La scène avait tout pour être belle. Presque trop belle. Un petit gars de Roubaix et un petit gars de Saint-Martin-d’Hères, deux Français au parcours improbable, réunis au Centre Bell après un tour du chapeau, sous les projecteurs les plus lourds de la LNH.
Sur le papier, l’idée était parfaite. Dans l’exécution, ça a donné un malaise télévisuel rare, brut, humain, impossible à ignorer.
Antoine Roussel, visiblement nerveux comme jamais, ouvre l’entrevue en mode confession :
« Pour ma part, il faut que je me pince encore parce que c’est quand même surréel ». Il félicite Texier avec un long discours, revient en arrière, bégaye. Trop. Beaucoup trop.
Ce qui a rendu la scène encore plus malaisante, c’est qu’on sentait clairement qu’Antoine Roussel n’était pas en mode conversation, mais en mode exposé oral.
Dès les premières secondes, il s’est lancé dans une longue introduction, structurée comme un texte appris par cœur, parlant sans respirer, regardant ses feuilles à répétition comme s’il cherchait la prochaine phrase à livrer, exactement comme un étudiant nerveux devant sa classe.
Au lieu d’écouter Alexandre Texier, il semblait surtout préoccupé par ne pas perdre le fil de ce qu’il avait préparé, ce qui a plombé le rythme et accentué le malaise.
Cette impression qu’il « récitait » plutôt qu’il ne dialoguait donnait une sensation étrange à l’écran, presque inconfortable.
À force de vouloir trop bien faire, il a étouffé l’entrevue, transformant une idée pourtant excellente en une séquence où tout sonnait faux.
À un moment, il demande même à Alexandre Texier s’il se souvient du premier message qu’il lui a envoyé à son arrivée à Montréal. Texier, sincère, un peu déstabilisé, répond après un long silence :
« J’en ai eu beaucoup… mais fais-toi plaisir, sois heureux, je pense que c’est une bonne place pour toi. »
Texier ne se souvient aucunement de ce que Roussel lui a dit:
Roussel enchaîne, hésite, se compare, parle de son propre tour du chapeau, raconte qu’Alex Burrows l’avait appelé pour lui dire qu’il fallait être un grand joueur pour le faire deux fois de suite.
Texier écoute, sourit poliment, tente de ramener le focus sur l’essentiel :
« Des belles soirées comme ça, ça fait du bien… mais il y a aussi des soirées plus compliquées où il faut jouer simple. Garder les pieds sur terre. »
À chaque réponse, Texier est calme, posé, lucide. À chaque relance, Roussel semble chercher son fil conducteur, coincé entre le strs, l’émotion, l’admiration et le trac.
Le moment devient presque surréaliste quand Roussel insiste sur la pression montréalaise.
« Je m’attendais à quelque chose, mais pas à ça…tout prend une ampleur... », admet Texier, qui ne peut même pas finir sa phrase avant que Roussel, beaucoup trop excité le coupe en criant...
« Stratosphérique!!! ».
Texier tente d'éliminer la gêne du moment et affirme qu'il essaie de « se concentrer sur lui » et de ne pas trop regarder ce qui se dit sur les réseaux sociaux.
Ironie cruelle : pendant qu’il dit ça, les réseaux explosent déjà… mais pour l’entrevue, pas pour sa performance.
Parce que c’est là que ça fait mal. L’intention était noble: un Français qui parle à un Français, une proximité culturelle, une conversation différente.
Mais à l’écran, ça ressemblait à une entrevue de cégep, mal cadrée, trop longue, sans structure, où l’intervieweur parle plus que l’invité.
Roussel, excellent analyste quand il décortique le jeu, n’est clairement pas un intervieweur de métier. Et ça paraissait. Beaucoup. Les silences, les détours, les anecdotes personnelles mal placées… tout sonnait faux dans un moment qui aurait dû être épuré, puissant, centré sur Texier.
Texier, lui, s’en est sorti avec une maturité impressionnante, voyant bien bien que son ami s'enfonçait.
Il parle de sa recette, de ce qu’il a appris à Columbus et à Saint-Louis, des moments bas, de l’importance de l’environnement :
« Là, je prends énormément de plaisir, je ne me pose pas vraiment de questions. Je veux être ici, je veux faire mon trou ici. »
Il recentre, il simplifie, il sauve littéralement la séquence par sa retenue. Plus l’entrevue avance, plus le contraste devient frappant : le joueur est prêt pour la lumière, l’entrevue, elle, ne l’était pas.
Ce malaise fait mal à TVA Sports. Il révèle à quel point faire le métier de Renaud Lavoie est difficile, à quel point l’entrevue en direct exige du rythme, de l’écoute, du silence au bon moment.
Et oui, en toile de fond, il y a aussi TVA Sports, une chaîne qui cherche à créer des moments forts, à remonter ses cotes d’écoute, à tenter des formules différentes. L’idée était bonne. L’exécution, beaucoup moins.
Au final, ce moment restera dans les mémoires non pas pour ce que Texier a dit, mais pour le malaise autour. Et paradoxalement, ça renforce encore plus son image : au cœur d’un chaos médiatique, Alexandre Texier est resté fidèle à lui-même. Calme. Simple. Centré. Comme sur la glace.
Alors que Roussel était d'une nervosité... digne de la radio communautaire...
