Jean-Charles Lajoie vient peut-être de dire la chose la plus exagérée de toute cette élimination du Canadien de Montréal… et pourtant, Dieu sait qu’on en a entendu des affaires depuis une semaine.
Parce qu’une chose est certaine, Martin St-Louis mérite sa part du blâme dans cette série contre la Caroline.
Personne ne peut défendre le fait qu’il n’a pratiquement rien changé pendant quatre défaites de suite.
Pas de grosses modifications de trios. Pas de véritable électrochoc. Pas d’insertion d’Arber Xhekaj malgré une équipe qui se faisait marcher dessus physiquement soir après soir.
Pas de vraie adaptation au système des Hurricanes qui étouffait complètement les sorties de zone du Canadien.
Ça, c’est vrai.
Et honnêtement, plusieurs des critiques de Jean-Charles Lajoie depuis le début de la série étaient loin d’être folles.
Quand JiC disait que la paire Noah Dobson-Mike Matheson était trop risquée défensivement, il n’avait pas totalement tort.
Le problème, c’est qu’à un moment donné, Jean-Charles Lajoie a arrêté de critiquer les décisions hockey de Martin St-Louis… puis il a commencé à pratiquement faire de lui la raison principale des défaites du Canadien.
Et là, il vient de franchir une ligne.
« Les Canadiens gagnent pas à la maison parce que Martin a trop de pouvoir sur la game. Coach trop. On gagne sur la route parce qu’il y a moins de pouvoir sur la game. Fait qu’il peut moins coacher. »
Ouch…
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Tu peux être en désaccord avec les ajustements de Martin St-Louis.
Tu peux penser qu’il s’est fait complètement outcoacher par Rod Brind’Amour. Tu peux même croire qu’il a paniqué dans sa gestion de série.
Mais commencer à dire que le Canadien perd à domicile parce que son entraîneur “coach trop”… là, tu simplifies volontairement un sport qui est infiniment plus complexe que ça.
Parce qu’à écouter JiC, on dirait presque que Martin St-Louis était derrière le banc avec une manette de PlayStation dans les mains, en train de volontairement envoyer les mauvais joueurs sur la glace pour perdre les matchs.
Comme si les joueurs n’avaient aucune responsabilité.
Comme si Mike Matheson n’avait pas multiplié les erreurs de nervosité sous pression.
Comme si Kirby Dach n’avait pas traversé la série comme un fantôme par séquences.
Comme si certains jeunes défenseurs ne se faisaient pas complètement aspirer par le cycling infernal des Hurricanes.
Comme si les sorties de zone ratées, les revirements, les mauvaises lectures et les pertes de couverture arrivaient simplement parce que Martin St-Louis avait “trop de pouvoir”.
C’est là que ça devient injuste.
Et surtout… extrêmement facile.
Parce qu’au hockey, surtout en séries éliminatoires, la réalité émotionnelle d’un match à domicile n’a absolument rien à voir avec une simple question de dernier changement.
Quand tu joues au Centre Bell en finale d’association, ce n’est pas juste le coach qui ressent la pression.
Les joueurs aussi deviennent nerveux. Les jeunes veulent trop bien faire.
Certains jouent crispés. D’autres se débarrassent de la rondelle une seconde trop vite parce qu’ils sentent la foule retenir son souffle chaque fois qu’ils hésitent avec la rondelle.
Pendant ce temps-là, les Hurricanes débarquent à Montréal avec absolument zéro pression émotionnelle.
Eux, la foule hostile les énergise. Ça devient pratiquement un carburant mental.
Puis oui, le dernier changement compte dans une game de hockey.
Évidemment que ça compte. Tous les entraîneurs de la LNH exploitent ça. Tous les coachs cherchent des matchups favorables à domicile.
Mais réduire les défaites du Canadien à :
“Martin coach trop à domicile”…
C’est presque insultant pour l’intelligence des amateurs de hockey.
Parce qu’au final, ce n’est pas Martin St-Louis qui embarquait sur la glace pour rater des sorties de zone sous pression.
Ce n’est pas lui qui se faisait prendre à contre-pied quand la Caroline renvoyait la rondelle derrière le filet pour la huitième fois du même chiffre.
Ce n’est pas lui qui hésitait avec la rondelle devant Jordan Staal.
Ce n’est pas lui qui avait les jambes complètement mortes après trois rondes jouées à haute intensité.
Le Canadien s’est surtout fait frapper par une réalité extrêmement simple… la Caroline était meilleure, plus mature, plus forte physiquement et surtout beaucoup plus structurée collectivement.
Rod Brind’Amour n’a pas gagné cette série uniquement parce qu’il coachait mieux.
Il l’a gagnée parce que son équipe exécutait mieux.
C’est ça que plusieurs oublient présentement.
Oui, Martin St-Louis a été têtu. Oui, il devra apprendre de cette série-là. Oui, il doit évoluer comme entraîneur s’il veut gagner un jour la Coupe Stanley.
Mais entendre Jean-Charles Lajoie pratiquement sous-entendre que le Canadien gagnerait davantage si son coach avait moins d’impact sur les matchs… ça commence dangereusement à ressembler à une croisade personnelle.
On comprend exactement ce qu’il essaie de faire.
Donner du poids à son attaque en laissant flotter l’idée que des “grands noms du hockey” pensent la même chose que lui.
C’est habile.
C’est très Jean-Charles Lajoie.
Mais ça reste un raccourci immense pour expliquer une élimination qui dépasse largement un seul homme derrière un banc.
Misère…
