Ivan Demidov face à un doute grandissant : la direction attend des réponses
Ivan Demidov. Google image

Ivan Demidov face à un doute grandissant : la direction attend des réponses

André Soueidan
Le 2026-10-04

Le but d’Ivan Demidov à 44 secondes de la fin a sauvé le Canadien d’une soirée qui semblait complètement perdue… mais il cache aussi un problème qui commence à devenir difficile à ignorer.

Le jeune attaquant a encore trouvé le moyen de faire lever tout le monde lorsque Montréal avait retiré son gardien, mais à cinq contre cinq, son impact demeure beaucoup trop discret pour un joueur dont certains parlent déjà comme d’un futur top 5 de la LNH.

La scène de samedi soir à Pittsburgh résume presque parfaitement le débat.

Le Canadien tire de l’arrière 5-1, réussit une remontée spectaculaire et Demidov finit par compléter le travail sur une superbe séquence avec Nick Suzuki et Lane Hutson pour créer l’égalité 5-5.

Sur le coup, difficile de demander mieux.

Sauf que ce but survient avec Montréal à six attaquants contre cinq, dans une situation où l’espace est complètement différent et où les Penguins doivent défendre avec le dos au mur.

Ce n’est pas cette situation qui inquiète. C’est tout ce qui s’est passé avant.

À cinq contre cinq, Demidov a encore passé une bonne partie de la rencontre à chercher ses ouvertures sans vraiment réussir à imposer son rythme.

Son talent avec la rondelle est évident.

Ses changements de direction, ses feintes et sa capacité à voir une ligne de passe que les autres ne voient pas sont justement les raisons pour lesquelles autant de joueurs et d’experts parlent de lui avec autant d’enthousiasme.

Kris Letang est même allé jusqu’à dire qu’il voyait Demidov devenir un joueur proche du top 5 de la LNH dans quelques années.

Le problème, c’est qu’un joueur destiné à cette catégorie doit finir par être beaucoup plus difficile à faire disparaître lorsque le jeu se resserre.

La saison dernière, Demidov a récolté 38 points à cinq contre cinq, soit 12 buts et 26 passes.

Sa production totale de 62 points était très intéressante pour une première saison complète, mais 20 de ces points sont venus sur le jeu de puissance.

C’est justement cette distinction qui mérite d’être surveillée.

Le jeu de puissance lui offre du temps, de l’espace, des options et des situations où sa créativité peut devenir une arme dévastatrice.

À cinq contre cinq, les défenseurs ferment beaucoup plus rapidement les corridors, les espaces disparaissent et les batailles deviennent beaucoup plus physiques.

Samedi, son tir sur réception a encore illustré le problème.

Demidov cherche cette arme avec insistance, mais il finit régulièrement par tirer dans un défenseur ou à côté du filet.

Par moments, on aurait dit P.K. Subban dans ses grandes années lorsqu’il reculait de plusieurs mètres pour prendre son élan avant de déclencher son boulet… sauf que Demidov n’a pas encore démontré qu’il pouvait transformer cette arme en menace constante.

Le talent est là, mais le résultat doit suivre.

La prochaine étape de son développement devra donc être beaucoup moins jolie.

Demidov devra accepter de salir son chandail, de se rendre devant le filet, de prendre des coups et de chercher les retours.

Un peu comme Chris Kreider peut le faire, il doit apprendre à devenir dangereux même lorsque la rondelle ne reste pas collée à sa palette.

À cinq contre cinq, on ne peut pas toujours attendre la passe parfaite ou le corridor qui s’ouvre. Il faut parfois gagner une bataille, se placer devant le gardien, dévier une rondelle et marquer un but laid.

Ce n’est pas une condamnation de Demidov.

À 20 ans, le joueur est encore en développement et son passage dans la KHL rappelle justement qu’il a déjà traversé des périodes où son utilisation était loin d’être idéale.

Roman Rotenberg l’avait même envoyé sur le quatrième trio à plusieurs reprises, malgré son talent offensif. Le jeune attaquant avait alors dû composer avec un temps de glace réduit et des responsabilités variables.

Son adaptation au hockey nord-américain n’est donc pas terminée.

Le même raisonnement vaut pour son trio actuel avec Juraj Slafkovsky et Alex Newhook.

Oui, le centre n’est pas Nick Suzuki et personne ne prétend qu’Alex Newhook va soudainement transformer chaque présence de Demidov en occasion de marquer.

Mais un joueur projeté comme un futur top 5 ne peut pas dépendre éternellement de la qualité de son centre pour devenir dominant.

Il doit trouver des solutions même lorsque le match ne lui donne rien gratuitement.

Cole Caufield connaît exactement ce problème.

Lorsqu’il marque à cinq contre cinq, son impact saute aux yeux.

Lorsqu’il ne trouve pas le fond du filet, il peut devenir beaucoup moins visible.

Contre Pittsburgh, Caufield a justement trouvé le moyen de marquer deux fois et de laisser sa trace.

Demidov devra apprendre à faire la même chose, mais avec une dimension supplémentaire dans son jeu.

La direction du Canadien n’a certainement pas besoin que Demidov devienne une vedette demain matin.

Elle doit toutefois commencer à voir les signes d’un joueur capable de dominer sans avoir besoin d’un avantage numérique ou d’un gardien retiré.

Les projections de top 5 sont flatteuses, les comparaisons sont excitantes, mais elles ne gagneront aucune bataille à cinq contre cinq.

Pour devenir le joueur que tout le monde annonce déjà, Demidov devra maintenant trouver une façon de rendre son talent efficace dans les espaces où le talent seul ne suffit plus.

Ouf…