Le mois d’août approche à grands pas. Le tournoi de golf du Canadien aussi. À moins d’un coup de théâtre, Kent Hughes devrait donc amorcer le camp d’entraînement avec essentiellement le même groupe que celui qu’il a sous la main aujourd’hui.
Peut-être qu’un lapin sortira du chapeau d’ici là. Peut-être qu’une transaction viendra complètement changer le portrait. Mais si rien ne bouge, une réalité saute déjà aux yeux : le Canadien pourrait amorcer la saison avec la brigade défensive la plus coûteuse de toute la Ligue nationale.
Oui, il y a des conditions.
Il faudrait notamment qu’Alex Pietrangelo soit officiellement placé sur la liste des blessés à long terme à Vegas et qu’aucune autre équipe devant Montréal n’ajoute un défenseur d’ici l’ouverture du camp.
Mais ce scénario est loin d’être farfelu. Si Arber Xhekaj signe autour de 2,5 millions de dollars par saison, comme plusieurs l’anticipent, la masse salariale consacrée aux défenseurs du CH grimpera à près de 38 millions de dollars.
Un montant historique.
C’est énorme... et ridicule...
Depuis des années, on nous a présenté Kent Hughes comme un véritable génie de la structure salariale. Nick Suzuki à 7,875 millions. Cole Caufield à 7,85 millions. Juraj Slafkovsky à 7,6 millions. Lane Hutson qui, selon plusieurs modèles d’évaluation, aurait laissé plus de 100 millions de dollars sur la table en acceptant son contrat à long terme de 8,85 M$ par année.
Ivan Demidov, lui, coûtera pendant plusieurs années une fraction (moins de la moitié) de ce que Macklin Celebrini va toucher (9,15 M$ vs 18,8 M$).
Mais une structure salariale n’a de valeur que si elle est bâtie au bon endroit.
Aujourd’hui, le Canadien s’apprête à consacrer près de 38 millions de dollars à une défensive qui soulève encore énormément de questions.
Noah Dobson est un défenseur offensif exceptionnel, mais tellement "soft".
Lane Hutson est probablement l’un des jeunes défenseurs les plus électrisants de toute la LNH, mais se fait brasser en séries comme une feuille fragile.
Mike Matheson demeure un excellent patineur capable de transporter la rondelle comme peu de défenseurs peuvent le faire, mais il est tellement soft aussi.
Le problème?
Ils possèdent pratiquement tous les mêmes qualités… et les mêmes faiblesses.
En séries éliminatoires, on a vu Lane Hutson se faire constamment cibler physiquement. Ce n’est pas un reproche envers lui. À son âge et avec son gabarit, c’était prévisible. Mais qui venait le protéger? Qui imposait le respect devant le filet? Qui faisait payer le prix aux attaquants adverses?
Le Canadien cherche encore la réponse.
Sur le côté droit, il manque toujours ce défenseur robuste capable d’avaler vingt-cinq minutes contre les meilleurs trios adverses. Un défenseur qui ferme le jeu avant de penser à produire offensivement. Ce type de joueur est pratiquement introuvable dans l’organisation.
Et pendant que des dizaines de millions sont investis derrière, les besoins demeurent criants à l’avant.
Le Canadien cherche encore un véritable deuxième centre capable d’enlever de la pression à Nick Suzuki. Il manque encore davantage de robustesse parmi les six premiers attaquants. On souhaite toujours ajouter un ailier de puissance capable de faire la différence en séries. La profondeur offensive repose énormément sur le développement des jeunes.
Voilà pourquoi cette structure salariale mérite d’être remise en question.
Ce n’est pas parce que les contrats sont bons individuellement qu’ils forment automatiquement une équipe équilibrée collectivement.
On peut applaudir Kent Hughes pour avoir signé Lane Hutson à un prix que plusieurs jugent exceptionnel.
On peut reconnaître que Demidov coûtera beaucoup moins cher que d’autres jeunes vedettes de sa génération.
On peut même affirmer que Suzuki, Caufield et Slafkovsky représentent des vols.
Mais si, au bout du compte, les économies réalisées en attaque servent à construire la défensive la plus chère de la LNH sans régler le manque de robustesse, le manque de présence physique et l’absence d’un véritable défenseur droitier dominant dans sa zone, la question mérite d’être posée.
La meilleure structure salariale n’est pas nécessairement celle qui obtient les meilleurs rabais.
C’est celle qui permet de bâtir une équipe complète.
Et aujourd’hui, malgré tous les bons contrats négociés par Kent Hughes, le Canadien ressemble davantage à un club qui accumule les défenseurs offensifs qu’à une équipe parfaitement construite pour gagner quatre rondes de séries éliminatoires.
C’est peut-être là le véritable défi du directeur général.
Les chiffres sont magnifiques.
L’équilibre de l’alignement, lui, laisse un goût amer.
