien de but, c’est marcher sur un fil mince comme une lame.

Il a beau être sous-payé pour un gardien numéro un à 3,15 millions par saison, il n’a pas le luxe d’avoir un mauvais mois, une mauvaise semaine, ou même une mauvaise période.

Dès qu’il flanche, le couperet tombe. On ne lui laisse rien passer.

C’est le triste destin de bien des gardiens dans cette ville. Patrick Roy en sait quelque chose. On le glorifie aujourd’hui, mais à l’époque de son échange, une bonne partie de la foule ne pleurait pas son départ.

On refait l’histoire, mais la vérité, c’est que Roy aussi a été malmené. À Montréal, le filet est un trône aussi prestigieux que toxique. Il élève, mais il détruit.

Samuel Montembeault n’est pas parfait. Il ne sera jamais Carey Price. Mais il n’a jamais cessé d’essayer, de progresser, de se battre pour ce chandail.

Et malgré tout, il reste le mal-aimé. Le gardien que l’on tolère, jamais celui qu’on célèbre.

La question est maintenant claire : combien de temps pourra-t-il encore endurer cette pression? Combien de mauvais buts lui faudra-t-il pour que la patience s’épuise définitivement?

Car à Montréal, le jugement est souvent sans appel. Et Montembeault, lui, ne semble jamais pouvoir plaider sa cause.

Mais au-delà de tout ça, il y a une autre réalité qui commence à devenir insupportable pour Samuel Montembeault : celle d’entendre, jour après jour, parler de Jacob Fowler et de Jakub Dobeš comme les sauveurs de la position de gardien à Montréal.

Chaque émission de radio, chaque chronique à la télévision, chaque conversation entre partisans finit inévitablement par revenir à ces deux noms.

À force de les entendre, Montembeault doit se sentir comme un fantôme dans son propre filet. Un gardien qui, peu importe ce qu’il fait, ne pourra jamais faire taire les murmures.

Il est facile d’imaginer à quel point cela doit devenir lourd à porter. Lui, le Québécois, celui qu’on espérait voir devenir le prochain pilier du filet montréalais, celui qui a porté l’équipe sur ses épaules à plusieurs reprises l’an dernier, se retrouve maintenant comme un simple pion sur l’échiquier.

Et ce ne sont pas seulement les experts ou les médias qui le laissent entendre : même certains de ses coéquipiers, à voix basse, commencent à évoquer l’idée que la relève est plus proche qu’on ne le pense.

Une confiance fragile qui s’effondre à chaque mauvais but accordé, à chaque tir raté, à chaque performance ordinaire.

Quand il se lève le matin, Montembeault ne peut plus simplement se concentrer sur le prochain match. Il doit aussi gérer le vacarme incessant de la pression :

« Est-ce que Fowler est prêt ? Est-ce que Dobeš ne mériterait pas plus de matchs ? Est-ce que Montembeault va encore flancher contre une grosse équipe ? »

Ces questions, il les entend même lorsqu’elles ne sont pas posées. Elles sont dans les regards, dans les silences, dans l’ambiance autour de lui.

Et honnêtement, à ce stade-ci, qui peut le blâmer d’être à bout de nerfs ? Combien de fois un athlète peut-il être ramené à la case départ ?

Combien de fois peut-il avoir à prouver qu’il mérite d’exister dans une organisation qui, visiblement, prépare déjà sa succession ?

La fatigue mentale s’installe. La frustration monte. Et plus encore, le sentiment d’injustice devient difficile à étouffer. Car Montembeault n’est pas un mauvais gardien.

Il n’a simplement pas été assez bon, assez souvent. Et dans un marché aussi impitoyable que Montréal, « pas assez bon » devient rapidement « indésirable ».

À mesure que la saison avance, Montembeault doit composer avec cette évidence : il n’aura plus jamais de marge d’erreur.

Chaque mauvaise performance alimente le narratif qu’il n’est qu’un gardien de transition. Chaque but douteux vient renforcer l’idée qu’il ne survivra pas à la montée en puissance de Fowler.

Et chaque bonne prestation est accueillie non pas avec enthousiasme, mais avec soulagement, comme si c’était l’exception qui confirme la règle.

Il est désormais pris entre deux feux : trop bon pour être complètement écarté, mais pas assez solide pour être considéré comme une solution à long terme. Un entre-deux cruel, sans avenir, sans promesse.

Et pendant ce temps, la machine médiatique continue de tourner. Fowler est un prodige, un futur Price, un phénomène.

Dobeš est stable, calme, rassurant. Et Montembeault ? Il est celui dont on ne sait plus quoi faire. Celui dont on se demande déjà s’il sera échangé cet été. Celui dont on espère, pour lui, qu’il pourra rebondir ailleurs… parce qu’à Montréal, c’est déjà trop tard.

Si Montembeault se sent seul, ce n’est pas un hasard. Il est seul. Seul face à un mur qu’il ne pourra pas abattre. Seul dans un vestiaire qui regarde déjà vers l’avenir.

Seul dans un marché qui ne lui pardonne rien. Il n’est pas seulement en danger : il est condamné.