On avait déjà senti un malaise à Sherbrooke lorsque Martin St-Louis s’était présenté dans les estrades pour observer son fils Mason pendant le camp du Phoenix.
Les images avaient circulé.
Le père.
L’entraîneur-chef du Canadien de Montréal.
Une personnalité immense dans le hockey québécois.
Assis dans les gradins, les yeux fixés sur la glace pendant que Gilles Bouchard et son personnel devaient évaluer son fils.
Cette image était impossible à ignorer pendant le camp : Martin St-Louis dans les estrades, les mâchoires serrées, le regard fixe et fermé, suivant chaque présence de son fils avec une intensité qui donne des sueurs froides dans le dos.
Comme s'il exigeait l'inévitable à Gilles Bouchard. Sa simple présence créait une pression énorme. Quand l’entraîneur-chef du Canadien de Montréal, membre du Temple de la renommée, s’installe dans les gradins pour observer son fils, le coach qui doit décider du sort de ce fils sait parfaitement qu’il est observé lui aussi.
Les images donnaient presque l’impression d’une pression silencieuse, passive-agressive : St-Louis ne disait peut-être rien, mais son regard semblait parler pour lui.
Gilles Bouchard devait évaluer Mason St-Louis comme n’importe quel autre joueur, tout en sachant que son célèbre père était là, à quelques mètres, les yeux rivés sur la glace, l'obligeant de sélectionner son fils.
Voilà pourquoi le dossier prend maintenant une dimension tellement louche.
Mason St-Louis a fait l’équipe.
Sherbrooke se bombe le torse en clamant que le fils du grand Martin a percé la formation:

Selon des informations obtenues par Hockey30 auprès de personnes qui ont suivi de près le camp à Sherbrooke, son rendement ne correspondrait absolument pas à celui d’un joueur qui aurait dominé la compétition.
Au contraire.
Nos informateurs sont catégoriques : Mason St-Louis n’aurait pas été le meilleur joueur sur la glace.
Même pas proche.
Selon eux, il n’aurait pas été parmi les joueurs les plus dominants du camp. Pire encore, il faisait assurément partie des moins doués.
Et une autre situation complique encore davantage l’analyse : le jeune homme s’est blessé pendant son parcours.
Il avait quitté le match hors-concours du Phoenix contre les Tigres de Victoriaville après seulement une période, victime d’une blessure survenue lors d’un changement de direction rapide. Il devait ensuite subir des examens et n’avait pas été en mesure de participer normalement au début du camp principal.
Voilà pourquoi la décision du Phoenix soulève autant de questions.
Comment un joueur qui n’aurait pas dominé le camp, et qui a en plus été limité par une blessure peut-il néanmoins se retrouver sur la formation?
La réponse la plus évidente est aussi celle qui dérange le plus.
Le nom.
St-Louis.
Et c’est là que toute cette histoire devient dangereuse pour le Phoenix de Sherbrooke.
Personne ne prétend que Mason St-Louis n’a aucun talent. Le jeune joueur de centre arrive d’une saison productive à Brunswick School, au Connecticut, où il a récolté 41 points en 33 matchs. Il s’est également engagé avec Dartmouth College et possède manifestement un parcours intéressant devant lui.
La vraie question est ailleurs.
A-t-il mérité cette place à Sherbrooke en fonction de ce qu’il a démontré pendant le camp?
Selon les informations qui circulent actuellement autour de l’organisation, cette question mérite sérieusement d’être posée.
Et le problème devient encore plus délicat lorsqu’on revient aux images qui ont précédé cette décision.
St-Louis était tellement tendu qu'on pensait qu'il allait débarquer sur la glace pour crier sur le pauvre Gilles Bouchard.
Le Phoenix possède évidemment le droit de choisir les joueurs qu’il veut.
Gilles Bouchard est l’entraîneur-chef et directeur général de l’organisation. Il connaît son équipe mieux que quiconque. Il voit des choses que les gens à l’extérieur ne voient pas. Il peut projeter le développement d’un joueur et prendre une décision basée sur le potentiel plutôt que sur quelques présences lors d’un camp.
Ok...
Mais le Phoenix a créé une énorme controverse avec cette histoire.
Le timing est terrible.
Le contexte est explosif.
Et le nom inscrit derrière le chandail est impossible à ignorer.
Mason St-Louis.
Soyons honnêtes : ce nom possède une valeur énorme au Québec en terme marketing.
Pour Sherbrooke, l’arrivée du fils de Martin St-Louis représente une occasion extraordinaire.
Le Phoenix obtient soudainement l’attention des médias.
Les partisans du Canadien suivent le dossier.
Les réseaux sociaux s’enflamment.
Chaque présence de Martin St-Louis à Sherbrooke devient une histoire.
Chaque match de Mason devient un sujet.
Chaque vidéo circule.
C’est une réalité commerciale.
Le fils de Martin St-Louis est un produit marketing beaucoup plus puissant qu’un jeune joueur inconnu provenant d’une autre organisation.
Et c’est justement ce qui rend la situation aussi préoccupante.
Le Phoenix a-t-il simplement choisi un joueur qu’il croit capable de contribuer à son équipe?
Ou l’organisation a-t-elle également compris l’immense valeur marketing que représente le fils de l’entraîneur-chef du Canadien?
Maintenant, Mason devra vivre avec cette décision.
C’est lui qui risque d’en souffrir le plus.
Imaginez la situation.
Vous êtes un jeune joueur de 18 ans.
Vous tentez de construire votre propre carrière.
Même si vous avez mérité votre poste à 100 %, certaines personnes vont immédiatement se poser la même question.
Est-ce qu’il aurait fait l’équipe s’il ne s’appelait pas Mason St-Louis?
Pauvre gars.
Lorsque ton père s’appelle Martin St-Louis, tu ne bénéficies pas seulement d’un nom célèbre.
Tu portes aussi un poids immense.
Et aujourd’hui, à Sherbrooke, ce poids vient de devenir beaucoup plus lourd.
On l'attend au tournant. Il est mieux de ne pas "choker".
