La victoire de 5-1 du Canadien de Montréal à Buffalo a permis à plusieurs joueurs de se démarquer, mais une séquence en conférence de presse a particulièrement retenu l’attention après le match.
Martin St-Louis a été questionné par Luc Gélinas au sujet d’un trio qui avait surpris énormément de monde avant la rencontre : Jake Evans avec Alex Newhook et Ivan Demidov.
Sur papier, plusieurs voyaient Evans complètement déplacé dans ce rôle offensif. On parle d’un joueur reconnu principalement pour son travail défensif, ses mises au jeu importantes et son efficacité en désavantage numérique. Ce n’est pas le prototype classique d’un joueur qu’on associe à un trio offensif rempli de créativité.
Luc Gélinas a donc demandé à Martin St-Louis comment il voyait cette combinaison et surtout comment Evans pouvait s’adapter à un rôle qu’on associe souvent à un fameux “top 6”.
La réponse de l’entraîneur-chef du Canadien a rapidement créé des réactions.
« Je ne pense pas nécessairement qu’il rentre dans une chaise de top 6. »
Ouch.
Même si Martin St-Louis tentait surtout d’expliquer sa vision du hockey, plusieurs ont immédiatement eu l’impression qu’il venait indirectement de rappeler à Jake Evans qu’il n’était pas un attaquant offensif naturel.
La suite de son explication devenait toutefois encore plus intéressante.
Martin St-Louis a pratiquement rejeté toute cette idée moderne de hiérarchie entre les trios offensifs.
Dans sa tête, il n’existe pas nécessairement une première ligne prestigieuse, une deuxième ligne secondaire puis deux unités inférieures derrière. Lui voit surtout des combinaisons de joueurs capables de fonctionner ensemble selon des rôles précis.
« Je sais que vous autres, vous voyez les lignes et vous vous dites top 6, bottom 6 ou différents rôles pour chaque joueur. »
Cette phrase explique énormément de choses sur la façon dont Martin St-Louis construit son attaque depuis son arrivée derrière le banc du Canadien.

Il ne cherche pas uniquement à empiler les six meilleurs joueurs offensifs ensemble. Il essaie surtout de créer des équilibres. Du patin. De l’intelligence. De la structure défensive. Des joueurs capables de récupérer des rondelles pour laisser plus d’espace aux créateurs offensifs.
C’est exactement ce que Jake Evans apporte.
Même si son nom ne fait jamais rêver offensivement, son style complète souvent très bien des joueurs plus explosifs offensivement comme Newhook ou Demidov. Evans stabilise le trio. Il protège la rondelle. Il couvre défensivement. Il gagne des mises au jeu importantes. Ce genre de détail permet ensuite aux autres de prendre davantage de risques offensifs.
Hier soir, cette combinaison a d’ailleurs très bien fonctionné.
Le Canadien jouait rapidement. Buffalo avait énormément de difficulté à gérer la vitesse d’exécution du Tricolore. Evans n’avait pas besoin de devenir un marqueur de 90 points pour aider son trio. Il avait simplement besoin de jouer selon son identité.
Martin St-Louis l’a d’ailleurs répété clairement.
« Il joue pareil à son identité. »
Le message était simple : peu importe avec qui Jake Evans joue, son travail reste le même.
Cette vision démontre aussi pourquoi l’organisation montréalaise lui a accordé une prolongation de contrat de quatre saisons l’an dernier. À 2,85 millions de dollars par année, Evans représente exactement le type de joueur utile qu’un entraîneur adore utiliser dans toutes sortes de situations.
Il peut jouer sur un quatrième trio.
Il peut tuer des pénalités.
Il peut affronter les meilleurs éléments adverses.
Puis, visiblement, Martin St-Louis croit aussi qu’il peut temporairement accompagner des joueurs plus offensifs sans faire exploser l’équilibre du trio.
Reste que la séquence en conférence de presse a créé un certain malaise. Plusieurs partisans ont trouvé que Martin St-Louis avait été direct en rappelant publiquement qu’Evans n’était pas nécessairement un joueur de top 6.
D’autres voient plutôt un entraîneur honnête qui refuse simplement les étiquettes traditionnelles.
Une chose demeure certaine : dans la tête de Martin St-Louis, les rôles passent avant les statuts.
