Au Centre Bell, une seule question revient, brûlante et embarrassante : que fait vraiment Vincent Lecavalier pour le Canadien de Montréal?
Son nom flotte comme une énigme dans les couloirs de l’organisation, murmuré plus qu’analysé, évité plus que critiqué.
Et pourtant, depuis des mois, la présence, ou plutôt l’absence, de Lecavalier en tant que conseiller spécial aux opérations hockey est devenue l’un des secrets les moins bien gardés de la LNH.
Officiellement, il travaille pour le Canadien. Officieusement, il vit sa meilleure vie sous les palmiers de la Floride.
Au fil des mois, plusieurs sources confirment que Vincent Lecavalier, sans jamais déménager à Montréal, prend de plus en plus de place dans les décisions stratégiques du CH.
Il est présent aux entrevues clés. Il donne son avis sur les embauches. Il s’immisce dans la sélection des entraîneurs. Il est consulté pour les échanges. Bref, il ne fait pas qu’observer : il influence.
Le problème? Il n’est pas ici.
Dans une entrevue au Soleil, il admettait candidement que ses semaines se divisent entre les tournois de golf de ses filles et les matchs de hockey de son fils en Floride.
Pas un mot sur le CH. Pas un mot sur ses “tâches”. Pas un mot sur la glace froide du Centre Bell. Lecavalier ne vit tout simplement pas dans l’univers du Canadien. Et pourtant, il y a son mot à dire sur tout.
Le 15 juillet dernier, le Canadien annonce discrètement la signature de Joe Veleno à un contrat à un volet de 900 000$. Aucune explication. Trois lignes. Aucun enthousiasme.
Mais en fouillant, on découvre que Veleno est représenté par Philippe Lecavalier, le frère de Vincent, associé-directeur de l’agence Quartexx… que Kent Hughes a cofondée, et dont son propre frère Ryan est toujours le patron.
Veleno était ignoré partout ailleurs. Il aurait accepté un essai professionnel (PTO) n’importe où dans la LNH. Mais à Montréal? Il reçoit un chèque garanti.
Pourquoi? Parce que le country club fonctionne à merveille. Philippe appelle Vincent. Vincent appelle Kent. Kent dit oui.
Et tout cela se fait au su et au vu de la LNH. Aucun problème. Pas d’enquête. Rien.
Ce qui lie Kent Hughes à Vincent Lecavalier est aussi émotif que financier. Hughes l’a avoué sans détour : sans Lecavalier, il n’aurait jamais eu de carrière dans le hockey.
Début 2000, Hughes pense raccrocher les patins d’agent. Il a perdu Alex Tanguay. Il hésite. Et là, Vincent Lecavalier accepte de devenir son client.
Résultat : un contrat de 85 millions $ à Tampa, puis un autre de 22,5 millions $ à Philadelphie, même quand Lecavalier était considéré comme « fini ».
Total : 135 millions $ engrangés par Lecavalier grâce à Hughes.
Aujourd’hui, Hughes lui rend la pareille. Il lui offre un chèque à blanc. Et tant qu’à faire, il ouvre aussi la porte à son frère, Philippe, pour faire signer des joueurs comme Veleno. Le lien est scellé. Les dettes sont payées… mais avec l’argent du Canadien.
Étrange Country Club.
Le dossier Pascal Vincent est un point tournant. Printemps 2025, le Rocket cherche un entraîneur. Vincent Lecavalier est présent aux entrevues.
Il défend bec et ongles la candidature de Pascal Vincent, malgré les critiques accablantes sur sa gestion humaine à Columbus. Bref, on ne parle pas d'un figurant qui se grille seulement la couenne sous le soleil de Tampa Bay.
Hughes suit. Le Rocket embauche Vincent.
Résultat? Vincent est nommé entraîneur de l’année dans la Ligue américaine. Dans ce cas précis, Lecavalier avait raison.
Mais la vraie leçon, c’est la suivante : Vincent Lecavalier ne fait plus juste conseiller. Il décide.
Que fait-il exactement? Même les journalistes peinent à comprendre.
Ses tâches? « Toute autre tâche connexe. » affirme La Presse. Ça veut tout dire, et rien à la fois.
Il regarde des vidéos. Il donne son opinion. Il assiste aux camps. Il parle à Suzuki et Caufield. Il “aide” à recruter des agents libres... une aide dont l’efficacité reste à prouver.
Car aider à recruter l'indésirable Veleno, disons que ça ne compte pas comme "crédit".
Il ne se cache même plus :
« Si je ne suis pas sur la glace avec mon gars, j’accompagne mes filles au golf. »
« Kent engage des gens qu’il pense capables de rendre l’organisation meilleure. La confiance est la chose la plus importante quand tu demandes l’avis de quelqu’un. »
Mais cette “confiance” s’apparente de plus en plus à du copinage.
Selon plusieurs sources, Martin St-Louis aurait voulu nommer Vincent Lecavalier pour remplacer Alex Burrows l'été dernier.
Le plan était clair : faire monter son chum derrière le banc.
Mais Lecavalier n’a pas envie de déménager. Il le dit lui-même : il aime son quotidien en Floride. Il ne veut pas se taper l’hiver, le voyagement, le stress. Il veut son chèque, son influence… et la plage.
Le hic? Le hockey, ça se joue à Montréal. Pas sur un green de golf.
Le cas Veleno, l’embauche de Vincent, les missions de dépistage de Lecavalier dans un État où il n’y a pas de hockey universitaire, pas de ligue américaine, presque rien à part deux équipes de la LNH…
Tout ça illustre une chose : le Canadien de Montréal est devenu un coffre-fort d’amis.
On parle d’une franchise évaluée à près de 2 milliards de dollars, où chaque contrat, chaque embauche, chaque stratégie devrait viser la coupe Stanley.
Au lieu de ça? On donne un emploi à distance à un ancien client. On engage des gens “de confiance”. On récompense les liens personnels.
La culture d’entreprise est claire : si tu fais partie du cercle, tu es en sécurité.
Il faut dire que ça peut marcher. À date, le Country Club évolue bien.
Molson laisse faire. Gorton “supervise”, mais n’intervient pas dans le trio d'amitié Hughes-Lecavalier-St-Louis. Le budget est là, donc personne ne s’inquiète.
Pour les partisans, cela ne dérange pas. Tant que l'équipe progresse... les amis peuvent demeurer confortables.
Reste que Lecavalier mériterait tellement plus son salaire s'il était... ici...
Vinnie est un monument du hockey québécois. Personne ne remet en question son intelligence hockey, son parcours, sa passion. Mais aujourd’hui, ce qu’on lui reproche, ce n’est pas ce qu’il est. C’est ce qu’il ne fait pas.
Il ne vit pas à Montréal. Il ne s’implique pas à temps plein. Il n’est pas disponible en personne pour les jeunes. Il ne rend pas de comptes.
Et pourtant, il influence les décisions majeures de l’organisation. Pourquoi? Parce qu’il est ami avec Martin. Parce qu’il a sauvé la carrière de Kent. Parce que son frère est agent.
Nous avons envie de dire une seule chose: au pays du hockey, l’amitié ne devrait jamais primer sur la rigueur.
Surtout pas à Montréal...