Il fallait que ça arrive. Dans un marché comme Montréal, où chaque respiration d’un joueur ou d’un dirigeant devient un drame national, quelqu’un allait finir par s’emparer du fameux 1er septembre pour en faire un scoop.
Et c’est Jean-Charles Lajoie qui s’est chargé du spectacle.
Avec le ton solennel et l’aplomb qui le caractérisent, JiC a lancé sa « bombe » : Carey Price va être échangé.
"Partisans du #CH soyez aux aguets. Le coûteux 1er septembre verra le contrat de C Price passer sous d'autres cieux. K Hugues serait enclin à céder des choix notamment de 1er tour afin d'ajouter un centre naturel à son effectif."
Rien que ça. Comme si on venait de découvrir la théorie de la relativité.
Comme si personne n’avait remarqué que depuis des mois, tous les insiders répètent que le 1er septembre est la clé du dossier Price, parce qu’un bonus massif est versé et que les assurances prennent en charge la majorité de son salaire.
En d’autres mots, tout le monde dans la Ligue nationale savait déjà que le contrat de Price deviendrait soudainement plus attrayant à partir de cette date.
Mais JiC, fidèle à lui-même, transforme une évidence en apocalypse médiatique. C’est son style. Pas un informateur, un blablateur.
Et c’est là qu’on mesure à quel point Carey Price, même réduit à un fantôme depuis des années, continue de hanter le Canadien de Montréal.
Pas sur la glace, non. Sur la masse salariale.
Ce contrat de 10,5 millions de dollars par saison, signé en 2017 avec une naïveté presque candide par Marc Bergevin, devait sécuriser l’avenir d’un gardien qui, à l’époque, représentait l’élite mondiale.
On connaît la suite. Blessures à répétition. Genou fracassé par Chris Kreider dans une séquence qui réécrit peut-être l’histoire du CH moderne.
Un retour miraculeux en séries en 2021 qui nous a fait croire que la magie existait encore.
Puis le vide. La retraite jamais officielle, le silence lourd, et une équipe qui se retrouve coincée avec un contrat d’un joueur qui ne jouera plus jamais.
Ce contrat est devenu le paradoxe absolu.
Pour le Canadien, il est toxique.
Dix millions et demi qui bloquent la masse, qui forcent Kent Hughes à jongler avec la LTIR et les calculs comptables, qui l’empêchent de respirer librement quand vient le temps de négocier.
Pour d’autres équipes, il est magique.
Parce qu’après le versement du 1er septembre, Price ne coûte presque plus rien à payer réellement, les assurances absorbant plus de 60 % du montant.
Mais son cap hit demeure intact. Ce qui veut dire qu’une équipe qui peine à atteindre le plancher salarial peut gonfler sa masse artificiellement sans se ruiner.
Un bijou, comptable parlant. Une bénédiction pour une organisation en reconstruction.
Chicago semblait être le partenaire idéal.
Connor Bedard comme nouvelle étoile, une masse salariale trop légère, besoin d’un gros contrat bidon pour équilibrer les chiffres.
Tous les astres étaient alignés.
Mais voilà. Quand est venu le temps de négocier, les Hawks ont montré leurs vraies couleurs. Plutôt que d’aider Montréal à tourner la page, ils ont essayé de liquider leurs propres déchets.
Connor Murphy. Le vétéran défenseur de 32 ans, 4,4 millions de dollars de cap hit, historique de blessures aussi long qu’un bottin, déjà mis sur le marché à répétition sans succès.
Chicago voulait carrément se débarrasser de son boulet en échange d’absorber le contrat Price.
Et Kent Hughes, qui a beau être poli, a vite fait comprendre qu’il n’était pas né de la dernière pluie.
Ajouter un autre défenseur surpayé à une ligne bleue déjà congestionnée, c’est l’équivalent de remplacer une enclume par une autre. Inutile.
C’est pour ça que le dossier stagne. Parce que le contrat de Carey Price, aussi paradoxal soit-il, n’est pas une poubelle à échanger contre une autre poubelle. Hughes le voit comme un tremplin, un outil pour frapper un coup de circuit.
Libérer 10,5 millions, ce n’est pas une simple formalité comptable.
C’est l’occasion de repositionner le Canadien pour aller chercher une vraie pièce, un joueur de calibre élite, pas un vétéran éclopé.
Des rumeurs ont circulé sur Mason McTavish, par exemple.
Les Ducks demandent la lune : David Reinbacher, Michael Hage ou un premier choix non protégé.
Hughes refuse, évidemment. Mais le simple fait d’imaginer ce genre de coup donne une idée de ce qu’il espère accomplir avec la libération de Price.
San Jose et Pittsburgh apparaissent comme d’autres destinations possibles.
Les Sharks, en quête de plancher, ont la flexibilité pour absorber un contrat bidon et ne se gênent pas pour recycler ce genre de deals.
Les Penguins, eux, cherchent encore à maximiser les dernières années de Crosby et Malkin et pourraient jouer la carte comptable.
Mais rien de concret encore. Ce qui est concret, c’est que Chicago a refroidi Hughes.
Et c’est là que JiC entre en scène. Son fameux « scoop » ne dit rien de nouveau. Mais dans le grand théâtre médiatique montréalais, l’évidence devient sensation.
Les fans écoutent, les réseaux sociaux s’enflamment, et on oublie que ce qui se joue ici, ce n’est pas une transaction imminente, mais une danse lente et calculée entre Hughes et les autres DG.
Ce n’est pas la première fois que Montréal vit ce genre de psychodrame.
Mais la saga Price est d’une autre ampleur parce qu’elle touche à une légende vivante.
Price, c’est le gardien qui aurait pu tout changer si son genou n’avait pas cédé en 2014.
C’est le gardien qui a porté à bout de bras une équipe moyenne jusqu’à la finale de 2021.
C’est le joueur adulé par une génération de partisans, devenu malgré lui un symbole de la fragilité d’une franchise qui n’a jamais su lui donner le bon alignement.
Et aujourd’hui, il n’est plus qu’un chiffre sur une feuille Excel. C’est cruel, mais c’est la réalité.
Alors oui, Jean-Charles peut bien se bomber le torse et annoncer sa bombe.
Mais soyons honnêtes : c’est facile de prédire la pluie quand tu regardes le calendrier météo.
Tout le monde savait que le 1er septembre allait rallumer la machine à rumeurs.
Tout le monde savait que Hughes allait se faire sonner par plusieurs équipes.
Mais c’est tellement plus spectaculaire de l’annoncer comme si la terre tremblait.
Un acteur du cirque médiatique montréalais. Et dans un sens, on l’aime pour ça.
Parce qu’il ajoute du drame dans une ville qui carbure au drame.
Le vrai drame, c’est que tant que ce contrat n’est pas réglé, le Canadien est coincé. Hughes marche sur un fil.
Il ne peut pas vraiment avancer sa reconstruction comme il le souhaite.
Il ne peut pas déployer tout son arsenal.
Libérer Price, ce n’est pas juste enlever un poids mort. C’est respirer à nouveau.
C’est donner une chance à cette équipe de tourner la page pour de vrai.
Mais ça ne viendra pas d’un échange improvisé.
Ça viendra d’une négociation chirurgicale, où Hughes devra refuser les offres insultantes et attendre le bon moment.
En attendant, Carey Price continue de flotter comme une ombre.
Et Jean-Charles continue de remplir son rôle de maître de cérémonie.
Le joueur n’est plus là, mais son contrat est encore assez vivant pour nourrir des heures de débats, des chroniques, et des bombes médiatiques qui explosent à vide.
Une grenade à blanc, mais dans ce marché, c’est suffisant pour alimenter la machine.
BOOM !!!