San Jose donne une leçon de courage à Kent Hughes
Pendant que Kent Hughes multiplie les appels à la prudence, Mike Grier vient de rappeler à toute la LNH qu’une reconstruction ne se gagne pas seulement avec de la patience. Elle se gagne aussi avec du guts.
Depuis deux ans, les Canadiens de Montréal et les Sharks de San Jose suivent pratiquement le même calendrier. Deux organisations en reconstruction. Deux clubs qui misaient sur le repêchage. Deux équipes qui accumulaient les jeunes talents dans l’espoir de bâtir un noyau capable de gagner pendant une décennie.
Aujourd’hui, les deux projets commencent pourtant à prendre des directions complètement différentes.
À Montréal, Kent Hughes répète qu’il refuse de surpayer, qu’il ne sacrifiera pas l’avenir et qu’il ne déviera pas de sa structure salariale. Son discours est cohérent, prudent, rationel... mais plate à mourir.
Pendant que le DG du CH s'enfoncait encore dans les excuses, Mike Grier, lui, est passé à l’action.
Oui, les Sharks ont payé le gros prix.
Ils ont accordé quatre ans et 8,2 millions de dollars par saison à Jacob Trouba, un défenseur de 32 ans qui a relancé sa carrière à Anaheim après avoir été "congédié" gratuitement par les Rangers.
Ils ont accepté d’absorber le lourd contrat de Darnell Nurse, soit 9,25 millions de dollars par année jusqu’en 2030, en échange du jeune défenseur Shakir Mukhamadullin.
Ils ont également offert cinq ans et 6,75 millions de dollars par saison à Mason Marchment, un attaquant de puissance de 6 pieds 5 pouces qui n’a jamais atteint le plateau des 50 points.
À première vue, plusieurs ont crié à la folie.
Oui, ces joueurs sont surpayés.
Oui, ces contrats risquent de paraître lourds sur papier.
Mais Mike Grier ne les a jamais signés pour bâtir une équipe championne immédiatement.
Il les a signés pour protéger ses jeunes vedettes.
Les Sharks savent très bien que Macklin Celebrini, Will Smith, Michael Misa, Igor Chernyshov et bientôt Ivar Stenberg représentent leur véritable avenir. Ils savent aussi que les défenseurs Sam Dickinson, Keaton Verhoeff et Ryan Lin auront encore besoin de plusieurs saisons avant de devenir des défenseurs dominants dans la LNH.
Entre-temps, quelqu’un doit absorber les missions difficiles, affronter les meilleurs trios adverses, protéger cette génération de jeunes joueurs.
C’est exactement le rôle que Trouba, Nurse et Marchment vont remplir.
Voilà toute la différence avec Montréal.
Pendant que Kent Hughes refuse de surpayer qui que ce soit, Mike Grier accepte de payer un prix élevé aujourd’hui afin d’offrir un meilleur environnement à ses jeunes demain.
Mike Grier a compris qu’on ne peut pas demander à Macklin Celebrini, Will Smith, Michael Misa et bientôt Ivar Stenberg de porter seuls une reconstruction sur leurs épaules.
Ces jeunes avaient besoin d’être entourés.
Ils avaient besoin de vétérans capables d’encaisser les missions difficiles, d’amener du caractère, de la robustesse et de permettre aux jeunes de progresser dans un environnement plus compétitif.
C’est exactement ce que Trouba, Nurse et Marchment vont apporter.
Pendant que Sam Dickinson poursuit son développement et que Keaton Verhoeff ainsi que Ryan Lin mûrissent tranquillement, San Jose construit un véritable pont entre le présent et l’avenir.
C’est une stratégie parfaitement assumée.
Les Sharks savent très bien que ces vétérans ne feront probablement plus partie de l’équipe lorsque Celebrini atteindra son sommet.
Ce n’est pas grave.
Leur mission est d’accompagner cette génération jusqu’à ce qu’elle soit prête à prendre le relais.
Et c’est là que la comparaison avec Montréal devient cinglante.
Le Canadien possède lui aussi un noyau spectaculaire avec Ivan Demidov, Lane Hutson, Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Noah Dobson, Jacob Fowler et plusieurs autres.
Mais contrairement aux Sharks, Kent Hughes refuse encore de payer le prix pour accélérer le processus et continue d’attendre le joueur parfait qui acceptera d'être sous-payé.
Le problème, c’est que la division Atlantique, elle, n’attend pas.
La Floride continue d’empiler les gros noms. (Brady Tkachuk va faire mal)
Toronto s’est transformé.
Tampa Bay sera encore prétendant, surtout avec John Carlson.
Le CH va... manquer les séries?
Kent Hughes répète qu’il ne fera pas une transaction simplement pour calmer les partisans.
Mais à force de toujours attendre le moment parfait, on finit parfois par laisser passer les bonnes occasions.
Mike Grier, lui, accepte le risque.
Il comprend aussi que le plafond salarial grimpe rapidement et que ces ententes paraîtront probablement beaucoup plus raisonnables dans deux ou trois ans.
Surtout, il refuse que ses jeunes jouent dans une équipe incapable de rivaliser physiquement avec les meilleures formations de la ligue.
Aujourd’hui, San Jose est plus gros, plus robuste et plus difficile à affronter.
Surtout, ils sont beaucoup plus proches d’une participation aux séries que plusieurs l’auraient imaginé il y a quelques mois.
Le plus impressionnant dans tout cela, c’est que les Sharks n’ont pratiquement sacrifié aucun morceau de leur avenir.
Le cœur de la reconstruction demeure intact.
Mike Grier a simplement décidé de construire autour de ce noyau au lieu d’attendre passivement qu’il se développe tout seul.
C’est la plus grande différence entre les deux organisations.
À Montréal, on protège constamment demain.
À San Jose, on commence déjà à préparer aujourd’hui.
Et lorsqu’on compare les deux banques d’espoirs, plusieurs recruteurs considèrent maintenant que l’avantage appartient aux Sharks.
San Jose est en train de dépasser Montréal dans sa reconstruction.
Est-ce parce que les Sharks possèdent un meilleur directeur général?
Ou parce que Mike Grier a choisi d’accélérer au moment où Kent Hughes continue d’appuyer sur le frein?
Au final, seule la glace donnera le verdict.
Mais une chose paraît déjà évidente.
Pendant que Montréal parle encore du futur, San Jose commence tranquillement à construire son présent.
Et dans une reconstruction, cette différence peut finir par coûter très cher.
