Ce qui était encore, il y a quelques semaines, une discussion de corridor est maintenant devenu un fait établi dans les cercles de la LNH : le Canadien de Montréal est activement à la recherche d’un défenseur droitier, et il ne sera pas seul dans cette chasse.
Les Maple Leafs de Toronto, étranglés par les blessures, l’incertitude entourant Chris Tanev et une ligne bleue constamment en réparation, ciblent exactement les mêmes profils, au même moment, sur un marché déjà mince.
Et c’est là que ça devient fascinant.
Parce que pour une fois, Montréal n’est pas le club désespéré, celui qui surpaye en panique à la date limite. Ce rôle-là, c’est Toronto qui l’endosse.
Du côté des Leafs, le constat est brutal. Tanev pourrait ne pas revenir cette saison. Jake McCabe, Brandon Carlo, Morgan Rielly : tous ont raté du temps. Brad Treliving n’a pratiquement jamais traversé une date limite sans transiger pour un défenseur (Giordano, Schenn, Lyubushkin, McCabe, Edmundson) et tout indique qu’il n’aura pas le luxe de s’abstenir cette année.
Toronto doit bouger, même si le prix est mauvais, même si l’âge n’est pas idéal, même si le contrat est risqué.
Montréal, au contraire, avance sans la corde au cou.
Kent Hughes voit son équipe gagner, il voit son groupe répondre à l’adversité, il sait que Kaiden Guhle jouera au premier match. Il sait aussi qu’il a des choix, des espoirs, et des défenseurs gauchers en surplus relatif.
Il peut attendre. Il peut laisser Toronto faire monter les enchères… puis intervenir seulement si le prix fait du sens.
C’est exactement ce que Dany Dubé laissait entendre : le CH regarde, analyse, juge le marché des droitiers, mais ne se précipitera pas.
Sur la liste, les noms circulent. Rasmus Andersson, le gros morceau. Droitier, capable de jouer 24 minutes, de contribuer offensivement, de stabiliser un top-4 immédiatement. Le genre de joueur qui fait saliver Toronto… mais qui pose aussi un problème structurel majeur : il faudra le payer, cher, longtemps, et Toronto n’a ni l’espace, ni les actifs, ni le luxe temporel pour le faire intelligemment.
Et c’est là que le dossier devient explosif : le défenseur de 29 ans commandera probablement un contrat de 8 à 9 M$ par saison sur le long terme.
Montréal, lui, peut se permettre de réfléchir à une prolongation, d’évaluer l’impact réel sur son noyau, de décider si c’est le bon moment ou tout simplement de décider de l'obtenir en tant que joueur de location. Avec l'arrivée de Reinbacher, on ne voit pas le CH accorder autant d'argent à Andersson.
Plus bas dans l’échelle, Justin Faulk apparaît comme une option de rechange pour les clubs pressés. Solide, expérimenté, encore productif, mais âgé, avec un contrat qui exige de la rétention salariale.
À 33 ans, il joue plus de 22 minutes par soir, produit offensivement (21 points en 44 matchs) et demeure fiable en désavantage numérique.
Son contrat de 6,5 M$ se termine en 2027, ce qui est intéressant car il n'est pas un joueur de location. Pour Toronto, Faulk représente une assurance si Chris Tanev ne revient pas à 100 %, mais le prix demandé, potentiellement un choix élevé, refroidit, surtout que Toronto a tellement sacrifié de choix au cours des dernières années.
Pour Montréal, l’intérêt dépendrait presque entièrement du coût et de la rétention salariale : ce n’est pas un pilier d’avenir, mais un vétéran capable de solidifier une brigade en séries si le contexte s’y prête.
Là encore, Hughes peut attendre de voir si le prix baisse. Hughes donnera un choix de 2e ronde pour Faulk, mais jamais un premier.
Et puis il y a Luke Schenn, un ajout à faible coût pour boucher un trou. Toronto rapatrier le défenseur, par manque de mieux. Montréal, beaucoup moins : ce n’est pas le type de pari qui correspond à sa trajectoire actuelle.
À 36 ans, Luke Schenn est la solution de dépannage, pas le projet ambitieux. Défenseur droitier massif, simple, robuste, il n’apporte presque rien offensivement, mais il sait exactement ce qu’il est : un joueur de séries, capable de frapper, de bloquer des tirs et de calmer le jeu dans sa zone.
Son contrat de 2,75 M$ expire à la fin de la saison, ce qui le rend facilement accessible sur le marché. Pour Montréal, c’est beaucoup moins séduisant : le CH ne cherche pas à boucher un trou, mais une vraie pièce qui s’inscrit dans une progression. Schenn aide à survivre… pas à évoluer.
Ce qui change tout dans cette équation, c’est que les deux clubs ne jouent pas le même jeu. Toronto est en mode survie, Montréal est en mode construction intelligente. Toronto doit ajouter pour ne pas s’effondrer. Montréal veut ajouter pour devenir plus difficile à jouer en séries.
Et surtout, Montréal a une carte que Toronto n’a pas : la patience.
Si un défenseur droitier est échangé trop tôt, ce sera probablement parce que les Leafs auront paniqué. Si un droitier est échangé au bon prix, au bon moment, avec une vision à moyen terme, ce sera Montréal qui aura attendu que le marché cligne des yeux en premier.
La réalité, c’est que le Canadien n’a jamais été aussi bien positionné pour profiter des erreurs des autres. Il n’est pas obligé d’acheter. Il peut laisser Toronto faire grimper les prix, fatiguer les vendeurs, révéler leurs vraies priorités… puis intervenir.
Et c’est exactement pour ça que ce dossier va faire du bruit pendant longtemps.
Parce que quand Montréal et Toronto veulent la même chose, ça chauffe sur le marché des transactions.
Mais quand l’un est fort et l’autre est pressé, l’histoire a tendance à se répéter.
Cette fois, le train pourrait passer… et Montréal pourrait être celui qui le conduit.
