Alexandre Texier n’est plus une belle histoire. Il est devenu une démonstration.
Comme la veille contre Calgary, le Français a encore pris le contrôle de la soirée au Centre Bell, cette fois avec un tour du chapeau dans un gain convaincant de 6-2 contre les Panthers de la Floride.
Trois buts, tous différents, tous intelligents, tous révélateurs d’un joueur qui lit le jeu une demi-seconde plus vite que les autres et qui évolue enfin dans un environnement qui lui permet d’exister sans s’excuser.
Depuis son arrivée à Montréal, Texier ne force rien : il se place, anticipe, respire le jeu. Avec Nick Suzuki et Cole Caufield, il démontre que le hockey peut être simple quand le cerveau suit.
À Saint-Louis, la grogne a explosé. Les médias locaux ne parlent plus seulement d’une erreur d’évaluation, mais d’un échec de leadership de la part de Jim Montgomery.
On rappelle ses commentaires répétés, ses sorties publiques et privées où Alexandre Texier était décrit comme soft, pas assez engagé, pas assez prêt à « payer le prix », au point où certains affirment qu’il était humilié devant le vestiaire, pointé du doigt pour sa personnalité réservée plutôt que jugé pour son intelligence de jeu.
Cette gestion brutale contraste violemment avec ce qui se passe aujourd’hui à Montréal. Parce que ça a pris énormément de cran, du vrai courage, à Martin St-Louis pour aller à contre-courant, ignorer le bruit, encaisser les critiques et placer Texier sur le premier trio.
Tout le monde l’a remis en question. On a crié au pari inutile, au favoritisme, à l’erreur de casting. St-Louis a tenu bon. Il n’a pas vu un joueur faible : il a vu un joueur à protéger, à libérer, à responsabiliser.
Aujourd’hui, pendant que Texier domine sous les projecteurs du Centre Bell, Saint-Louis se retrouve avec une question impossible à éviter : comment a-t-on pu écraser un talent pareil au lieu de le faire grandir?
Et pour Montgomery, cette question commence sérieusement à ressembler à un acte d’accusation. Juste pour le traitement qu'il a réservé à Texier, Montgomery mériterait de se faire congédier.
Texier, lui, reste les deux pieds sur terre. Son entrevue remplie d'humilité nous fait tomber en amour avec ce joueur:
Encore ce soir, l'ovation que le Centre lui a réservée a donné la chair de poule à une province en entier:
Avec le son
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) January 9, 2026
Sound on 🔊#GoHabsGo pic.twitter.com/eswNMS1Kmf
Pendant que Texier empile les buts, le deuxième trio a donné le ton dès la mise au jeu initiale. Oliver Kapanen, Juraj Slafkovský et Ivan Demidov ont imposé leur tempo, leur énergie et leur créativité.
Slafkovský, transformé depuis qu’il évolue avec ces deux-là, continue de jouer le hockey le plus complet de sa carrière : puissant, confiant, dominant le long des rampes. Kapanen, lui, agit comme catalyseur, gagnant des mises en jeu clés et finissant ses jeux avec aplomb. Cette ligne-là n’est plus une expérience : c’est une fondation.
Mais impossible de regarder cette explosion de Texier sans penser à Saint-Louis. Chaque but est un rappel cruel de façon qu'il s'est fait traiter à St-Louis.
Sous Jim Montgomery, on a confondu réserve et faiblesse, fragilité et manque de caractère. Montréal, à l’inverse, a compris.
On n’a pas demandé à Texier de changer. On lui a demandé de jouer. 7 buts depuis le ballottage, un tour du chapeau, et un joueur qui force toute la ligue à réévaluer, brutalement, l’erreur commise.
Oui, les Panthers étaient privés de plusieurs piliers, mais ça n’enlève rien au message. Le Canadien gagne parce que ses jeunes jambes finissent par étouffer l’adversaire, parce que ses lignes avancent en vagues, parce que des joueurs comme Texier jouent libérés.
Ce qui se passe au Centre Bell n’est pas un feu de paille. C’est un joueur qu’on a mal jugé, qui prend aujourd’hui sa revanche sous les projecteurs les plus impitoyables de la LNH.
Et à chaque but, l’écho se rend jusqu’à Saint-Louis.
Le message envoyé à Jim Montgomery est brutal et impossible à contourner : on ne bâtit rien en écrasant ce qu’on ne comprend pas.
Alexandre Texier n’avait pas besoin d’être durci, exposé ou humilié pour « apprendre à payer le prix » ; il avait besoin d’un cadre sécurisant, d’un rôle clair et d’un coach capable de distinguer la fragilité humaine du manque de caractère.
Martin St-Louis a osé faire exactement l’inverse : protéger avant d’exiger, comprendre avant de juger, responsabiliser sans briser.
Le résultat, incarné par Alexandre Texier, rappelle une leçon de vie que le hockey oublie trop souvent : le leadership n’est pas la domination, c’est la création d’un espace où les autres peuvent devenir plus grands que leurs peurs.
Quand un joueur s’épanouit ailleurs après avoir été écrasé chez toi, ce n’est pas lui qui a changé... c’est toi qui mérite d'être jugé.
