La victoire éclatante de 4-0 contre les Hurricanes de la Caroline aurait dû être un moment de célébration sans équivoque pour le Canadien.
Pourtant, en conférence de presse, un détail n’a pas échappé aux observateurs. Martin St-Louis a soigneusement évité de nommer Kent Hughes.
Lorsqu’il a été question de la date limite des transactions, St-Louis aurait pu parler du travail de son directeur général, exprimer sa confiance en lui, ou simplement dire qu’il comprenait la réalité des affaires dans la LNH.
Mais au lieu de ça, il a utilisé une phrase qui en dit long sur le malaise qui règne :
« La game, c’est une business. Il y a des décisions que du monde prend. C’est leur job de faire ça. »
«Nous autres, on contrôle ce qu'on peut contrôler. C'est juste ça. C'est ça qu'on demande aux joueurs. Je sais.. C'est un moment de l'année.
Mais nous, on se concentre sur nos affaires, nos actions. On va se préparer pour un match, jeudi. Je sais que la date (butoir), elle s'en vient, mais je ne pense même pas à la date. Je pense au match de jeudi», souligne St-Louis.
Du monde. Pas Kent Hughes.
Pas Jeff Gorton.
Pas la direction du Canadien.
Juste “du monde”, comme si les décisions qui allaient être prises dans les prochains jours ne le concernaient même pas, comme s’il refusait d’accorder à Hughes la reconnaissance d’un homme en contrôle du sort de son équipe.
C’est étrange, non ?
Car en ce moment, tout tourne autour de la tension qui existe entre l’entraîneur et son directeur général. St-Louis veut garder son équipe intacte, mais Hughes voit les choses autrement.
Le vestiaire envoie des signaux, mais Hughes ne bronche pas
Cette victoire contre les Hurricanes n’a pas seulement été une belle performance. Elle a aussi été un plaidoyer du vestiaire pour que la direction ne touche à rien.
Alexandre Carrier a été clair :
« On espère pouvoir garder l’équipe intacte. Dans le vestiaire, on croit en nous, on croit en notre formation, et évidemment qu’on veut que l’équipe reste intacte. »
Les joueurs savent que la vente de feu menace Joel Armia, Jake Evans, David Savard et Christian Dvorak. Ils savent aussi que ces échanges pourraient briser la chimie du groupe, une chimie qui les a gardés dans la course aux séries malgré toutes les embûches.
Et St-Louis ne veut pas voir son équipe démantelée une fois de plus.
Depuis son arrivée à la barre du CH, il a déjà vu des morceaux importants quitter le vestiaire à chaque date limite des transactions. Il l’a vécu avec Artturi Lehkonen, Ben Chiarot, Sean Monahan. Et cette année, il sent que c’est le même scénario qui se répète.
Il en a assez.
C’est pour ça qu’il ne veut même plus parler de Kent Hughes.
Pourquoi nommer un homme qui va encore briser son vestiaire ?
Pourquoi donner de l’importance à quelqu’un qui ne partage pas sa vision ? Le fossé entre Martin St-Louis et Kent Hughes n’a jamais été aussi grand.
St-Louis veut garder son groupe uni et continuer à se battre pour les séries. Hughes veut vendre des vétérans pour accumuler des choix et accélérer la reconstruction.
Le vestiaire veut rester soudé et croit en ses chances. Hughes reste froid et méthodique, refusant de laisser les émotions dicter ses décisions.
Il y a deux ans, Hughes a refusé d’échanger Josh Anderson malgré une offre énorme. Aujourd’hui, son contrat est devenu un problème.
L’an dernier, il a refusé d’échanger Mike Matheson au sommet de sa valeur. Aujourd’hui, les offres pour lui sont beaucoup moins alléchantes.
L’an dernier, David Savard aurait pu partir contre un choix de première ronde. Aujourd’hui, il vaut à peine un choix de deuxième tour.
St-Louis a influencé ces décisions. Il voulait garder ses leaders, garder une équipe compétitive. Et Hughes l’a écouté.
Mais pas cette fois.
Le message de St-Louis après la victoire contre les Hurricanes était limpide :
« Nous autres, on contrôle ce qu’on peut contrôler. C’est juste ça. »
Traduction : les joueurs font leur job, moi aussi, mais les décisions sont entre d’autres mains. Et si l’équipe ne gagne pas trois des quatre prochains matchs, Hughes ne reculera pas.
Le silence de St-Louis en dit long. Il sait que la tempête approche. Il sait que son équipe pourrait être démantelée d’ici le 7 mars.
Et il refuse de donner du crédit à celui qui appuiera sur le bouton rouge. C’est un froid glacial qui s’est installé entre lui et son DG.
Et bientôt, la guerre entre la passion de St-Louis et la froide logique de Hughes va atteindre son paroxysme.
Le vestiaire du Canadien envoie un message clair à Kent Hughes
Ce n’est pas seulement Martin St-Louis qui refuse de voir l’équipe être démantelée. Les joueurs aussi ont pris la parole après la victoire contre les Hurricanes, et leur message à la direction est sans équivoque :
Ils ne veulent pas voir leurs coéquipiers partir. Ils croient en cette équipe. Ils veulent se battre ensemble jusqu’à la fin.
Après la rencontre, Nick Suzuki n’a pas hésité à réaffirmer que le groupe est plus uni que jamais :
« On a prouvé qu’on pouvait rivaliser avec les meilleures équipes de la ligue. On a traversé des périodes difficiles, mais on est encore là. On ne veut pas que ça change. »
Mike Matheson, lui aussi, a tenu à défendre le statu quo :
« Ce groupe est spécial. On joue l’un pour l’autre et on croit en nous. Ce serait dommage de briser cette chimie maintenant. »
Et Jake Evans, l’un des principaux concernés par la vente de feu à venir, a livré un message qui résonne dans tout le vestiaire :
« Peu importe ce qui va arriver, on va continuer à se battre. Mais bien sûr qu’on veut rester ensemble. Personne ici ne veut voir des gars partir. On vit cette aventure ensemble, et on veut la finir ensemble. »
Il n’y a plus de doute : les joueurs font front commun avec leur entraîneur.
Ils savent que leurs performances dans les prochains matchs pourraient être déterminantes.
Ils savent que chaque victoire peut convaincre Hughes de ne pas tout casser.
Mais ils savent aussi que la décision ne leur appartient pas.
C’est Kent Hughes qui a la main sur le levier. Un vestiaire soudé… mais sous tension extrême. Si le Canadien perd ses prochains matchs, Hughes va appuyer sur le bouton rouge.
Joel Armia, Jake Evans, David Savard et Christian Dvorak seront sacrifiés.
Et cette équipe qui s’est battue toute l’année, malgré les blessures et les obstacles, sera réduite à une formation incomplète condamnée à finir la saison en roue libre.
« On sait que la date limite approche, mais on ne pense pas à ça. On pense juste au prochain match. »
– Cole Caufield
« On veut rester ensemble, c’est tout. On ne contrôle pas ce qui va arriver, mais on espère que la direction voit ce qu’on est en train de bâtir. »
– David Savard
Les joueurs ne peuvent pas être plus clairs. Mais leur sort ne leur appartient plus.
Martin St-Louis n’a pas nommé Kent Hughes. Parce qu’il sait qu’il ne gagnera pas ce combat. Parce qu’il sait que Hughes est un homme de logique froide, pas d’émotions.
Parce qu’il sait que ce DG est prêt à détruire ce qu’il a construit, juste pour amasser des choix au repêchage.
« Il y a des décisions que du monde prend. C’est leur job. »
Traduction : « Moi, je veux garder mon équipe intacte, mais c’est Kent Hughes qui décide. »
Dans quelques jours, nous saurons qui a eu le dernier mot. Si le Canadien enchaîne les victoires, Hughes pourrait hésiter.
Mais si l’équipe trébuche, le DG n’aura aucun remords à tout liquider.
Et alors, St-Louis n’aura plus qu’à constater les dégâts. L’unité du vestiaire sera brisée. Les sacrifices de la saison auront été en vain.
Et St-Louis devra terminer l’année avec une équipe décimée.
Ce sera son pire cauchemar. Et il le sait.
La question est maintenant simple :
Hughes entend-il le message du vestiaire ? Ou l’ignorera-t-il froidement ?