À Milan, il n’y avait pas que les partisans montréalais qui essayaient de suivre Nick Suzuki.
Les journalistes québécois aussi.
Parce que pendant ce premier entraînement olympique du Canada, quelque chose a semé la confusion : Nick Suzuki alternait entre deux groupes. Oui, il était bel et bien installé à l’aile de Nathan MacKinnon avec Brad Marchand. Mais dans certains exercices, on le voyait aussi se greffer à Seth Jarvis et Sam Bennett.
Assez pour que certains se demandent s’il n’était pas utilisé comme réserviste. Pendant un court instant, ce fut la panique chez les médias québécois.
Mais on a vite compris que son vrai trio était celui de MacKinnon et Marchand.
Suzuki n’a jamais quitté officiellement son trio avec MacKinnon et Marchand. Mais pendant un exercice d’échec avant, visiblement brouillon, Jon Cooper a arrêté l’action à répétition, découpant chaque séquence comme dans un camp junior.
Deux défenseurs sont partis sans attaquants. Quelques secondes de flottement. Et Suzuki est allé rejoindre Bennett et Jarvis, littéralement parce qu’il manquait du monde.
L'entraîneur-chef, Jon Cooper, a affirmé que ses joueurs avaient encore le cerveau embrumé.
Il faut dire que l'équipe canadienne est arrivé dimanche matin à Milan et se sont entraînés à 19h45 du soir. L'équivalent de 1h45 du matin pour Suzuki.
The boys have arrived!!! Looking like a team already in their fits!!
— Kendra ⁷ ㉧㉣㉣ 💜| 아포방포 |💜 ͟͟͞͞➳❥ ⟭⟬ᴱ ᴬᴿᴱ ᴮ⟬⟭ᶜᴷ 💜 (@Kendra_Cc) February 8, 2026
Can’t wait for Olympic hockey!
Go Canada Go! 🇨🇦 pic.twitter.com/eyO9lgU5Cf
Suzuki l’a admis lui-même, sans détour :
« Il y avait beaucoup de mélanges. Nos cerveaux ne sont pas encore à pleine vitesse. »
Voilà.
Le Canada et la Finlande étaient les deux dernières équipes à embarquer sur la glace, tard en soirée. Le décalage horaire, le voyage, la nouveauté du décor, tout frappait en même temps. Même pour des vétérans millionnaires habitués à la routine parfaite de la LNH, on sentait que ça brassait.
Et Suzuki, lui, vivait ça à fond.
Il venait à peine d’arriver à Milan avec l’équipe. Il découvrait son trio en entrant dans le vestiaire, les combinaisons étaient simplement affichées au mur.
MacKinnon.
Marchand.
À droite... Suzuki...
Il ne savait même pas à quoi s’attendre.
« C’est une formation très équilibrée. C’est spécial de faire des exercices avec eux. J’espère bien me fondre à eux », a-t-il dit, fidèle à son ton posé.
Rappelons que Suzuki faisait partie des grands absents de la Confrontation des 4 nations. Sa réponse? 37 points en 26 matchs après le tournoi, parmi les meilleurs totaux de toute la LNH sur cette séquence.
Marchand l’a vu.
Il a raconté que Suzuki était carrément « en mission » à Montréal, qu’il avait pris le contrôle du vestiaire.
Et maintenant, le voilà projeté directement sur un trio olympique avec MacKinnon.
Pendant que certains doutaient de son statut en le voyant alterner pendant les drills, Suzuki encaissait tout en silence.
Nouveau poste.
Nouveau numéro (le 10 de Guy Lafleur).
Nouveaux coéquipiers.
Nouveau pays à apprivoiser.
Et nouvelle réalité logistique.
Parce que l’autre choc, loin d’être banal, c’est le village olympique.
Suzuki s’est installé avec Thomas Harley comme colocataire. Après des années dans les hôtels cinq étoiles de la LNH, il a éclaté de rire en comparant les lieux à un « Super 8 ».
En voyant cette vidéo, on dirait des logements sociaux:
More Canada arrivals at athletes village. pic.twitter.com/uZ9EEtLKjj
— Ryan Rishaug (@TSNRyanRishaug) February 8, 2026
Puis il a ajouté, très Suzuki :
« Ce sont les Jeux olympiques. Je pourrais dormir sur le plancher, ça ne me dérange pas. »
C’est ça, Milan.
Tu passes d’un jet privé à une chambre spartiate.
Tu joues avec MacKinnon, puis tu attends ton tour dans un corridor labyrinthique pour parler aux médias.
Tu portes le C du Canadiens de Montréal, mais tu dois quand même trouver ton lit au village.
Même Jon Cooper l’a reconnu : le rythme international est tellement intense qu’un joueur habitué à 23 minutes en LNH se retrouve à jouer l’équivalent de 16 minutes ici. D’où sa philosophie claire : quatre trios élite, pas de surcharge, pas de vedettes isolées.
Et Suzuki fait pleinement partie du plan.
Même si, pendant quelques minutes, certains ont cru le contraire.
Ce premier entraînement avait l’air désorganisé.
Les cerveaux tournaient au ralenti.
Les combinaisons bougeaient.
Mais une chose est claire : Nick Suzuki n’est pas un passager à Milan.
Et pendant que les journalistes tentaient de décoder chaque changement de trio, Suzuki, lui, faisait ce qu’il fait toujours :
Il absorbait tout.
Sans bruit.
Sans plainte.
Avec cette même sérénité tranquille qui l’a amené exactement là où il est aujourd’hui.
