Il va y avoir du monde déçu en voyant ce classement-là, parce que le réflexe est immédiat : tu passes d’un top-3 en 2025 à une neuvième place en 2026, et pour plusieurs, ça ressemble à une chute, presque à un recul. Mais si tu regardes ça froidement, sans émotion, c’est exactement le contraire qui est en train de se produire à Montréal.
Ce que Scott Wheeler fait avec ses classements, ce n’est pas juste empiler des noms. Il mesure la santé d’une organisation. Et la réalité, c’est que quand ton bassin d’espoirs descend, souvent, c’est parce que tes espoirs sont rendus ailleurs. Ils ont gradué. Ils jouent. Ils contribuent. Ils ne sont plus des promesses, ils sont devenus des morceaux du noyau.
C’est exactement ce qui arrive avec les Canadiens de Montréal.
As a companion, perhaps most telling of the promise of this Canadiens era is how young they are, how good they are, and how much more they have coming. They are No. 9 in @scottcwheeler's NHL prospect pool rankings and No. 6 in the NHL's overall standings: https://t.co/APbrmYuQHP
— Arpon Basu (@ArponBasu) April 1, 2026
L’an dernier, l’équipe était dans le top-3. Pourquoi? Parce que tu avais encore des joueurs comme Ivan Demidov dans le système, parce que tu accumulais les choix de première ronde, parce que ton avenir était encore théorique.
Aujourd’hui, Demidov n’est plus un espoir. Il fait partie de la réalité. Et juste ça, ça change complètement la perception d’un bassin.
Ajoute à ça le fait que le Canadien n’a pas repêché en première ronde en 2025, et tu viens d’expliquer une bonne partie de la baisse. Ce n’est pas une chute inquiétante. C’est une conséquence logique.
Et malgré ça, malgré cette “baisse”, Montréal reste neuvième dans toute la LNH.
Ça veut dire quelque chose.
Parce que ce que Wheeler affirme, c’est que le Canadien a encore de la qualité partout. Littéralement partout. Il parle d’un bassin “A-minus à chaque position”, ce qui est extrêmement rare. Il n’y a pas de trou. Il n’y a pas de faiblesse structurelle. Il y a de la profondeur, et surtout, il y a encore du haut de gamme.
Le “Tier 1” est séduisant.
Jacob Fowler est devenu, dans les yeux de plusieurs, un vrai gardien numéro un potentiel dans la LNH. Pas un projet, pas un pari. Un gardien avec des outils élites, une constance déjà impressionnante, et une progression qui ne ralentit pas. Quand ton meilleur espoir est un gardien capable de voler des matchs et de s’imposer à tous les niveaux, tu tiens quelque chose de majeur.
Michael Hage, lui, est en train de changer complètement sa projection. On parlait d’un joueur talentueux mais incertain.
Aujourd’hui, on parle d’un centre capable de produire, de transporter un trio, de jouer contre les meilleurs. Il a retrouvé une trajectoire de top-6 clair, et dans un système déjà jeune et rapide comme celui du Canadien, son arrivée va créer un autre niveau de profondeur offensive.
Alexander Zharovsky est probablement le cas le plus excitant du groupe. Parce que lui, c’est du talent pur. Il produit dans la KHL à un âge où presque personne ne produit. Il bat des records. Il joue contre des hommes et il crée quand même. Il a des défauts, oui, mais le plafond est élevé, très élevé. Ce genre de joueur-là, tu ne le trouves pas souvent en dehors de la première ronde.
Et puis il y a David Reinbacher.
Un nom qui divise encore. Un joueur qui ne fait pas lever les foules. Mais Wheeler met des mots très clairs : il va jouer longtemps dans la LNH. Il va être utile. Stable. Fiable. Peut-être pas spectaculaire, mais essentiel. Et dans une organisation qui commence à vouloir gagner, ces profils-là deviennent aussi importants que les vedettes.
Ensuite, quand tu descends dans le “Tier 2”, tu comprends encore mieux pourquoi la neuvième place n’est pas un problème.
Bryce Pickford, c’est une anomalie offensive chez les défenseurs. Une machine à marquer. Un gars intense, agressif, qui impose son rythme. Ce n’est pas parfait, mais c’est un pari qui peut rapporter gros.
Adam Engström continue de progresser de manière silencieuse mais constante. Il s’approche d’un rôle NHL, probablement comme défenseur moderne capable de jouer des minutes utiles sans faire de bruit. Ce genre de joueur-là, toutes les équipes en ont besoin.
Owen Beck, lui, est déjà presque ce qu’il sera : un joueur fiable, intense, capable de jouer au centre, de gagner des mises en jeu, de maintenir un rythme. Pas flashy, mais utile. Très utile.
Et plus tu avances dans la liste, plus tu vois un thème se dessiner : Montréal n’a peut-être plus autant de “wow” qu’avant… mais ils ont énormément de joueurs qui peuvent jouer.
L.J. Mooney est fascinant, mais incertain à cause de son gabarit. Joshua Roy est rendu à un carrefour, avec un talent évident mais une constance qui tarde à suivre (il sera échangé). Florian Xhekaj a un rôle très clair déjà dessiné : déranger, frapper, exister physiquement.
Ce n’est pas du rêve. C’est du concret.
Même dans les rangs plus bas, il y a des profils intéressants : des gardiens comme Volokhin, Cournoyer, Miller, des défenseurs robustes comme Protz, des joueurs de rôle comme Harris. Ce n’est pas un bassin qui repose sur deux ou trois noms. C’est un bassin qui déborde de diversité.
Et c’est là que la lecture doit changer.
Parce que pendant des années, les partisans du Canadien se sont accrochés à l’espoir. Aux listes. Aux classements. Aux “un jour, peut-être”. Aujourd’hui, ce “un jour” est en train de se transformer en présent.
L’équipe est déjà compétitive. Elle est déjà jeune. Elle est déjà en train de gagner.
Et en même temps, elle reste neuvième dans toute la LNH pour ses espoirs.
C’est ça, le vrai message.
Ce n’est pas une chute. C’est une transition.
Le Canadien n’est plus une équipe qui accumule. C’est une équipe qui commence à récolter. Et quand tu es rendu là, ton bassin d’espoirs va toujours “baisser” sur papier… parce que tes meilleurs éléments ne sont plus des espoirs.
Ils sont devenus la fondation.
