La performance de Jakub Dobeš contre les Hurricanes de la Caroline aurait dû faire l’unanimité. Quarante et un arrêts, un match volé, une équipe dominée au chapitre des tirs qui trouve quand même le moyen de gagner.
Dans n’importe quel autre contexte, le gardien devient l’histoire du jour, il parle, il explique, il savoure. Mais à Montréal, même après une telle performance, le doute persiste. Et dans certains cas, il est même total.
José Théodore ne dévie pas de sa position. Depuis le début, il n’adhère pas au projet Dobeš, et il continue de le dire ouvertement.
Pour lui, le véritable gardien d’avenir des Canadiens de Montréal, celui qui possède le plus haut plafond, c’est Jacob Fowler.
Wow. En même temps, Carey Price affirme qu'il se reconnaît dans Jacob Fowler.
Carey Price @CP0031 was on the Never Offside Podcast with Julie Petry and Cat Toffoli.
— Tony Marinaro (@TonyMarinaro) March 26, 2026
Julie asked Carey if there is a goalie in the NHL right now that reminds him of him.
Watch and listen to this Habs fans ⬇️ pic.twitter.com/owX6iYxCVf
Pas pour rien que Théo insiste sur un point précis : la technique.
Dans son évaluation, Fowler est structuré, propre dans ses déplacements, prévisible dans le bon sens du terme. À l’inverse, Dobeš lui apparaît encore désorganisé, difficile à lire, “tout croche” devant son filet. Même quand il gagne, même quand il vole des matchs, Théodore n’est pas convaincu.
Pauvre Dobeš. Même Carey Price l'ignore. Il donne son numéro à Fowler, il le texte... mais ignore le gardien numéro un du CH. Ouch:
Carey Price on reaching out to Habs goalie Jacob Fowler:
— /r/Habs (@HabsOnReddit) March 26, 2026
“I’ve talked to him a couple of times…I gave him my number. If he ever has any questions about anything, I’m always open to help out in any way I can. But he looks like he’s doing just fine to me.” pic.twitter.com/cMThU0d0rN
Et ce mépris ne date pas d’hier. Il s’est installé progressivement, mais certains épisodes ont clairement marqué une rupture.
Le moment où Dobeš a laissé tomber le masque, où il a montré ses émotions publiquement, n’est pas passé inaperçu.
Dans un milieu où la solidité mentale est scrutée en permanence, ça a laissé des traces. Chez Théodore, on sent que la confiance n’est jamais revenue depuis. Comme s’il voyait, au-delà des arrêts, une fragilité incompatible avec la pression des séries.
Pendant ce temps, la décision du Canadien de le retirer des médias après une performance dominante ne fait qu’alimenter les interrogations.
Habituellement, le gardien gagnant est envoyé devant les caméras. C’est automatique. Là, non. Silence complet. Et ça, même les observateurs les plus expérimentés ne comprennent pas.
Stéphane Waite, qui a vécu cette réalité au plus haut niveau, croit que l’organisation tente simplement de contrôler les dégâts potentiels.
Il décrit un gardien émotif, spontané, capable de dire une phrase de trop et de créer un bruit inutile autour de l’équipe.
On se souvient qu’il avait pleuré après une défaite, incapable de contenir ce qu’il vivait sur le moment. Et depuis, cette image-là lui colle à la peau.
The habs better wake up before the slump catches up to them because Dobes doesn’t deserve to cry like this
— Zach 🇨🇦🦉 (@zachnhso) November 7, 2025
pic.twitter.com/aQwIINEZiS
José Théodore avait d’ailleurs été très direct, laissant entendre que “si tu pleures après un match, ta carrière risque d’être difficile dans un marché comme Montréal”.
Ce jugement-là ne s’efface pas facilement. Et aujourd’hui, quand on voit le Canadien le retirer des médias, quand on comprend qu’on veut éviter qu’il parle trop, qu’il en dise trop, qu’il déborde, ça s’inscrit dans la même logique.
On protège le joueur, oui… mais on protège aussi l’image, le message, le narratif autour d’un gardien qui, malgré ses performances, reste perçu comme émotif et imprévisible par une partie du milieu.
Dans une course aussi serrée, le Canadien veut éviter toute distraction. On protège le groupe… quitte à sacrifier un peu de transparence.
Mais cette explication ne satisfait pas tout le monde. Le journaliste Alexandre Pratt, lui, soulève un malaise plus large. Parce qu’au final, personne ne sait vraiment ce qui se passe.
Il rappelle que Dobeš est en train de devenir un joueur clé… et qu’on ne le connaît presque pas. Pas d’accès, peu d’entrevues, très peu de repères. Pour un marché comme Montréal, c’est inhabituel. Et ça crée un vide.
Ce vide-là, il est dangereux. Parce qu’il laisse place aux interprétations.
D’un côté, tu as un gardien qui accumule les performances solides et qui donne des points à son équipe. De l’autre, tu as des anciens comme Théodore qui continuent de privilégier un autre profil, plus classique, plus rassurant comme Jacob Fowler.
Et entre les deux, une organisation qui gère son image au millimètre, au point de le retirer complètement de la scène médiatique.
Le résultat, c’est une situation unique.
Un gardien qui gagne… mais qui ne convainc pas tout le monde.
Un gardien qui s’impose… mais qu’on ne laisse pas s’exprimer.
Un gardien qui devient central… dans un climat de doute.
