Juraj Slafkovsky ne l’a même pas caché sur la glace et encore moins dans le vestiaire.
Il sent une injustice immense d'avoir été écarté du premier trio depuis le début de l'année.
Après seulement deux matchs, le Slovaque est déjà à bout de jouer avec Alex Newhook comme son centre, lui qui n'a aucune vision de jeu, et encore moins de "Hockey IQ".
Clairement, Slaf veut retourner jouer avec Cole Caufield et Nick Suzuki, alors qu'il sent que Martin St-Louis l'a maltraité en privilégiant son vieil ami Chris Kreider, qui reçoit le bonbon ultime de jouer sur le premier trio.
Samedi soir à Pittsburgh, après cette défaite complètement folle de 6 à 5 en prolongation, Slafkovsky avait le visage fermé et les mots encore plus durs.
Il venait de vivre une soirée pénible. Toujours aucun point après deux matchs. Une deuxième période catastrophique. Quatre buts consécutifs des Penguins. Un déficit de 5 à 1. Puis cette remontée spectaculaire qui a permis au CH d’arracher un point sans réussir à effacer complètement les dégâts.
Slafkovsky n’avait aucune envie de célébrer ce point.
« Ça ne devrait pas arriver. Nous avons fait du bon boulot avec la remontée, mais ça ne peut pas se passer ainsi toute la saison. C’était de la merde. Ce genre de chose ne peut pas arriver. »
Voici l'extrait vidéo où Slafkovsky utilise des gros mots pour passer son message sans pitié à son coach... et à la chambre au complet:
Voilà Slafkovsky dans toute sa franchise. Il boude, il est frustré et il ne cherche surtout pas d’excuse.
Il s’est même placé directement au centre du problème, mais a surtout envoyé Alex Newhook sous l'autobus sans jamais nommé son nom. Mais tout le monde savait qu'il parlait du pauvre non-centre du CH.
Newhook est un ailier. Et il est temps que Martin St-Louis le comprenne.
« Ce sont des jeux stupides, et ça commence par moi qui ai fait quelques mauvais jeux. Nous devons prendre de meilleures décisions avec la rondelle, surtout en deuxième période. »
Le message est encore plus cinglant lorsqu’on regarde ce qui se passe autour de lui. Slafkovsky et Alex Newhook n'ont aucune chimie ensemble. Ivan Demidov, lui, est tellement talentueux qu'il va s'arranger avec n'importe qui. Mais ce trio a été atroce hier.
Demidov a été placé avec Caufield et Suzuki en fin de rencontre, ce qui a mené à son but tardif pour égaliser le match.
Pendant ce temps, Chris Kreider, celui qui a pris la place de Slaf au paradis, était en feu hier.
Le vétéran commence tranquillement à prendre son envol et a ajouté un but et une passe à sa fiche samedi. La pression monte rapidement sur le Slovaque, car Kreider cimente sa place dans le béton.
Slafkovsky le sait. Son langage corporel après la rencontre racontait déjà une partie de l’histoire, mais ses paroles ont terminé le travail. Il n’était pas satisfait de l’équipe et il était encore moins satisfait de lui-même et surtout, dégouté de son trio.
Nick Suzuki n’a pas utilisé le même vocabulaire, mais son constat était pratiquement identique.
« Nous avons dominé les 15 premières minutes, ils ont marqué et nous avons été complaisants en deuxième période. Je pensais que nous avions compris. C’est une leçon à retenir. »
Le capitaine a ensuite résumé le paradoxe de cette soirée :
« On peut peser le pour et le contre de ce match, mais quand nous jouons à notre façon, nous dominons. »
Suzuki, lui, a répondu sur la glace. Son but en fin de deuxième période a ramené Montréal à 5-2, puis il a terminé sa soirée avec un but et trois mentions d’aide. Martin St-Louis n’a pas hésité à souligner son leadership.
« Suzy a joué un excellent match, il a mené l’équipe. Il est allé chercher un gros but en fin de deuxième. Ça semble être un but peu important sur le moment parce qu’on perd pareil par trois, mais ça te donne une chance.
« Un écart de trois buts en troisième, si tu en marques un autre et que tu vas chercher des avantages numériques [il y a des possibilités], mais un écart de quatre buts en troisième, c’est difficile. »
St-Louis n’a d’ailleurs pas tenté de maquiller la soirée malgré le point arraché.
« On est allés chercher un point, mais on n’en méritait pas deux. »
Il était aussi abasourdi de voir son équipe s’écrouler après un début de match pourtant encourageant.
« On sait qu’on a un style de jeu qui nous permet d’être capables de revenir, mais si tu m’avais dit après les dix ou douze premières minutes que ça aurait été un match comme ça, je ne l’aurais pas cru. Je suis content de la bataille en troisième. »
Voilà pourquoi la réaction de Slafkovsky prend autant de place ce matin.
Il ne s’est pas présenté devant les journalistes pour vendre la remontée, parler du caractère de l’équipe et repartir avec le sourire parce que Montréal avait sauvé un point. Il a appelé la deuxième période pour ce qu’elle était à ses yeux : « de la merde ». Il a parlé de « jeux stupides » et, surtout, il s’est inclus dans les coupables.
C’est probablement ce qui dérange Slafkovsky plus que tout.
Deux matchs. Toujours aucun point. Des erreurs avec la rondelle. Une équipe qui retombe pendant vingt minutes dans exactement le genre de hockey qui lui a fait mal la saison dernière. Pendant ce temps, Suzuki produit, Kreider commence à contribuer et Slafkovsky cherche encore son premier point.
La frustration est déjà visible.
Et contrairement à certains joueurs qui récitent le discours préparé après une mauvaise soirée, Slafkovsky n’a aucune intention de sourire lorsqu’il est en colère.
Il boude parce qu’il sait qu’il doit être meilleur. Mais surtout parce qu'il sait que son coach l'a trahi.
Cruel.
