Le débat n’est jamais vraiment mort à Montréal.
Chaque saison, chaque poussée du Canadien, chaque trou dans le top-6 ou manque de robustesse ramène la même question obsédante : et si le CH avait repêché Brady Tkachuk en 2018 ?
Félix Séguin a osé rouvrir cette plaie lors d’une entrevue à TVA Sports, ramenant Brady Tkachuk à ce moment charnière où Marc Bergevin avait surpris toute la ligue en optant pour Jesperi Kotkaniemi, laissant filer Tkachuk… et Quinn Hughes.
La réponse de Tkachuk, elle, a été froide. Tranchante. Sans appel.
« Ils perdent leur temps. Ce n’était pas fait pour arriver. »
Pas de détour. Pas de nostalgie. Pas de sourire en coin pour flatter la base montréalaise.
Brady Tkachuk n’a pas voulu jouer au jeu du “et si”. Pour lui, Montréal n’a jamais été une destination imaginée, rêvée ou envisagée.
« Je n’avais aucune attente particulière. Je n’avais pas de préférence, car j’étais naïf. Je n’ai pas pensé à jouer pour Montréal ou non. »
Ces mots-là frappent fort à Montréal, parce qu’ils brisent un mythe bien ancré : celui du joueur américain qui aurait secrètement espéré enfiler le chandail bleu-blanc-rouge.
Dans ce cas-ci, rien de tout ça. Zéro projection. Zéro attachement. Zéro regret.
Et pourtant.
Difficile de ne pas refaire l’histoire quand on regarde ce que Brady Tkachuk est devenu : un capitaine, un moteur émotionnel, un cauchemar pour les adversaires.
Neuf buts, seize passes en 26 matchs cette saison. Toujours au cœur de l’action. Toujours dans la mêlée. Toujours prêt à traîner son équipe dans la guerre.
Ce genre de joueur, Montréal en rêve depuis des années.
Le paradoxe est cruel : Brady Tkachuk incarne exactement ce que le Canadien cherche constamment à injecter à son identité ... du caractère, du chien, de la présence physique combinée à une production offensive réelle.
Un guerrier moderne.
Un joueur qui transforme l’énergie d’un match. Un leader que les partisans adverses détestent… jusqu’au jour où il porterait leurs couleurs.
Parce que la vérité, aussi dure soit-elle, reste la même : n’importe quelle équipe veut un Brady Tkachuk dans son vestiaire.
Ottawa l’a compris. Les Sénateurs ont bâti autour de lui
. Montréal, de son côté, a pris un autre chemin. Kotkaniemi n’est plus là.
Quinn Hughes est devenu un défenseur élite ailleurs.
Et Brady Tkachuk, lui, regarde tout ça de loin, sans amertume… ni nostalgie.
Son message est clair : arrêter de réécrire l’histoire.
« Ce n’était pas fait pour arriver. »
Brady Tkachuk n’a jamais été un Canadien dans sa tête.
Et c’est peut-être ça, au fond, qui fait le plus mal à Montréal.
Pas le fait de ne pas avoir repêché Brady Tkachuk. Pas le joueur lui-même.
Mais l’illusion entretenue qu’il aurait dû être ici.
La réalité, c’est que chaque organisation avance avec ses choix, ses erreurs, ses paris… et ses trajectoires propres.
Montréal n’a pas pris Brady Tkachuk en 2018, mais Montréal n’est plus la même équipe aujourd’hui.
Le Canadien a tourné la page, bâti autrement, appris dans la douleur et se retrouve exactement là où il devait être : en construction assumée, avec une identité claire et une direction définie.
Brady Tkachuk est devenu ce qu’il devait devenir à Ottawa.
Le Canadien, lui, devient tranquillement ce qu’il doit être à Montréal.
Parfois, accepter l’histoire telle qu’elle s’est écrite, c’est la seule façon d’avancer sans regret.
