Bonsoir, il est parti: le Québec pleure Rodger Brulotte

Bonsoir, il est parti: le Québec pleure Rodger Brulotte

Par David Garel le 2026-03-20

La nouvelle est tombée comme une claque en plein visage, comme une balle qui quitte le bâton et disparaît dans la nuit montréalaise.

Rodger Brulotte est parti.

Et au fond, il l’avait déjà écrit lui-même, d’une certaine façon. Il voulait que ce soit annoncé ainsi. À sa manière. Avec cette phrase devenue immortelle, ancrée dans la mémoire collective, gravée dans l’ADN sportif du Québec :

Bonsoir… elle est partie.

Cette fois, ce n’est pas une balle. Ce n’est pas un circuit de Vladimir Guerrero. Ce n’est pas un moment de baseball.

C’est lui.

Et ça frappe beaucoup plus fort.

Parce que Rodger Brulotte, ce n’était pas seulement une voix. Ce n’était pas seulement un descripteur. Ce n’était pas seulement un chroniqueur. C’était une présence. Une énergie. Une façon d’aimer le sport, d’aimer les gens, d’aimer la vie, qui ne se remplace pas.

Pendant plus d’un demi-siècle, il a respiré le baseball. Pas à moitié. Pas de loin. Il l’a vécu de l’intérieur, dès ses débuts avec les Expos en 1969, à 21 ans, quand il était encore ce « petit gars des Loisirs Saint-Eusèbe » qui rêvait simplement de faire sa place. Il a gravi tous les échelons. Dépisteur. Relations publiques. Marketing. Commentateur.

Et dans chacune de ces étapes, il a laissé une trace.

Une vraie.

Il y a des gens qui passent dans une organisation. Lui, il a marqué une ville.

Youppi!, par exemple. Ce symbole encore vivant aujourd’hui au Centre Bell, cette mascotte qui traverse les générations… il en est l’un des pères. Rien de moins. Il voulait que les enfants l’aiment. Il voulait que ça soit visible. Il voulait que ça fasse sourire.

C’est exactement ce qu’il a fait toute sa vie.

Faire sourire.

Faire vibrer.

Faire aimer.

Sa voix est devenue un refuge pour des générations de Québécois. Des étés entiers passés avec lui, à écouter des matchs, à entendre ses envolées, ses cris, son fameux « Vladimir! Vladimir! Vladimir! » qui faisait lever le monde dans le salon comme si on était tous au Stade olympique.

Mais au-delà du baseball, Rodger Brulotte était partout.

Partout en ville.

Partout dans le cœur du monde.

Il pouvait parler à un premier ministre dans l’avant-midi, croiser un joueur des Canadiens de Montréal en après-midi, puis prendre le temps de jaser avec un inconnu dans la rue le soir, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Parce que pour lui, ça l’était.

Les gens, c’était ça, sa vraie passion.

Même dans la maladie, il n’a jamais arrêté.

Opéré pour une tumeur, affaibli, hospitalisé… et malgré tout, il écrivait encore. Il livrait encore ses chroniques. Comme si s’arrêter n’était pas une option. Comme si continuer, c’était une promesse qu’il s’était faite à lui-même… et au public.

C’est ça, Rodger Brulotte.

Un homme qui n’a jamais lâché.

Un homme qui n’a jamais triché.

Un homme qui n’a jamais oublié d’où il venait.

Il aurait pu faire de la politique. Tous les partis le voulaient. Mais lui, ce qu’il voulait, c’était redonner aux jeunes. Toujours les jeunes. Toujours le sport. Toujours le terrain.

Et aujourd’hui, c’est tout le Québec qui est frappé.

Parce qu’on ne perd pas seulement un commentateur.

On perd une voix qui nous accompagnait.

On perd une présence qui nous rassurait.

On perd un morceau de notre été.

Un morceau de notre histoire.

Un morceau de nous.

Il mesurait à peine cinq pieds quatre… mais il était plus grand que nature.

Et ça, tout le monde le savait.

Tout le monde l’appelait simplement « Rodger ».

Comme un ami.

Comme quelqu’un de proche.

Comme quelqu’un qui faisait partie de la famille.

Ce soir, le Québec est en deuil.

Mais son rire, son énergie, sa passion… ça, ça ne disparaîtra jamais.

Parce qu’il y a des voix qui ne s’éteignent pas.

Elles restent.

Dans les souvenirs.

Dans les moments.

Dans les émotions.

Et à chaque fois qu’une balle quittera le terrain quelque part, il y aura toujours une partie de nous qui va l’entendre.

Bonsoir, Rodger.

Elle est partie.

Mais toi… tu ne partiras jamais.