Martin St-Louis n’a plus le luxe de l’apprentissage. Le coach pee-wee vient de frapper un mur.
Pendant des années, le roi Marty a bénéficié d’un rêve idéal.
Personne ne s’attendait à ce que le Canadien gagne immédiatement. L’organisation était en reconstruction. Les jeunes devaient apprendre. Les défaites faisaient partie du processus. Chaque erreur pouvait être expliquée par le développement.
Cette période est terminée.
L’embauche de Derek Lalonde vient complètement changer la réalité derrière le banc du Canadien.
Le journaliste de The Gazette, Brendan Kelly, a d’ailleurs immédiatement remarqué un détail qui n’est pas passé inaperçu. Le Canadien n’a pas annoncé Derek Lalonde comme un simple entraîneur adjoint, mais bien comme entraîneur associé.
Un choix de mots qui en dit énormément.
Dans la LNH, un entraîneur associé n’est pas un assistant parmi les autres. Il est le véritable numéro deux de l’organisation hockey. Il possède une autorité différente, un statut différent et une influence beaucoup plus importante dans les décisions quotidiennes.
Le fameux titre d'associé change tout.
Brendan Kelly a même partagé une réflexion qui circule déjà chez plusieurs partisans.
« Short leash for MSL? »
Voilà une annonce inquiétante pour le coach du CH. Cette sortie publique de la Gazette fait peur à St-Louis et son entourage.
La laisse devient de plus en plus courte pour le pauvre St-Louis, à qui on impose un entraîneur d'expérience, lui qui voulait continuer d'être entouré d'entraîneurs-adjoints digne du Midget AAA (bonjour Stéphane Robidas).
Martin St-Louis n’a toujours pas signé de prolongation de contrat.
Voilà des mois que les discussions sont évoquées.
Toujours rien.
Pendant ce temps, le Canadien vient d’embaucher un entraîneur qui possède beaucoup plus d’expérience derrière un banc de la LNH que lui.
Ce n’est pas un ancien joueur qui apprend le métier.
C’est un homme qui a dirigé les Red Wings de Detroit, remporté deux Coupes Stanley comme adjoint avec Jon Cooper à Tampa Bay et qui est reconnu partout dans la ligue pour son travail tactique, autant défensif qu'au niveau de l'avantage numérique.
Pour la première fois depuis son arrivée à Montréal, Martin St-Louis ne sera plus le seul entraîneur ayant un poids important dans les discussions hockey.
Il aura à ses côtés une voix capable de remettre certaines décisions en question.
Une voix qui possède déjà l’expérience que lui est encore en train d’acquérir.
Ce n'est pas une preuve que le Canadien prépare un changement d’entraîneur.
En revanche, il est raisonnable de dire que la pression augmente.
Martin St-Louis est demeuré très discret tout au long de l’été.
Contrairement à plusieurs entraîneurs de la LNH, il s’est fait extrêmement rare publiquement.
Pendant ce temps, les discussions autour de son prochain contrat se multiplient.
Tout le monde sait qu'il va empocher un salaire honteux de 6 à 7 millions de dollars par saison.
Or, Derek Lalonde va aussi s'en mettre plein les poches.
Les entraîneurs associés de son expérience gagnent souvent entre 1 et 1,5 million de dollars américains par année.
Le Canadien pourrait donc investir près de 8 millions de dollars dans ses deux principaux entraîneurs.
C’est un engagement financier majeur.
Et lorsqu’une organisation investit autant derrière le banc, les attentes changent inévitablement.
Les excuses liées à la reconstruction commencent à disparaître.
Le développement demeure important.
Mais les résultats le deviennent tout autant.
L’élimination contre la Caroline a laissé des traces.
Rod Brind’Amour a remporté la bataille tactique.
Jeff Gorton a ensuite reconnu que le Canadien devait devenir plus difficile à affronter.
Quelques semaines plus tard, Derek Lalonde est embauché.
Le lien est facile à faire.
Le Canadien a estimé qu’il avait besoin d’une expertise supplémentaire derrière le banc.
Pour la première fois depuis qu’il est entraîneur-chef du Canadien, Martin St-Louis devra partager le quotidien avec quelqu’un qu'il ne pourra pas regarder de haut.
Cette embauche modifie l’équilibre du personnel d’entraîneurs.
Si le Canadien croyait que Martin St-Louis était son entraîneur à très long terme, pourquoi sa prolongation n’est-elle toujours pas annoncée?
On voulait signer Lalonde avant... pour lui rappeler qu'il n'a pas l'immunité éternelle.
Martin St-Louis entre dans une nouvelle phase de son mandat.
La période où il pouvait invoquer uniquement l’apprentissage est derrière lui.
Fini le coach pee-wee...
