Perte de patience à Brossard: Brendan Gallagher voit rouge

Perte de patience à Brossard: Brendan Gallagher voit rouge

Par David Garel le 2026-01-19

Il y avait quelque chose de lourd, presque électrique, à Brossard aujourd’hui.

La tension spectaculaire pouvait se sentir des gradins. Le genre de malaise sourd qu’on ressent quand une équipe commence à devoir prendre des décisions qui font mal.

Et Brendan Gallagher, qu’on a vu impatient, renfrogné, parfois visiblement irrité pendant les exercices, en était l’incarnation parfaite.

Pourtant, il jurait en entrevue comprendre la situation. Mais entre comprendre intellectuellement ce qui arrive et l’accepter physiquement sur la glace, il y a un gouffre.

Gallagher alternait avec Samuel Blais, changeait de chaise, entrait et sortait des séquences, voyait son rôle fluctuer sous ses yeux, et chaque aller-retour semblait lui rappeler brutalement que sa place n’est plus acquise.

Le dire devant un micro, c’est une chose. Le vivre à chaque répétition, devant les caméras et les coéquipiers, c’en est une autre.

Les trios du jour racontaient une histoire très claire, et surtout très inconfortable pour certains vétérans. Pendant que Kirby Dach prenait des répétitions sur le premier trio avec Nick Suzuki et Cole Caufield, confirmant qu’il est bel et bien perçu comme une pièce centrale dès qu’il est en santé, d’autres voyaient leur statut s’effondrer.

Slafkovsky, Kapanen et Demidov continuaient de solidifier un deuxième trio qui roule, qui produit et qui n’a aucune raison d’être touché.

Plus bas, la réalité devenait plus crue : Blais et Gallagher alternaient sur un trio avec Phillip Danault et Josh Anderson, pendant que Jake Evans et Joe Veleno accueillaient, eux aussi en alternance, Zachary Bolduc et Patrik Laine sur ce qui ressemblait de plus en plus à un trio tampon. Un pur exercice de triage.

Et c’est là que le malaise Brendan Gallagher prend tout son sens. Parce que si Alexandre Texier est en santé, ce ne sera pas un joueur, mais deux, qu’il faudra sortir de l’alignement lorsque Laine sera prêt à revenir.

Et dans cette équation-là, les noms qui reviennent sont toujours les mêmes : Blais, Gallagher, Bolduc, Laine. Gallagher le sait. Il sait que ce n’est plus une question de respect, ni de passé, ni de leadership dans le vestiaire. C’est une question de rendement immédiat, de rythme, de capacité à suivre une équipe qui joue maintenant un hockey rapide, structuré, efficace.

Et aujourd’hui, le voir alterner avec Blais, perdre sa continuité, devoir constamment se replacer mentalement, a clairement fait monter l’irritation. Pas parce qu’il croit qu’il mérite mieux, mais parce qu’il sent que le sol se dérobe.

En parallèle, le malaise Patrik Laine est devenu, lui, carrément invivable. Il y a des images qui frappent plus fort que n’importe quelle rumeur, et celles de Laine aujourd’hui à Brossard faisaient mal à regarder précisément parce qu’il patinait bien.

Parce qu’il avait l’air prêt. Parce qu’il semblait affamé. Et pourtant, malgré tout ça, il n’était clairement pas dans les plans immédiats.

Pendant que Dach était propulsé sans hésitation aux côtés de Suzuki et Caufield, Laine alternait avec Zachary Bolduc sur le quatrième trio, comme une option parmi d’autres, comme un problème à gérer plutôt qu’une solution à exploiter.

Même en l’absence d’Alexandre Texier, même avec une ouverture évidente dans le top-6, Martin St-Louis n’a jamais songé à tester Laine dans cette chaise-là. Pas une répétition. Pas un essai. Le message était brutal.

Et ce message-là, Laine l’a reçu de plein fouet. Sur la glace, devant les partisans et les caméras, il était visiblement nerveux, crispé, stressé par l’obligation de performer immédiatement.

Il ratait ses lancers sur réception, au point de parfois arrêter la rondelle avant de tirer, comme s’il cherchait à se rassurer, comme s’il avait peur de rater encore.

Ce n’était pas un problème de forme physique. C’était un problème de statut. Laine sait très bien ce qui se joue en ce moment : ce n’est plus un combat pour revenir au jeu, c’est un combat pour prouver qu’il mérite encore une place.

Le contexte humain rend tout ça encore plus lourd. Sa conjointe, Jordan, a publié ce week-end un message Instagram à la fois léger en apparence et profondément révélateur, parlant de voyages, de date limite des transactions, de futur incertain, avec cette ironie typique de ceux qui tentent de masquer l’angoisse par l’humour.

Elle y évoquait la réalité d’une année de contrat, les valises à moitié prêtes, l’incertitude constante, le fait d’entendre à la radio sportive que ton conjoint pourrait être échangé.

À Montréal, ce genre de publication ne passe jamais inaperçu, et dans les coulisses, on sait que la direction n’a pas aimé que cette fragilité soit exposée publiquement, même si elle était humaine, même si elle était compréhensible.

Et pendant ce temps-là, le Canadien gagne. Les trios roulent. La chimie est là. Le vestiaire est soudé. L’attaque produit. C’est peut-être ça, le pire pour Laine… et pour Gallagher.

Parce que dans une équipe qui va mal, on attend le sauveur. Dans une équipe qui va bien, on évite de toucher à ce qui fonctionne.

Le CH n’attend pas Patrik Laine pour se sauver. Il avance sans lui. Et Gallagher, lui, voit que l’énergie qu’il apporte n’est plus suffisante pour compenser ce que son corps n’est plus capable de donner.

Aujourd’hui, à Brossard, on n’a pas vu des joueurs rebelles. On a vu des joueurs lucides, mais coincés dans un moment de transition qui donne la nausée.

Gallagher était de mauvaise humeur non pas par orgueil, mais parce qu’il sent que la fin de quelque chose approche. Laine était nerveux non pas par manque de talent, mais parce qu’il comprend que son identité ne cadre plus naturellement dans cette équipe-là.

Et quand une organisation commence à alterner des vétérans comme des variables, ce n’est jamais un bon signe.

Le malaise n’est plus théorique. Il est sur la glace. Il est dans les regards. Il est dans les répétitions. Et à Montréal, quand une équipe qui gagne commence à rendre certains joueurs optionnels, le sablier se met à couler très vite.