Congédiement: la sortie publique de José Théodore est sans pitié

Congédiement: la sortie publique de José Théodore est sans pitié

Par David Garel le 2026-01-29

Dans la foulée du congédiement d’Éric Raymond, on aurait pu croire que certains anciens gardiens choisiraient la compassion ou, à tout le moins, la nuance.

Pas José Théodore. L’ex-gagnant du trophée Hart et du Vézina, qui connaît mieux que quiconque la violence psychologique du filet montréalais, a plutôt choisi de revenir à son terrain préféré : dénigrer Jakub Dobeš avec la même froideur que si le jeune Tchèque lui avait personnellement arraché une page de son autobiographie.

Théodore a ses obsessions, et Dobeš figure au sommet de la liste. Rien, absolument rien, de ce que fait le jeune gardien ne trouve grâce à ses yeux. Ni ses victoires, ni ses arrêts, ni même sa progression statistique.

Avec Mario Langlois, il a d’abord réagi au congédiement d’Éric Raymond en rappelant une vérité lourde de sous-entendus :

« C’est rare qu’un entraîneur des gardiens soit le seul congédié. »

C’était sa manière à lui de dire que la situation était devenue toxique au point où l’organisation n’avait plus le choix.

Et même si Théodore n’a pas glissé un mot explicite sur les tensions internes, son ton en disait long. Chez lui, cette rareté n’est pas un détail : c’est une preuve que quelque chose dysfonctionnait profondément, preuve que des joueurs avaient décroché, preuve que le lien de confiance était brisé.

Et dans cet univers où chaque mot cache un autre mot, il était difficile de ne pas penser à Samuel Montembeault et à Jakub Dobeš, deux gardiens qui, selon plusieurs sources, ont très mal vécu la dynamique imposée par Raymond.

Là où Théodore devient particulièrement tranchant, c’est lorsqu’il oppose subtilement l’approche de Raymond à la réalité actuelle : pour lui, ce congédiement montre aussi que l’organisation veut rompre avec certaines méthodes, et la nomination de Marco Marciano comme entraîneur par intérim vient confirmer la direction à suivre.

« Très respecté à Laval », dit-il, rappelant sa feuille de route impeccable et sa capacité reconnue à développer des gardiens en s’adaptant à leur profil psychologique.

Théodore n’hésite d’ailleurs pas à affirmer que Marciano sera l’entraîneur des gardiens à temps plein la saison prochaine. Ce simple constat trace une ligne claire : l’ère Raymond est terminée. Et dans l’esprit de Théodore, ce n’est pas une catastrophe, c’est un réalignement nécessaire.

Mais là où le discours devient brutal, c’est dès que le nom de Dobeš flotte dans la conversation. Théodore n’y va jamais frontalement, il préfère une méthode plus élégante, plus chirurgicale, celle du sous-entendu perforant.

Il balaie d’un revers de main les statistiques et les victoires, affirmant que « la victoire est trop valorisée » lorsqu’on parle de Dobeš.

Autrement dit : peu importe les arrêts, peu importe les résultats, ça ne compte pas. Pour Théodore, le problème est ailleurs, plus profond, plus structurel : « Il commet trop souvent les mêmes erreurs. »

Cette phrase, simple, froide, répétée hier encore, est devenue son marteau-piqueur. Un outil pour réduire chaque performance du jeune gardien à une liste de défauts à corriger.

Et comme si son scepticisme technique ne suffisait pas, il continue d’entretenir une vieille blessure. On se souvient du moment où il s’était ouvertement moqué des larmes de Dobeš, jetant une ligne devenue tristement célèbre :

« S’il pleure en novembre, il va manquer de larmes s’il joue 16 ans comme moi. » Une phrase qui, encore aujourd’hui, revient comme un boomerang dès qu’on tente d’analyser la posture de Théodore à l’égard du jeune gardien.

Rappelons quand il avait commenté la performance de Jacob Fowler et qu'il avait commis une erreur menant au but gagnant des Flyers:

« J’aime mieux un gardien critique qu’un gardien qui pleure après les matchs. » Le nom n’a pas été prononcé. Il n’avait pas besoin de l’être. Ce genre de phrase, dans la bouche de Théodore, porte toujours la même signature.

Le paradoxe, c’est qu’il connaît parfaitement cette réalité émotionnelle. Il a été jeune, il a été fragile, il a été exposé.

Montréal l’a brisé après en avoir fait un héros. Il sait à quel point chaque arrêt peut ressembler à un verdict moral, à quel point un mauvais but peut devenir un poids qui vous enterre pour une semaine entière.

Et pourtant, il refuse à Dobeš ce qu’il s’est accordé à lui-même : le droit d’être humain. Le droit de ressentir. Le droit de craquer un soir de novembre.

Dans sa grille de valeurs, un gardien doit être une forteresse, un masque impénétrable. C’est son modèle, celui qui l’a fait survivre.

Mais ce modèle n’est pas universel. Et Dobeš n’est pas lui. Là où le jeune gardien voit un sport chargé d’émotion et d’apprentissage continu,

Théodore n’y voit que des standards à atteindre, des critiques à absorber, des erreurs à corriger. Ce n’est pas un dialogue entre deux visions du métier : c’est un mur.

Et plus les jours passent, plus il devient évident que les deux hommes ne seront jamais invités au même party. Théodore, avec son héritage, sa dureté, son obsession pour la perfection mentale. Dobeš, avec sa sensibilité, son intensité, sa volonté sincère de grandir dans un environnement qui ne pardonne rien.

Montréal a souvent érigé des statues de pierre autour de son filet. Peut-être est-il temps d’accepter que certains gardiens ne sont pas faits de granite et qu’ils n’en sont pas moins compétitifs pour autant.

Théodore peut continuer de minimiser les victoires, de répéter que les statistiques ne veulent rien dire, de pointer les défauts comme s’ils étaient gravés dans le marbre.

Il peut persister à penser qu’un jeune qui montre ses émotions est un jeune qui échouera. Mais la réalité est plus nuancée que son discours. Et qu’il le veuille ou non, il devra composer avec une génération qui refuse d’être formatée dans le moule de la sienne.

Entre le masque impénétrable de Théodore et le cœur ouvert de Dobeš, Montréal devra un jour décider ce qu’elle valorise vraiment.

Pour l’instant, le débat reste ouvert. Mais une chose est certaine : la guerre froide entre les deux n’est pas près de se terminer.