Bill Guerin n’a pas seulement tranché. Il a explosé.
Depuis quelques jours, on sent chez le DG de Team USA une irritation qui dépasse largement le cadre d’un simple débat hockey.
Les critiques, les messages, la pression médiatique, les réactions en provenance de Montréal… tout ça semble lui être monté à la tête. Et quand Bill Guérin parle, désormais, ce n’est plus pour expliquer : c’est pour fermer la discussion.
Son commentaire est brutal, presque méprisant :
« Si on choisissait juste selon les statistiques, on n’aurait pas besoin de coach ni de directeur général. »
Son message est cinglant: arrêtez de me parler de buts, de points et de talent brut. Guerin veut une équipe à son image, une équipe de soldats, pas une collection d’artistes.
Peu importe que cinq des dix meilleurs marqueurs américains de la LNH soient absents de la formation. Peu importe que Jason Robertson, Alex DeBrincat, Trevor Zegrasou Cole Caufield soient parmi les attaquants les plus dangereux du pays. Pour lui, ce n’est pas le sujet.
Et c’est là que le malaise devient profond.
Depuis la Confrontation des 4 Nations, aucun joueur dans toute la LNH n’a marqué plus de buts gagnants que Cole Caufield. Les États-Unis ont perdu ce tournoi par un seul but, sans lui.
Et pourtant, à l’aube d’un autre rendez-vous majeur, ils s’apprêtent à repartir sans lui encore une fois. Pas par oubli. Pas par accident. Par choix idéologique.
Guerin l’a dit à Pierre LeBrun, sans détour, dans une déclaration qui a glacé bien des partisans du Canadien :
« Peu importe à quel point tu es doué offensivement, si tu ne peux pas frapper, ce n’est probablement pas le tournoi pour toi. Ce n’est pas un tournoi Pee-Wee. »
C’est sec. C’est dur. Et c’est surtout une ligne claire tracée contre des profils comme Caufield… et Lane Hutson.
Car Hutson aussi est sacrifié au nom de de cette vision rigide et méprisante.
Pourtant, les chiffres sont là, eux aussi impossibles à balayer : meilleur défenseur de la LNH en 2025 pour les reprises de possession, cinquième meilleur passeur de toute la ligue sur les 11 derniers mois.
Anthony Martineau de TVA Sports l’a dit sans détour : l’écarter est une honte. Pas une décision discutable. Une honte. Mais Guérin s’en fout. Il assume. Il avance. Et il sait que s’il perd, il sera jugé.
Ce qui choque Montréal, au fond, ce n’est même plus l’exclusion.
C’est le ton.
C’est le fait que Guerin n’ait même pas pris la peine de nommer Cole Caufield ou Lane Hutson lorsqu’il a justifié ses choix publiquement. Il a parlé de Jason Robertson. Il a parlé d’Adam Fox. Mais pas un mot sur les deux joueurs du Canadien. Comme s’ils n’existaient pas. Comme si leur talent ne méritait même pas d’être mentionné.
On comprend alors que le dossier Caufield est clos… dans sa tête.
Prague, le Championnat du monde, les rumeurs de soirées, l’image d’un joueur jugé trop léger, trop flamboyant, pas assez conforme à la culture guerrière que Guérin veut imposer.
Peu importe que Caufield ait changé. Peu importe qu’il soit aujourd’hui plus mature, plus engagé, plus constant que jamais. Le verdict semble déjà rendu.
Et c’est là que Team USA joue un jeu dangereux.
Parce qu’en laissant à la maison un des meilleurs finisseurs de la planète, un spécialiste des buts décisifs, un joueur capable de faire basculer un match en une seconde, Guerin ne fait pas qu’envoyer un message à une génération de joueurs. Il se lie les mains. Et s’il échoue encore, cette fois, il n’y aura aucune excuse.
Bill Guerin a voulu une équipe.
Pas une équipe d’étoiles.
Dans le cas de Lane Hutson, tout le monde le sait : c’est le père qui a fait dérailler le dossier. Pas le joueur. Pas son jeu. Pas son attitude dans un vestiaire. Son père.
Quand Rob Hutson a publiquement laissé entendre que ses fils pouvaient aussi représenter le Canada si Team USA continuait de les ignorer, ça a été perçu comme un affront direct à l’autorité de USA Hockey. Un défi public. Un bras de fer médiatique.
Et avec un DG comme Bill Guérin, ce genre de sortie ne passe pas. Dans les cercles dirigeants américains, ce n’était plus une question de talent ou de rendement, mais de contrôle.
Le message implicite est devenu brutalement clair : si tu mets de la pression par l’extérieur, si ton entourage parle trop fort, tu sors du cadre.
Lane Hutson a payé pour une phrase qu’il n’a jamais prononcée. Il est devenu le symbole d’un clan jugé ingérable, même si, sur la glace, il faisait exactement tout ce qu’on demande à un défenseur moderne.
Lane Hutson n’a pas été laissé de côté parce qu’il ne pouvait pas jouer à ce niveau. Il a été laissé de côté parce que USA Hockey a voulu rappeler qui décide.
Parce qu’un père a osé parler trop fort. Parce qu’un clan a refusé de se faire petit. Le problème, c’est qu’en réglant un message politique, Bill Guérin prend un risque hockey immense.
Si Team USA échoue, si le jeu de puissance stagne, si la créativité manque à l’arrière, le fantôme de Lane Hutson va planer au-dessus de Milan. Et cette fois, personne ne pourra dire que ce choix était purement basé sur la glace.
S’il perd encore par un but… sans Cole Caufield et Lane Hutson… l’histoire risque d’être cruelle.
