Il y a toujours un coupable. Toujours un visage à pointer. Toujours un nom à jeter en pâture. Et cette fois-ci, après l’élimination du Canada en demi-finale du Championnat mondial junior, la meute a décidé que ce serait Caleb Desnoyers.
Un jeune de 19 ans. Un kid.
Lundi matin, Desnoyers s’est réveillé avec une nuit blanche derrière la cravate, la pire depuis son arrivée au Minnesota.
Le but de Vojtech Cihar, celui qui a fait basculer la demi-finale contre la Tchéquie, tournait en boucle dans sa tête. Le genre de séquence qui s’imprime dans le cerveau d’un joueur trop obséd pour simplement passer à autre chose.
Il s’est excusé. Aux gars. Encore.
« Je me suis tellement excusé aux gars par rapport à ça », a-t-il confié, la médaille de bronze autour du cou après la victoire contre la Finlande.
Et pourtant, il l’explique calmement, lucidement, sans se défiler. Son repli était agressif. Trop. Il s’est retrouvé à patiner à reculons, comme attaquant, contre un joueur lancé à pleine vitesse.
«Le jeu ne montre pas que j’étais le premier sur l’échec avant et le premier à revenir.
Je me suis fait prendre à contrepied alors que ce n’était pas tant mon gars et que je n’avais pas à patiner de reculons. C’est moi qui a mal paru et je prends le blâme à 100%.»
We’re thinking @Kelowna_Rockets fans are really gonna like @LAKings prospect Vojtech Cihar. 🤯
— Western Hockey League (@TheWHL) January 5, 2026
Czechia regains the lead after this beautiful finish. 🇨🇿 #WorldJuniors | #GoKingsGo
pic.twitter.com/lWP3GoiKSc
Oui, il s'est fait shifter.
Oui, sur l’image figée, il n’a pas l’air du joueur le plus brillant de la planète.
Mais est-ce que ça justifie ce qui a suivi? Absolument pas.
La chasse est ouverte, encore une fois.
Dès dimanche soir, les réseaux sociaux ont fait ce qu’ils font de pire. Des messages violents. Des attaques personnelles. Des insultes. Et cette fois, ce n’était pas seulement Caleb qui était visé. Sa famille aussi.
Et comme par hasard, Desnoyers est le seul Québécois de cette équipe canadienne.
Le lien est impossible à ignorer.
« Je me faisais vraiment envoyer des messages intenses », a-t-il admis.
« C’est là que tu réalises que t’es rendu à un haut niveau. Mais souvent, ceux qui écrivent ne connaissent pas la game pour vrai. »
Il ne joue pas à la victime. Il ne cherche pas la pitié. Ce qui l’inquiète, ce sont les autres. Ceux qui n’ont pas son entourage, sa carapace, sa maturité.
« La triste réalité, c’est que ça met encore plus de pression sur les joueurs. Moi, je suis correct. Mais pour d’autres, ça peut être vraiment difficile. »
Et il a raison.
On recommence. Encore. Comme si on n’avait rien appris.
Ce qui se passe avec Caleb Desnoyers, c’est le copié-collé de ce qu’on a vu avec Michael Hage. Et avant lui, avec Maxime Comtois. Et avant encore, avec d’autres. Toujours le même scénario. Une erreur. Un moment clé. Et la foule virtuelle qui décide que tout le tournoi se résume à ça.
C’est confortable, un bouc émissaire. Ça évite de regarder la réalité en face.
La réalité, c’est que le Canada a été battu à forces égales.
La réalité, c’est que la défense a été poreuse.
La réalité, c’est que la Tchéquie avait plus de mordant, plus de constance, plus de tranchant dans les moments importants.
Mais non. C’est plus simple de s’acharner sur un kid de 19 ans.
Desnoyers, lui, regarde déjà devant
Malgré tout, Caleb Desnoyers refuse de se laisser définir par un seul jeu. Il termine le tournoi avec six aides, dans un rôle limité, sans unités spéciales, avec peu de minutes. Il a fait ce qu’on lui demandait. Il a apporté de l’énergie. Il a répondu présent dans le cadre imposé.
Et mentalement, il est déjà ailleurs.
En 2027. À Edmonton et Red Deer.
Avec une obsession claire : ramener l’or. Changer le vent de bord. Restaurer la fierté canadienne.
« Je ne veux plus jamais vivre un match de bronze », a-t-il dit.
À ceux qui s’acharnent sur Caleb Desnoyers, posons la question simplement : qu’est-ce que ça vous apporte?
Vous n’améliorez pas le hockey.
Vous n’aidez pas l’équipe.
Vous n’éduquez personne.
Vous démontrez seulement une chose : une incapacité totale à faire la différence entre une analyse sportive et une attaque humaine.
Caleb Desnoyers ne mérite pas vos menaces.
Sa famille ne mérite pas vos messages.
Et aucun joueur de 19 ans ne mérite de porter sur ses épaules la colère d’un pays entier.
Il y aura toujours un coupable sur la toile.
Mais il est peut-être temps, collectivement, de refuser d’en être complices.
