Les États-Unis avancent vers Milan avec un aplomb qui frôle l’insolence.
Ouch. ils ont décidé, collectivement, que le débat était clos. Cole Caufield n’est pas là? Lane Hutson non plus? Jason Robertson? Alex DeBrincat? Peu importe. Dans le discours officiel, tout ça n’existe déjà plus.
Le ton a été donné par Bill Guerin bien avant l’annonce finale. Pour lui, la mission est simple : l’or ou rien.
« Nous devons gagner », a-t-il lancé sans détour. Pas viser le podium. Pas espérer. Gagner. Et dans cette logique, Guerin n’a jamais caché qu’il ne cherchait pas à empiler le talent offensif, mais à bâtir une équipe à son image : dure, engagée, disciplinée, méchante.
Quand il explique ses choix, le message est clair : arrêtez de parler de buts et de statistiques.
« Si on choisissait juste selon les chiffres, on n’aurait pas besoin de coach ni de directeur général », a-t-il lâché récemment.
C’est une déclaration de principe. Guerin assume pleinement de laisser à la maison certains des attaquants les plus dangereux de la LNH. À ses yeux, ce n’est pas un manque, c’est un choix.
Et autour de lui, personne ne semble vouloir nuancer.
Dans le vestiaire américain, la confiance est totale. Auston Matthews, capitaine désigné et visage du programme, n’a pas cherché à calmer le jeu. Au contraire.
« Nous sentons que nous sommes au sommet et que nous devrions viser l’or. Nous voulons être le meilleur pays au monde », a-t-il affirmé. Pas un mot sur ceux qui manquent à l’appel. Pas une hésitation. Le groupe est complet, point final.
Le malaise a été poussé encore plus loin quand Auston Matthews, capitaine de l’équipe américaine, a carrément fermé la porte à l’idée d’ajouter du talent offensif, comme si la question était ridicule.
« On n’a pas besoin de plus de talent offensif », a-t-il lancé, droit devant, en parlant de la composition de Team USA. Une phrase lourde de sens, surtout quand on sait exactement quels noms flottent autour de cette discussion.
Matthews n’a jamais nommé Cole Caufield ni Lane Hutson, mais le message était clair comme de l'eau de roche : ce que ces joueurs apportent (buts, créativité, flair offensif) n’est pas ce que l’équipe américaine recherche.
Quand le capitaine affirme publiquement que le groupe actuel est suffisant et qu’il ne faut surtout pas “injecter” plus d’attaque, il valide non seulement les choix de Bill Guerin, il banalise aussi l’exclusion de Caufield.
Même le meilleur buteur américain (et le 3e buteur de la LNH) ne manque à personne. Et venant du visage de Team USA, ce désintérêt assumé résonne comme un véritable pied de nez envers Montréal.
Oh que Caufield doit se sentir trahi par Matthews.
Même son de cloche chez Jack Eichel. Pour lui, la barre est fixée très haut :
« Tout autre résultat qu’une médaille d’or serait décevant. Nous avons la meilleure équipe sur papier. Nous n'avons besoin de personne d'autre. »
Ce genre de déclaration en dit long sur l’état d’esprit du groupe : aucune place pour le doute, encore moins pour Cole Caufield et Lane Hutson.
C’est là que la colère frappe à Montréal.
Pendant que les dirigeants et les vedettes américaines affichent cette certitude presque arrogante, les absences continuent de choquer, surtout celle de Cole Caufield. Le meilleur franc-tireur du Canadien, l’un des marqueurs les plus prolifiques de la ligue, n’est même plus un sujet dans le discours officiel de Team USA. Guerin a parlé de Jason Robertson. Il a parlé d’Adam Fox. Mais Caufield? Silence. Comme s’il n’existait pas.
Et pourtant, les faits ridiculisent le DG. Depuis la Confrontation des 4 Nations, aucun joueur dans la LNH n’a marqué plus de buts gagnants que lui. Les États-Unis ont perdu ce tournoi par un seul but. Sans Caufield. Et ils s’apprêtent à replonger dans un autre tournoi majeur… encore sans lui.
La réponse de Guerin est toujours la même, répétée comme une béquille: ce n’est pas un tournoi Pee-Wee.
« Peu importe à quel point tu es doué offensivement, si tu ne peux pas frapper, ce n’est probablement pas le tournoi pour toi », a-t-il expliqué à Pierre LeBrun.
Une phrase lourde de sens, qui vise directement des profils comme celui de Caufield et Hutson et qui balaie d’un revers de la main tout ce qu’il fait sur la glace.
Ce discours est assumé jusqu’au bout par le reste du groupe. Quinn Hughes, de retour dans l’alignement américain, n’a laissé aucune ouverture :
« Tout le monde sait que nous avons l’équipe pour gagner. Je ne pense pas que quiconque serait surpris si nous gagnions. » Or ou rien. Exactement comme le Canada, dit-il. La comparaison est lancée, sans complexe.
Le problème, ce n’est pas la confiance. Toutes les grandes équipes en ont. Le problème, c’est l’aveuglement potentiel.
Parce qu’à force de marteler qu’ils n’ont pas besoin de plus de talent, les Américains envoient aussi un message cinglant : les joueurs comme Caufield sont interchangeables. Qu’un but de plus ou de moins, dans un tournoi aussi serré, n’est pas déterminant. Que l’absence d’un marqueur d’élite ne changera rien.
C’est un pari. Un gros.
Et ce pari, Bill Guerin l’assume seul.
S’il gagne l’or, il sera célébré comme le visionnaire qui a bâti une vraie équipe plutôt qu’un alignement d’étoiles. Mais s’il échoue, s’il manque un but, une étincelle, un tir précis dans un moment clé, le nom de Cole Caufield reviendra comme un boomerang. Chaque jour. À chaque analyse. À chaque comparaison avec le Canada.
À Montréal, on regarde cette confiance américaine avec un mélange d’incrédulité et de frustration. Pas parce que les États-Unis sont faibles. Ils ne le sont pas. Mais parce qu’ils semblent avancer comme si l’absence de Caufield et Hutson ne comptait même pas.
Et dans un sport où un seul tir peut décider d’une médaille d’or, cette certitude pourrait bien devenir leur plus grand risque.
