6 ou 7 millions de dollars: le salaire de Martin St-Louis crée un malaise

6 ou 7 millions de dollars: le salaire de Martin St-Louis crée un malaise

David Garel
Le 2026-07-19

Nous sommes passés la mi-juillet. Et Martin St-Louis n'a toujours pas signé de prolongation de contrat.

Et il y a quelque chose qui commence sérieusement à déranger dans le silence entourant la prochaine entente du coach.

Depuis des semaines, tout le monde dans le milieu tient essentiellement le même discours. Personne ne doute qu’il sera de retour. Personne ne croit réellement qu’il amorcera la saison sans une prolongation de contrat.

Au contraire, plusieurs personnes qui gravitent autour de la LNH sont convaincues que tout est déjà réglé depuis longtemps et que le Canadien attend simplement le bon moment pour officialiser le tout.

La vraie question n’est donc plus de savoir si Martin St-Louis sera prolongé.

La vraie question est de savoir pourquoi le Canadien attend autant.

L’arrivée de Derek Lalonde, qui a immédiatement obtenu un contrat de plusieurs saisons, donnait pourtant l’impression que le Canadien voulait rapidement stabiliser l’ensemble de son personnel d’entraîneurs.

En 2022, Martin St-Louis avait obtenu son contrat permanent quelques semaines après la fin de la saison, alors qu'on lui avait retiré son titre de coach intérimaire.

En 2024, ses années d’option (2025 jusqu'en 2027) avaient été activées presque immédiatement après le dernier match.

Plusieurs avancent que Kent Hughes ne veut pas annoncer une prolongation majeure pendant que les partisans attendent toujours un deuxième centre ou un attaquant d’impact.

Présenter un contrat record à son entraîneur alors que l’équipe n’a pratiquement rien ajouté cet été risquerait de provoquer une réaction très mitigée.

’organisation préférerait donc accompagner cette annonce d’une bonne nouvelle sur la glace afin d’éviter que toute l’attention se concentre uniquement sur le salaire de son entraîneur.

Cette théorie se tient.

Mais elle ouvre surtout un autre débat.

Depuis son arrivée à Montréal, Kent Hughes répète toujours la même philosophie. Pour bâtir une équipe championne, tout le monde doit accepter de laisser un peu d’argent sur la table.

Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Lane Hutson et Ivan Demidov l'ont fait.

Ils ont tous signé un contrat que plusieurs considèrent déjà inférieur à ce qu’il aurait pu obtenir avec l’explosion du plafond salarial.

Le message est clair depuis quatre ans.

Le projet passe avant le portefeuille.

Même Kent Hughes et Jeff Gorton sont payés bien en-dessous de ce qu'ils devraient obtenir.

Cette philosophie est devenue l’une des signatures de la direction actuelle.

C’est justement pourquoi le dossier Martin St-Louis devient aussi délicat.

On parle déjà d’un entraîneur qui cinq millions de dollars par saison jusqu'à l'été 2027.

Plusieurs estiment maintenant que sa prochaine entente pourrait le propulser parmi les entraîneurs les mieux rémunérés de toute la LNH, avec un salaire pouvant atteindre six ou même sept millions par année.

Personne ne remet en question le travail accompli par Martin St-Louis.

Il a changé la culture de l’équipe. Il a accompagné le développement de Suzuki, Caufield, Slafkovsky, Hutson et maintenant Demidov. Le Canadien croit en lui, et il est parfaitement logique qu’il soit récompensé.

Mais si tous les joueurs doivent accepter un rabais au nom du succès collectif, pourquoi cette logique disparaîtrait-elle lorsqu’on arrive au bureau de l’entraîneur-chef?

C’est cette contradiction qui risque de faire jaser.

On entend souvent l’argument selon lequel le salaire d’un entraîneur ne compte pas sur la masse salariale.

C’est vrai.

Mais ce n’est pas vraiment le point.

Le débat est une question de cohérence.

Pendant des années, on a demandé aux joueurs de penser à l’équipe avant de penser à leur compte bancaire. Plusieurs l’ont fait, parfois en laissant des millions de dollars sur la table dans un contexte où le plafond salarial allait exploser quelques années plus tard.

Aujourd’hui, ces mêmes joueurs voient le marché changer à une vitesse folle. Ils regardent des joueurs comparables signer des contrats largement supérieurs aux leurs.

Les membres du noyau du Canadien auraient obtenu beaucoup plus d’argent s’ils avaient attendu un an ou deux.

Si, au même moment, l’entraîneur obtient le plein prix sans avoir à faire le moindre compromis, le message devient impossible à défendre.

Il ne s’agit pas de dire que Martin St-Louis ne mérite pas une augmentation.

Il s’agit de se demander si la philosophie du « sacrifice collectif » doit réellement s’appliquer à tout le monde… ou seulement aux joueurs.

Car lorsqu’une organisation demande constamment à ses vedettes de penser d’abord au logo sur le chandail, elle doit aussi s’assurer que ce discours demeure crédible à tous les niveaux.

Sinon, tôt ou tard, certains finiront par poser une question toute simple.

Pourquoi les sacrifices seraient-ils réservés au vestiaire?