Lane Hutson avait le regard d’un gars complètement détruit.
Blême comme un drap. Le regard vide.
Le genre de regard qu’on ne voit pas souvent chez un joueur qui, depuis le début des séries, a pourtant donné l’impression d’être inébranlable.
La scène était déchirante.
Lane Hutson s’est mis tout le poids de cette défaite sur les épaules.
Comme si la défaite de 3-2 en prolongation contre les Hurricanes de la Caroline reposait uniquement sur lui.
Comme si le Centre Bell venait de tomber silencieux à cause d’un seul geste: Son revirement qui mène au but gagnant de Sebastian Aho.
Une véritable douche d’eau froide.
Un Centre Bell vivant, bruyant, électrique… qui s’est soudainement vidé de toute émotion en quelques secondes.
Et après le match, Hutson n’a pas fui. Il ne s’est pas caché. Au contraire, il s'est jeté sous l'autobus.
Il s’est présenté devant les médias complètement détruit émotionnellement et il a pratiquement répété encore et encore la même chose : il croit que cette défaite est de sa faute. (avancez la vidéo à 5:49):
« Jakub Dobeš a été incroyable pendant toutes les séries. Je ne suis pas surpris. Il se bat tellement fort. Ça fait mal parce que je l’ai laissé tomber ce soir… mais c’est ça. »
On sentait littéralement la culpabilité sortir de lui.
Le jeune défenseur n’arrivait pas à se pardonner ce jeu-là.
Dans sa tête, il venait de laisser tomber toute une ville. Et pourtant, la réalité est beaucoup plus compliquée que ça.
Avant ce revirement, il y a une séquence qui fait encore énormément réagir.
William Carrier arrive avec une mise en échec vicieuse sur Hutson. Une séquence où, sur les reprises, plusieurs partisans remarquent immédiatement la même chose : les patins semblent quitter la glace au moment du contact.
This is the clip where Hutson was elbowed up high before the OT winning goal. pic.twitter.com/4d8zRWHyZL
— HFTV (@HFTVSports) May 26, 2026
Et Lane Hutson mange le coup de coude directement en plein visage.
Il est sonné.
Ça se voit immédiatement.
Quelques secondes plus tard, le jeune défenseur semble complètement ébranlé. Alors oui, il y a eu revirement.
Mais il faut aussi se demander dans quel état il était au moment de tenter cette relance. Il voyait encore des étoiles et des points blancs autour de lui.
On ne parle pas ici d’un joueur qui venait de rater un jeu banal. On parle d’un gars qui venait de se faire secouer solide…de manière sale... sans pénalité.
Malgré tout ça, Hutson refuse de se cacher derrière cette excuse.
Même quand on lui demande pourquoi c’est si difficile de générer de longues séquences offensives contre les Hurricanes, il reste lucide.
« Une partie du problème, c’est de mieux placer les rondelles pour pouvoir les récupérer. Ils sont très bons pour récupérer les rondelles le long des bandes. Il faut mieux gérer nos possessions. »
Même chose quand il parle de la pression constante de la Caroline.
« Ils rendent les sorties de zone très difficiles. On a eu de bons moments où on était connectés, où on sortait bien la rondelle, mais il faut être connectés tout le temps. »
Malgré la frustration, malgré les deux défaites de suite, malgré le fait que le Canadien tire de l’arrière 2-1 dans cette finale de l’Association de l’Est, Hutson refuse d’abandonner.
« Ils ont vu seulement des aperçus de notre meilleur hockey. On a définitivement un autre niveau. Mais c’est une bonne équipe et ce sont deux bonnes équipes qui s’affrontent. »
Son entrevue a complètement fendu le cœur des partisans.
Il revient à son erreur au moins trois fois... en répétant toujours la même chose...
« Ce serait le fun d’être en avance 2-1 dans la série… mais on ne l’est pas à cause de moi. »
Ouch.
Le pire?
Même lorsqu’un journaliste lui a pratiquement dit qu’il était peut-être trop dur envers lui-même, rappelant qu’il y avait encore des occasions de défendre le jeu après son revirement, Hutson n’a rien voulu savoir.
Il a expliqué ce qu’il essayait de faire.
« J’essayais de faire un jeu de possession. J’ai vu Suzy, mais je ne voulais pas simplement lui envoyer une passe alors qu’il était arrêté et qu’ils repartent immédiatement avec la rondelle. J’ai essayé de faire un jeu de possession… et ça a fini dans notre filet. Ça fait mal. »
Lane Hutson avait l’air d’un gars qui venait de vivre un cauchemar.
Mais voici la vérité que tout Montréal doit lui rappeler aujourd’hui : si le Canadien est encore en finale de l’Association de l’Est, c’est en immense partie grâce à lui.
Oui, ce revirement fait mal.
Oui, cette défaite nous lève le coeur.
Mais réduire cette défaite à Lane Hutson serait profondément injuste.
Au final, le Canadien a aussi été dominé pendant de longues séquences, a encore tiré très peu au filet, et a demandé à Jakub Dobeš de pratiquement voler un match à lui seul.
Hutson ne devrait jamais avoir à porter cette défaite seul sur ses épaules.
Le regard détruit qu’il avait après le match?
Ça disait tout. Il avait envie de pleurer sa vie.
Mais Montréal doit lui rappeler une chose : cette équipe est encore en vie à cause de lui.
Pas malgré lui.
