C’est la fin pour Arber Xhekaj

C’est la fin pour Arber Xhekaj

Par David Garel le 2025-04-01

C’est terminé pour Arber Xhekaj à Montréal. Et cette fois, il n’y a plus aucun doute.

Dans ce qui devait être un match rempli d’électricité, de réponses physiques et d’un minimum de réparation de tort, Martin St-Louis a pris la décision la plus brutale, la plus symbolique et la plus cinglante de sa carrière d’entraîneur à la tête du Canadien de Montréal : il a laissé Arber Xhekaj dans les gradins.

Oui, même après que Nico Mikkola ait été sanctionné d’une amende de 5000 $ pour avoir sauvagement et volontairement envoyé un slapshot en direction de la tête de David Savard, alors que le match était terminé, Martin St-Louis a refusé d’habiller celui qu’on surnommait jadis le "Shérif".

Un message froid. Une décision tyrannique. Une fin sans panache.

Dans un match où tous les codes du hockey dictaient que Xhekaj devait être en uniforme, le Canadien a préféré envoyer Michael Pezzetta sur la glace.

Le même Pezzetta qui n’a ni la puissance, ni la réputation, ni la portée physique de Xhekaj. Le message est cinglant : Arber Xhekaj ne fait plus partie du projet.

St-Louis n’a même pas tenté de maquiller sa décision. Il n’a pas parlé de fatigue, de rotation ou d’ajustements stratégiques. Il a simplement agi.

Brutalement. Et il a lancé un signal à tous les niveaux de l’organisation, à tous les journalistes, et surtout à tous les partisans : "Ce joueur ne reviendra pas dans mes plans."

Et c’est ainsi qu’un nouveau chapitre s’est fermé. Celui d’un défenseur que les partisans ont adopté dès sa première mise en échec.

Celui d’un espoir sorti de nulle part, qui représentait la résilience, la hargne, la fierté. Celui d’un joueur qui était plus qu’un simple 6e défenseur. Il était un symbole. Aujourd’hui, il est un exilé.

Et dans les coulisses, l’heure est grave. Car l’ambiance est à la trahison. Le clan Xhekaj grince des dents. Le père, Jack, observe tout. Florian, le frère cadet, performe à Laval, rêve du Centre Bell, et a déjà prévenu tout le monde dans une entrevue forte avec TVA Sports : "On veut devenir les frères Tkachuk. C’est notre rêve."

Mais ce rêve vient d’exploser en miettes.

Kent Hughes, lui, a maintenant les mains sales. Car en laissant son entraîneur couper les ponts de manière aussi brutale avec un joueur populaire et encore très utile, il se retrouve forcé d’agir.

Il devra échanger Arber Xhekaj. Et il devra le faire dans un marché où tout le monde saura que le CH n’a plus de levier. Les prédateurs se réjouissent déjà.

Car oui, Xhekaj a une valeur. Une grande même. Des équipes comme Chicago, Philadelphie, San Jose, Anaheim et Calgary pourraient se ruer sur lui.

Le profil est rare : un défenseur physique, jeune, encore sous contrat abordable, et qui peut imposer le respect à chaque présence. Dans un cadre plus favorable, il redeviendra le Shérif. Ailleurs.

Mais à Montréal, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Martin St-Louis ne l’a jamais aimé. Il n’a jamais accepté son surnom, ni son style, ni son image publique.

Il a tout fait pour le déprogrammer, pour le faire rentrer dans un moule qui n’est pas le sien. Et quand Xhekaj a changé, quand il est devenu plus sobre, plus discipliné, plus tactique, il n’a même pas été récompensé. On l’a puni. Encore et encore.

Ce mardi soir, au Centre Bell, c’est la fin qui a gagné.

Et dans le silence glacial de la galerie de presse, Arber Xhekaj a compris.

Il ne reviendra plus jamais en arrière. Le Shérif va quitter la ville. Pour de bon.

Car depuis le tout début, Martin St-Louis n’a jamais voulu du "Shérif" dans son système.

Il l’a toléré. Il a jonglé avec lui. Il l’a relégué dans les estrades. Il a effacé son identité. Mais jamais, pas une seule fois, il ne lui a offert un vrai rôle stable et valorisant.

Dès l’arrivée d’Arber Xhekaj à Montréal, l’entraîneur-chef a tenté de déraciner ce que le joueur représentait. Il ne voulait pas d’un protecteur. Il ne voulait pas d’un intimidateur. Il ne voulait pas d’un symbole populaire. Il voulait le remodeler. Et quand ce remodelage n’a pas fonctionné à 100%, il a simplement décidé de l’exclure.

Le point culminant de cette tension? Ce fut cette déclaration publique, surréaliste, où St-Louis, les sourcils froncés, affirma que « personne ne l'appelle le Shérif dans le vestiaire ». Une phrase qui résonne encore aujourd’hui comme un mensonge flagrant.

Parce que depuis ce jour, les preuves de l’inverse ont afflué en masse.

Cole Caufield l’a confirmé publiquement dans le balado Spittin’ Chiclets. Plusieurs coéquipiers l’ont appelé "Shérif" en entrevue. Les partisans ont partagé des dizaines de vidéos où le surnom est scandé au Centre Bell. Même le père d’Arber Xhekaj porte fièrement le titre sur ses vêtements, refusant qu’on efface ce que son fils est devenu.

Ce mensonge n’était pas anodin. Il a prouvé quelque chose de beaucoup plus grave : un rejet personnel.

Martin St-Louis n’a jamais voulu qu’un joueur, encore moins un bagarreur robuste, devienne plus populaire que son propre système. Et c’est exactement ce qui est arrivé avec Arber Xhekaj.

Alors il a décidé de le rayer. De le discipliner. De le faire disparaître lentement.

Et cette semaine, il lui a donné le coup fatal.

Ce qui rend la situation encore plus intenable, c’est qu’elle place Kent Hughes dans une position impossible.

Le directeur général du Canadien a toujours vanté l’importance d’un alignement équilibré. Il a aussi toujours misé sur la valeur marketing et symbolique de ses joueurs. Or, Arber Xhekaj est l’un des seuls joueurs de cette équipe qui vend des chandails à son nom, sans jamais jouer dans le top 4.

Il a une image forte. Un branding. Des produits dérivés. Des campagnes à venir. Des commanditaires. Des fans. Des enfants qui l’imitent dans les arénas.

Et maintenant, ce joueur-là est traité comme un moins que rien. Comme un problème. Comme un obstacle au "système St-Louis".

Alors Kent Hughes a deux choix : échanger Arber pour une bouchée de pain, ou le forcer à rester dans un environnement toxique où il n’est manifestement plus désiré par son entraîneur.

Dans les deux cas, c’est la honte. Et la pression publique monte. Parce que si Hughes échange Xhekaj, il confirme que c’est St-Louis qui a gagné la guerre idéologique. Il valide que le CH ne veut plus d’intensité. Plus de personnalité. Plus de robustesse.

Et s’il le garde, il l’expose à un calvaire encore plus long, dans une chaise qu’on refuse de lui donner, dans un rôle qu’on ne veut pas qu’il incarne.

Peu importe si Arber Xhekaj rejoue quelques matchs d’ici la fin de l’année. Le lien est brisé.

Et à Montréal, il ne restera que la colère des fans.

Celle d’avoir détruit ce qu’on avait à portée de main.

Celle d’avoir transformé un joueur adoré en indésirable silencieux.

Celle d’avoir choisi la ligne froide, sans émotion, au détriment de l’humain.

Arber Xhekaj ne fait plus partie des plans.

Pas parce qu’il a mal joué. Pas parce qu’il n’a pas livré la marchandise. Mais parce qu’il a eu le malheur d’être ce qu’il est : un joueur intense, vrai, imparfait… et profondément humain.

Et dans le Montréal de Martin St-Louis, ça ne passe plus.

Le "Shérif" n’a pas été vaincu sur la glace. Il a été exécuté politiquement, dans les coulisses, dans les gradins, dans les silences.

Et maintenant, tout le Québec le voit : c’est terminé pour Arber Xhekaj à Montréal.

C’est une tragédie. Une erreur stratégique.Mais surtout…une faute morale.