7 millions de dollars: Martin St-Louis choque la LNH

7 millions de dollars: Martin St-Louis choque la LNH

David Garel
Le 2026-06-13

Martin St-Louis va faire sauter la banque.

Même si les Canadiens de Montréal répètent publiquement que les discussions n’ont pas commencé, même si Jeff Gorton et Kent Hughes refusent de confirmer quoi que ce soit, même si tout le monde joue au jeu habituel du secret, il devient de plus en plus difficile de croire que l’avenir de Martin St-Louis est réellement en suspens.

Dans les coulisses de la Ligue nationale, très peu de gens croient que son dossier n’est pas déjà réglé ou, à tout le moins, extrêmement avancé. Tout indique que les Canadiens veulent le conserver à long terme et qu’ils sont prêts à le payer en conséquence.

C’est précisément ce qui risque de provoquer un débat majeur.

Personne ne remet en question l’impact positif de Martin St-Louis depuis son arrivée à Montréal. Lorsqu’il a accepté le poste en février 2022, l’organisation était dans un état lamentable. Le club occupait les bas-fonds du classement, les partisans n’avaient plus aucune illusion et l’avenir semblait très loin.

Quelques années plus tard, le portrait est complètement différent. Nick Suzuki s’est imposé comme un véritable centre numéro un. Cole Caufield est devenu un marqueur de premier plan. Juraj Slafkovsky a commencé à justifier son statut de premier choix au total. Lane Hutson est rapidement devenu l’un des jeunes défenseurs les plus électrisants du hockey. Ivan Demidov est déjà perçu comme une future vedette de concession.

Martin St-Louis mérite une part importante de ce changement de culture. Le problème n’est pas là.

Le problème apparaît lorsqu’on commence à parler d’un salaire annuel de six ou sept millions de dollars.

À ce moment-là, les critères d’évaluation changent complètement.

Développer des jeunes joueurs demeure important, mais ce n’est plus ce qui définit la valeur d’un entraîneur. Lorsqu’une organisation décide de faire d’un coach l’un des mieux rémunérés de toute la Ligue nationale, elle l’évalue désormais dans la même catégorie que les grands gagnants de la profession.

C’est là que les comparaisons deviennent inévitables.

Selon les estimations qui circulent dans le milieu, Mike Sullivan touche environ 6,5 millions de dollars par saison avec les Rangers de New York. Jon Cooper gagne autour de 5,3 millions avec le Lightning de Tampa Bay. Rick Tocchet serait à environ 5,25 millions avec les Flyers de Philadelphie.

Jared Bednar se situerait près de 5 millions avec l’Avalanche du Colorado. Bruce Cassidy gagait environ 4,5 millions avec les Golden Knights de Vegas avant d'être congédié.

Peter DeBoer serait autour de 4,25 millions à Long Island et Paul Maurice toucherait environ 3,9 millions malgré les immenses succès des Panthers de la Floride.

Puis il y a Rod Brind’Amour.

L’homme qui vient de donner une véritable leçon tactique aux Canadiens en séries éliminatoires gagnerait un salaire largement inférieur à plusieurs noms de cette liste. Pourtant, aux yeux de nombreux observateurs, il est aujourd’hui l’un des meilleurs entraîneurs de la planète hockey... et le plus sous-payé...

Voilà pourquoi le dossier devient délicat.

Si les chiffres qui circulent sont exacts et que Martin St-Louis obtient effectivement une entente qui le rapproche de la barre des sept millions de dollars par année, il se retrouverait au sommet ou presque du classement des entraîneurs les mieux payés de la Ligue nationale.

Il dépasserait alors plusieurs entraîneurs qui possèdent un parcours derrière le banc beaucoup plus étoffé, plusieurs Coupes Stanley et des centaines de victoires supplémentaires.

La série contre les Hurricanes de la Caroline n’a évidemment rien arrangé.

Pendant plusieurs années, les difficultés du Canadien pouvaient être attribuées à la reconstruction, au manque de profondeur, à la jeunesse du groupe ou simplement à l’absence de talent établi.

Cette fois, le contexte était différent. Montréal venait de franchir plusieurs étapes importantes et les attentes avaient changé. Les partisans voulaient voir jusqu’où cette équipe pouvait aller.

Or, pendant cinq matchs, Rod Brind’Amour et les Hurricanes ont contrôlé pratiquement tous les aspects de la confrontation. Les sorties de zone, les entrées de zone, l’échec avant, les unités spéciales, les confrontations individuelles et les ajustements tactiques ont constamment tourné à l’avantage de la Caroline.

Chaque fois que le Canadien tentait quelque chose, les Hurricanes semblaient déjà avoir prévu la réponse.

C’est après cette série que plusieurs observateurs ont commencé à se poser des questions plus profondes sur Martin St-Louis.

Non pas sur sa capacité à développer des joueurs ou à créer un environnement sain, mais sur sa capacité à gagner quatre longues séries éliminatoires contre les meilleurs entraîneurs du monde.

Même Réjean Tremblay a rapporté récemment que certains recruteurs et dirigeants de la LNH doutaient que Martin St-Louis soit éventuellement l’entraîneur qui ramènera la Coupe Stanley à Montréal. Que cette opinion soit juste ou non importe peu. Le simple fait qu’elle circule démontre que le débat existe désormais.

Kent Hughes et Jeff Gorton connaissent parfaitement cette réalité. Ils savent que le jour où une nouvelle prolongation sera annoncée, les comparaisons avec Sullivan, Cooper, Maurice, Bednar ou Brind’Amour deviendront inévitables. Ils savent aussi que chaque défaite importante sera analysée à travers le prisme de ce contrat.

Malgré cela, rien n’indique que leur confiance envers Martin St-Louis ait diminué. Depuis son arrivée, ils l’ont soutenu dans toutes les étapes de la reconstruction.

Ils lui ont donné le temps nécessaire pour apprendre le métier. Ils ont bâti leur projet autour de sa philosophie et de sa façon de communiquer avec les joueurs. Tout laisse croire qu’ils continuent de le voir comme l’homme qui dirigera cette équipe pendant encore plusieurs années.

C’est pourquoi plusieurs personnes croient qu’une entente existe déjà, même si elle n’est pas encore rendue publique.

La véritable question n’est donc peut-être plus de savoir si Martin St-Louis sera prolongé.

La véritable question est de savoir quelles attentes accompagneront ce contrat.

Pendant longtemps, Martin St-Louis a bénéficié d’un immense capital de sympathie. Ancien joueur sous-estimé, membre du Temple de la renommée, Québécois respecté partout dans le hockey, il a toujours inspiré le respect. Cette réalité ne changera pas.

Mais le hockey professionnel demeure un milieu où les résultats finissent toujours par parler plus fort que tout le reste.

Quand Martin St-Louis deviendra réellement l’un des entraîneurs les mieux payés de la Ligue nationale, il sera désormais évalué selon les mêmes standards que les Sullivan, les Cooper, les Maurice et les Brind’Amour de ce monde. Les attentes ne porteront plus uniquement sur la progression des jeunes joueurs ou sur la qualité de la culture interne.

Elles porteront sur la capacité du Canadien à franchir le dernier obstacle et à redevenir un véritable prétendant à la Coupe Stanley.

C’est pour cette raison que le prochain contrat de Martin St-Louis risque de devenir beaucoup plus qu’une simple prolongation.

Il représentera aussi un engagement public de l’organisation envers sa vision du futur. Et si les chiffres qui circulent sont exacts, cet engagement pourrait être l’un des plus importants de toute l’ère Gorton-Hughes.

Si Martin St-Louis "choke"... ce sera historique...

À 7 M$ par année... t'es mieux de ramaner la Coupe Stanley...