Pendant que Phillip Danault tente de se réinventer à Montréal dans un rôle plus étroit que jamais, Christian Dvorak, lui, vient tout simplement de faire sauter la banque à Philadelphie.
Cinq ans. 5,15 M$ par saison. Un engagement lourd, long, assumé. Et surtout, un message limpide envoyé par les Flyers de Philadelphie : on croit en toi comme joueur de centre complet, aujourd’hui et demain.
Oui, c’est cher. Oui, c’est risqué sur la durée. Mais c’est exactement ce que le marché vient de confirmer : Dvorak a encore de la valeur dans la LNH moderne.
Il est plus jeune que Danault, plus mobile, plus polyvalent offensivement, et surtout, il n’est pas déjà en mode survie dans ses lectures. Là où Danault compense désormais par l’intelligence ce qu’il n’a plus dans les jambes, Dvorak joue encore dans le rythme, pas en réaction.
À Montréal, on peut bien se raconter que Danault « apporte ce dont l’équipe a besoin » (mises au jeu, infériorité numérique, stabilité), mais la réalité est brutale : le CH s’ennuie de Dvorak.
Pas du Dvorak idéalisé, mais du joueur capable d’absorber des minutes sans que tout le système se mette à plier quand le tempo monte.
Dvorak n’est pas spectaculaire, mais il n’est pas non plus exposé à chaque décalage d’une demi-seconde. Il ne force pas son entraîneur à choisir soigneusement quand l’utiliser pour éviter qu’il se fasse cibler.
Et c’est là que la comparaison devient inconfortable pour Montréal. Danault coûte 5,5 M$ l’an prochain, à 33 ans, avec une vitesse déjà en déclin visible. Dvorak, lui, signe à 5,15 M$ jusqu’à 33–34 ans, mais avec un profil qui vieillit mieux : moins dépendant du jeu ultra défensif, plus adaptable dans un top-9, capable de produire sans être constamment protégé.
On peut appeler ça une revanche, et ce n’est pas exagéré. Dvorak sort de Montréal, parie sur lui avec un contrat d'une saison et il revient par la grande porte du marché : long terme, gros salaire, confiance totale.
Pendant ce temps, Danault revient à Montréal avec une mission lourde : prouver, soir après soir, qu’il n’est pas en train de vivre exactement ce que Los Angeles avait commencé à voir.
La question n’est donc plus de savoir si Dvorak est « cher ». La vraie question, celle que le Canadien devra affronter très vite, est beaucoup plus simple et beaucoup plus cruelle :
Si tu avais encore Christian Dvorak aujourd’hui, aurais-tu vraiment eu besoin de Phillip Danault ?
Et ça, c’est une interrogation qui ne se règle ni par l’attachement, ni par le passé, ni par la nostalgie. Elle se règle par le jeu. Par le rythme. Et par le temps, celui qui, contrairement à Dvorak, ne joue plus en faveur de Danault.
Dire que Christian Dvorak était perçu à Montréal comme un poids mort: fragile physiquement, discret offensivement, et surtout présenté comme une mauvaise influence dans le vestiaire.
Le récit était simple, presque trop simple pour être honnête : le centre américain était le « party boy », celui qui détournait les jeunes talents de leur trajectoire professionnelle.
Le symbole de cette accusation ? Le fameux penthouse de Griffintown qu’il partageait avec Cole Caufield, devenu dans l’imaginaire collectif un repaire de distractions plutôt qu’un lieu de récupération.
Pendant des mois, tout ce qui allait mal chez Caufield semblait automatiquement retomber sur Dvorak. Dès que l’ailier connaissait un passage à vide, dès qu’une rumeur circulait sur sa vie nocturne, le coupable était déjà désigné.
Peu importait les performances, les blessures, le contexte d’équipe : Dvorak était devenu le bouc émissaire parfait, celui qu’on accusait d’avoir trop d’influence, trop de liberté, trop de présence.
Une version amplifiée par des témoignages anonymes largement relayés sur les réseaux sociaux et dans certains balados, qui peignaient Dvorak comme une figure dominante, envahissante, incapable de poser des limites.
Mais le hockey a cette particularité cruelle : il finit toujours par exposer la réalité.
Aujourd’hui, le même Christian Dvorak est perçu de façon radicalement différente. À Philadelphie, on ne lui confie pas un contrat de cinq ans à 5,15 M$ pour faire la fête ou pour jouer les figurants.
On lui confie un rôle, des responsabilités, une stabilité. Et surtout, on lui confie de l’influence, notamment auprès de jeunes joueurs offensifs, dont Trevor Zegras, un talent créatif, médiatisé, parfois critiqué pour sa maturité.
Or, ce que l’on observe autour de Zegras n’a rien d’un chaos : structure, constance, engagement. Exactement ce qu’on prétendait impossible avec Dvorak dans l’équation.
La question devient donc incontournable : si Dvorak est aujourd’hui considéré comme une présence positive, structurante et professionnelle auprès de jeunes joueurs ailleurs dans la LNH, comment a-t-il pu être présenté comme une influence toxique à Montréal ?
La réponse dérange : peut-être qu’il ne l’a jamais été. Peut-être que le problème n’était ni Dvorak, ni son style de vie, ni sa personnalité réservée, mais plutôt un environnement montréalais incapable de distinguer vie privée et performance professionnelle, surtout quand un jeune chouchou est impliqué.
Car pendant que Dvorak reconstruisait silencieusement sa crédibilité (sur la glace, dans les mises au jeu, en infériorité numérique, dans les tâches ingrates), ceux qui l’avaient accusé ont disparu du discours.
Plus de récits incendiaires. Plus de fuites anonymes. Plus de procès publics. Et surtout, aucune preuve tangible que Dvorak ait jamais nui à la carrière de Caufield.
Au contraire, avec le recul, le portrait s’inverse : Dvorak prouve qu’on peut aimer sortir, être célibataire, avoir une vie sociale active et demeurer un professionnel irréprochable.
Amen.
