Cauchemar pour Juraj Slafkovsky: Logan Cooley était le choix de Kent Hughes
Logan Cooley et Juraj Slafkovsky. NHL.com

Cauchemar pour Juraj Slafkovsky: Logan Cooley était le choix de Kent Hughes

David Garel
Le 2026-11-06

Juraj Slafkovsky vient de vivre une soirée tellement cruelle.

Le gros ailier du Canadien a pourtant livré l'un de ses meilleurs matchs de la saison contre le Mammoth de l'Utah. Il a patiné, il s'est impliqué, a récolté une magnifique passe sur le premier but de son capitaine.

Pour une fois, on a retrouvé un Slafkovsky engagé, capable d'utiliser son physique et de créer des choses offensivement.

Avant le match, il se classait au 15e rang chez le Canadien pour les mises en échec distribuées. Quinzeième! Et au cours de ses quatre derniers matchs avant la rencontre contre l'Utah, il n'avait donné aucun coup d'épaule.

Lane Hutson en avait même distribué davantage que lui! Quand ton défenseur de petit gabarit frappe plus souvent que ton gros ailier censé intimider les adversaires, il y a sérieusement un problème.

Slaf a avoué devant les journalistes qu'il jouait comme de la SH... et qu'il était soulagé d'avoir enfin joué un bon match:


Il était temps. Mais pendant qu'il tentait de rappeler aux partisans pourquoi Montréal l'avait sélectionné au premier rang en 2022, Logan Cooley était en train de lui voler complètement la vedette.

Trois buts, une passe, quatre points. Une démonstration qui fait mal à regarder quand on se rappelle que le Canadien aurait pu repartir de ce repêchage avec le jeune centre américain.

Il a marqué 7 buts à ses 3 derniers matchs.

Dire que Jeff Gorton le trouvait trop petit.

On parle d'un l'un des meilleurs joueurs de centre de toute la LNH. Rapiditié, finesse, Hockey IQ de premier plan, constance.

Slaf a le gabarit, mais n'aura jamais le talent, ni l'intelligence de Cooley.

Montréal a exactement besoin du genre de joueur que Cooley est en train de devenir. Un deuxième centre capable de transporter la rondelle, de créer de l'attaque, de faire la différence sans dépendre constamment de Nick Suzuki.

Cooley n'est pas simplement un marqueur qui profite d'une bonne séquence. Il possède une vitesse exceptionnelle, des mains extraordinaires, une vision du jeu qui lui permet de trouver des ouvertures que les autres ne voient pas et cette confiance des joueurs qui savent qu'ils peuvent changer l'allure d'un match à eux seuls.

À 21 points en 17 rencontres, avec déjà 11 buts et 10 passes, il est en train de s'installer parmi les jeunes attaquants les plus dangereux de la LNH.

Pour battre le record d'Alex Ovechkin, imaginez à quel point du dois être bon. Cooley est devenu le joueur le plus rapide de la LNH à obtenir 5 tours du chapeau:

Slafkovsky, lui, présente 12 points en 16 matchs, dont seulement deux buts. Ses statistiques en carrière demeurent respectables : 74 buts et 122 passes pour 196 points en 298 rencontres. Cooley affiche 80 buts et 93 passes, soit 173 points en 228 matchs.

Les deux joueurs ont donc des productions comparables, mais le centre de l'Utah a accumulé ses points dans 70 matchs de moins. Et surtout, il occupe une position que le Canadien cherche désespérément à combler.

Le problème n'est pas de prétendre que Slafkovsky est incapable de devenir un excellent joueur. Mais avec son gabarit, il devrait être l'un des attaquants de puissance les plus redoutables de toute la LNH.

Le problème, c'est de constater que Montréal a peut-être laissé passer un centre de franchise pour sélectionner un ailier qui n'a toujours pas démontré qu'il pouvait produire avec constance sans être installé aux côtés de Suzuki.

Voilà ce qui inquiète dans le cas de Slafkovsky. Quand Suzuki est dans la formation, il peut retrouver ses repères, profiter de son intelligence et produire dans un environnement offensif beaucoup plus favorable.

Mais pendant l'absence de son capitaine, on attendait de lui qu'il prenne les commandes, qu'il devienne une véritable force offensive et qu'il fasse oublier, au moins temporairement, le vide laissé au centre.

Ce n'est pas ce qui s'est produit. Le Canadien avait besoin que son premier choix au total devienne une solution. Il a plutôt donné l'impression d'être un joueur qui a encore besoin qu'on lui fournisse la solution.

Kent Hughes va s'arracher les cheveux... qu'il n'a pas.

En 2022, le directeur général aurait préféré Logan Cooley à Slafkovsky. L'organisation a finalement choisi le Slovaque, dans une décision fortement influencée par la volonté de Jeff Gorton d'ajouter de la masse et de la robustesse à l'alignement.

Gorton sortait alors d'un passage difficile avec les Rangers de New York, où son équipe n'avait pas réussi à imposer le style physique recherché. Il avait été congédié parce qu'on disait de lui qu'il était un DG soft.

À Montréal, il voulait changer cette identité. Slafkovsky représentait ce grand ailier capable de gagner ses batailles, de protéger la rondelle et de devenir une présence intimidante. Cooley, malgré son talent évident, correspondait moins à cette vision et était frêle au moment de son repêchage.

Le problème, c'est qu'on ne repêche pas un joueur uniquement pour corriger une faiblesse physique dans l'alignement. On repêche le meilleur talent possible, surtout lorsqu'on possède le premier choix au total.

Et aujourd'hui, Cooley est en train de montrer pourquoi les équipes ont besoin de centres capables de faire basculer une rencontre.

Le Canadien aurait pu avoir deux centres capables de construire son attaque pour la prochaine décennie. À la place, il possède un ailier qui doit encore prouver qu'il peut être une force indépendante.

Le plus triste, c'est que cette histoire rappelle directement un autre regret du repêchage de 2023 : Ryan Leonard. Kent Hughes aimait Leonard. Il connaissait le joueur, son environnement, sa famille et son caractère. Il avait toutes les raisons de croire en son potentiel.

Pourtant, Montréal a choisi David Reinbacher, encore une fois dans une logique de besoins organisationnels du moment.

Deux ans plus tard, Leonard s'impose comme un attaquant de premier plan, pendant que Reinbacher poursuit son développement dans la ligue américaine, sans s'imposer, à près de 22 ans.

Combien de fois le Canadien va-t-il laisser passer un talent offensif exceptionnel parce que quelqu'un, dans la salle de repêchage, veut absolument corriger un problème de composition d'équipe?

C'est une leçon que l'organisation devra retenir pour les prochains repêchages. Les besoins changent. Les défenseurs peuvent être acquis par transaction, les joueurs autonomes peuvent combler certains trous et les équipes peuvent reconstruire leur profondeur.

Mais un centre offensif de la qualité de Cooley, un ailier complet comme Leonard, ce sont des talents qu'on ne trouve pas à tous les coins de rue.

Et on ne vous parle pas de Michkov.

Ouch.