Un contrat peut changer le destin d’une organisation… et parfois, le meilleur coup d’un directeur général est celui qu’il ne fait jamais.
Depuis le départ de David Savard, plusieurs se demandaient comment le Canadien allait remplacer son expérience du côté droit de la défensive.
Noah Dobson est arrivé pour prendre une énorme part des responsabilités, Alexander Carrier continue d’offrir de précieuses minutes, mais le besoin d’ajouter un autre vétéran droitier revenait souvent dans les discussions.
Pendant un certain temps, le nom de Jacob Trouba faisait partie des candidats les plus populaires.
Sur papier, l’idée avait de quoi séduire.
Un ancien capitaine des Rangers, un défenseur intimidant, un joueur reconnu pour son leadership et son jeu physique. Le genre de personnalité capable de protéger un jeune groupe qui continue de grandir autour de Nick Suzuki, Cole Caufield, Ivan Demidov et Lane Hutson.
Aujourd’hui, tout indique que Kent Hughes a évité un énorme problème.
Les Sharks de San Jose ont accordé à Trouba un contrat de quatre ans d’une valeur annuelle de 8,25 millions de dollars.
Dès l’annonce de l’entente, plusieurs ont levé un sourcil. Les projections les plus optimistes le voyaient déjà autour de 6,4 millions par saison. San Jose a décidé d’aller beaucoup plus loin.
Depuis, les critiques s’accumulent.
Dom Luszczyszyn, de The Athletic, classe déjà cette entente parmi les pires contrats de toute la LNH.
Du côté de Daily Faceoff, on parle carrément de la deuxième pire signature du marché des joueurs autonomes cet été.
Le problème n’est pas uniquement le montant.
Trouba aura 36 ans à la fin de cette entente.
Les défenseurs qui misent autant sur le jeu physique vieillissent rarement en douceur.
Chaque année qui passe enlève un peu de mobilité, un peu de vitesse, un peu de capacité à récupérer lorsqu’un attaquant le déborde.

Les dernières séries éliminatoires ont d’ailleurs rappelé une réalité que plusieurs préféraient oublier.
À plusieurs reprises, Trouba s’est retrouvé battu en vitesse, contourné à l’extérieur et forcé de courir après le jeu.
Les mises en échec spectaculaires attirent toujours les regards, mais elles ne compensent pas les séquences où le défenseur n’arrive plus à suivre le rythme imposé par les meilleurs attaquants de la ligue.
C’est précisément ce qui rend cette signature aussi risquée.
San Jose ne paie pas seulement pour le Jacob Trouba d’aujourd’hui. L’organisation paie aussi pour celui de demain… et même pour celui qui aura 35 et 36 ans.
Le coût d’une telle décision dépasse largement le salaire versé au joueur.
Les Sharks possèdent actuellement beaucoup d’espace sous le plafond salarial. Cette marge disparaîtra rapidement lorsque Macklin Celebrini et Will Smith signeront leurs prochaines prolongations de contrat.
Chaque dollar investi aujourd’hui pourrait limiter les options de demain. C’est ce que plusieurs économistes appellent le coût d’opportunité… chaque mauvais investissement ferme la porte à un meilleur.
Voilà pourquoi cette entente inquiète autant les analystes.
Pendant ce temps, Kent Hughes a résisté à la tentation.
Le directeur général du Canadien aurait très bien pu céder au besoin d’ajouter un défenseur droitier d’expérience après le départ de Savard.
La pression existait. Plusieurs partisans réclamaient un joueur capable d’amener du caractère et de la robustesse au sein de la brigade montréalaise.
Finalement, Hughes a choisi une autre direction.
Avec Noah Dobson appelé à jouer les grandes minutes et Alexander Carrier toujours présent, Montréal possède déjà deux défenseurs droitiers capables d’occuper des rôles importants.
Rien ne garantissait qu’un contrat de plus de huit millions de dollars accordé à un vétéran de 32 ans aurait amélioré la situation du Canadien.
Au contraire.
Une telle entente aurait rapidement commencé à peser lourd sur une équipe dont les gros contrats finiront eux aussi par arriver.
Lane Hutson, Ivan Demidov et plusieurs jeunes joueurs du noyau toucheront éventuellement leur véritable paie.
La flexibilité salariale deviendra alors un actif aussi précieux qu’un premier choix au repêchage.
C’est souvent dans ce genre de dossier qu’on juge le travail d’un directeur général.
Les transactions spectaculaires attirent les applaudissements. Les signatures majeures remplissent les manchettes. Les occasions qu’un DG décide volontairement de laisser passer passent beaucoup plus inaperçues.
Pourtant, dans quelques années, Kent Hughes regardera peut-être le contrat de Jacob Trouba à San Jose avec un certain soulagement.
Parfois, le meilleur mouvement est simplement celui qu’on refuse de faire.
Ouf…
