Pierre-Karl Péladeau ne lâche pas le morceau.
Selon les informations rapportées par Jeremy Filosa, ça « regarde très bien » pour que, dès le mois de mars, on annonce que TVA Sports demeurera un diffuseur de la Ligue nationale de hockey, avec un partage renouvelé des matchs du Canadiens de Montréal avec RDS.
Dans le même souffle, Filosa précise qu’une quinzaine de matchs demeurent encore en suspens, certains pouvant aboutir sur une plateforme de streaming, sans que l’on puisse exclure non plus un retour à la télévision traditionnelle.
Selon ce que l'on me dit, ça regarde très bien pour que l'on annonce dans les alentours du mois de mars que @TVASports demeurera un diffuseur de la @NHL.
— Jeremy Filosa 🎙 (@JeremyFilosa) February 2, 2026
Ils partageraient à nouveau la diffusion des matchs des @CanadiensMTL avec @RDSca.
Une quinzaine de matchs demeureraient… pic.twitter.com/gO5kxVfsU3
Contrairement à ce que plusieurs tenaient pour acquis depuis des mois, TVA Sports ne s’en va nulle part, et le scénario d’une fermeture nette à l’été 2026 est loin d’être réglé.
Cette information change profondément la lecture du dossier, parce qu’elle confirme ce que Péladeau laisse entendre en coulisses depuis un bon moment : il n’a jamais accepté l’idée que TVA Sports doive mourir pour que RDS règne seule sur le hockey francophone.
Pendant que plusieurs observateurs parlaient déjà de fatalité, pendant que certains décrivaient la chaîne comme un canard boiteux condamné par l’expiration de son contrat actuel, le patron de Québecor continuait de pousser, de négocier et de revendiquer sa place dans le prochain cycle.
Pour lui, il n’est tout simplement pas question que TVA Sports ferme pendant que Bell consolide sa position avec 45 matchs du Canadien et étend son emprise numérique via Crave, plateforme qui, selon les rumeurs persistantes, pourrait accueillir une quinzaine de rencontres supplémentaires.
Si on fait la calcul, cela veut dire que 24 matchs du CH iraient à TVA Sports.
Ce refus de décrocher n’a rien de romantique ni de naïf. Il est profondément enraciné dans une lecture très personnelle, et très orgueilleuse, du rapport de force actuel. Pierre-Karl Péladeau ne se bat pas parce qu’il croit que TVA Sports va redevenir rentable à court terme.
Il se bat parce que, dans sa tête, laisser le champ libre à RDS équivaudrait à reconnaître une défaite symbolique qu’il n’est pas prêt à encaisser, surtout depuis qu’il estime disposer d’un argument chiffré qu’il juge décisif.
Cet argument, ce sont les chiffres de 2024-2025. RDS a enregistré une perte avant impôts de 20,3 millions de dollars, à laquelle s’ajoute une perte de 7,5 millions pour RDS Info, portant le déficit combiné des chaînes sportives francophones de Bell à 27,8 millions.
De son côté, TVA Sports a perdu 15,4 millions, sur des revenus inférieurs, certes, mais avec une base d’abonnés demeurée relativement stable autour de 1,2 million, alors que RDS voyait la sienne reculer à environ 1,5 million, en baisse de 6 %.
Dans l’esprit de Péladeau, ces chiffres ne racontent pas l’histoire d’un marché qui s’effondre uniformément ; ils racontent celle d’un rival historique qui saigne davantage que lui.
Pour quelqu’un qui a bâti sa carrière sur des affrontements d’ego autant que sur des stratégies d’affaires, ce renversement, aussi relatif soit-il, devient un levier psychologique énorme.
RDS, le diffuseur qui avait jadis le monopole du sport francophone et qui se présentait comme le modèle de stabilité, a fait pire que TVA Sports sur le plan des pertes.
Et à partir de là, toute la dynamique change. Péladeau ne voit plus Bell comme une forteresse imprenable, mais comme un géant alourdi par une structure coûteuse, obligé d’alimenter simultanément la télévision linéaire, le numérique et maintenant Crave, sans que les revenus suivent au même rythme.
C’est précisément cette lecture qui explique pourquoi TVA Sports refuse de disparaître doucement à l’approche de 2026.
Dans quelques mois, sans nouvelle entente, la chaîne se retrouverait sans droits structurants, sans colonne vertébrale, exposée à une fermeture quasi automatique.
Pour un dirigeant strictement rationnel, la sortie serait déjà planifiée. Mais Péladeau est convaincu que le prochain cycle peut encore être négocié, non pas parce que TVA Sports est en position de force, mais parce que RDS, à ses yeux, ne l’est plus non plus.
Le contexte rend cette obstination encore plus inflammable. Bell a sécurisé 45 matchs du Canadien, ce qui lui garantit une présence dominante sur le plan régional, et tout indique que Crave deviendra un pilier central de la stratégie de diffusion du hockey, avec une quinzaine de matchs supplémentaires potentiellement diffusés en streaming.
L’écosystème Bell est en train de se refermer sur lui-même, combinant télévision et numérique, multipliant les points de contact avec le partisan, tout en conservant le contrôle éditorial et commercial du produit.
C’est exactement ce scénario que Péladeau refuse d’accepter sans broncher. Non pas parce qu’il croit pouvoir battre Bell sur ce terrain, mais parce que laisser Bell occuper à la fois RDS et Crave sans opposition visible serait, pour lui, une humiliation stratégique.
Dans cette logique, TVA Sports doit continuer d’exister dans l’équation, ne serait-ce que pour empêcher RDS de se retrouver seule, confortablement installée, avec un quasi-monopole francophone déguisé en modèle multiplateforme.
Les chiffres de 2024-2025 deviennent alors son cheval de bataille. Peu importe que les deux réseaux perdent de l’argent, peu importe que le modèle global soit fragilisé par le cord-cutting, par la migration publicitaire vers les plateformes étrangères ou par la fragmentation des auditoires.
Ce que Péladeau retient, ce qu’il répète, ce qu’il brandit dans les discussions, c’est que TVA Sports a perdu moins que RDS, et qu’à partir de cette réalité, il est convaincu que 2025-2026 confirmera la tendance.
C’est cette conviction qui explique pourquoi les négociations se poursuivent, pourquoi TVA Sports cherche encore à obtenir une part des droits nationaux restants, et pourquoi les propos de Jeremy Filosa prennent aujourd’hui tout leur sens.
Si une annonce survient réellement en mars confirmant que TVA Sports demeurera diffuseur de la LNH, avec 24 matchs du Canadien et une quinzaine de rencontres encore à placer, ce ne sera pas un miracle. Ce sera le résultat d’une stratégie d’endurance, alimentée par l’orgueil et par la certitude intime que, tant que RDS ne domine pas totalement, la partie n’est pas terminée.
Depuis cette aventure, Pierre-Karl Péladeau a englouti près de 300 millions de dollars. Et malgré tout, il accepte de continuer, accepte de prolonger le combat, accepte même de perdre encore de l’argent si cela lui permet de rester dans le jeu et d’empêcher son rival de régner sans partage.
L’orgueil peut déplacer des montagnes. Celui de Péladeau, pour l’instant, veut surtout faire durer la bataille et faire suer Bell jusqu’au bout.
