Congédiement: l'avenir de Daniel Briere est sombre

Congédiement: l'avenir de Daniel Briere est sombre

Par David Garel le 2026-01-30

Rien ne va plus à Philadelphie.

La glissade des Flyers n’est pas seulement une histoire de points au classement, c’est une histoire de direction, d’identité, de cohérence, et surtout d’une reconstruction qui ressemble de plus en plus du gros n'importe quoi.

On a eu, pendant quelques semaines, l’illusion d’une équipe surprenante, capable de s’accrocher dans l’Est malgré un Matvei Michkov honteux (arrivé au camp d'entraînement gras comme un voleur), malgré une attaque imparfaite, une défensive plus que moyenne... malgré des trous partout.

Et puis, la réalité les a rattrapés. Deux victoires en douze matchs, dix points de retard sur la dernière place des séries, l’impression d’un groupe qui s’effondre et d’un marché qui recommence à sentir ce qu’il sent toujours quand ça tourne mal : le sang.

C’est là que Brière se met à brûler. Parce que quand tu répètes que tu es en reconstruction, tu dois accepter d’avoir l’air d’être en reconstruction. Tu dois accepter d’être jeune, imparfait, parfois douloureux, mais cohérent.

Or, les Flyers donnent plutôt l’impression d’un club coincé entre deux chaises : pas assez mauvais pour aller chercher le talent qui change une franchise, pas assez bon pour se comporter comme un vrai aspirant.

Oui, Brière a réussi un coup qui mérite d’être nommé : Trevor Zegras pour des peanuts. Un centre de talent, encore jeune, encore capable de produire, un pari offensif qui a au moins le mérite d’être audacieux dans une organisation qui a longtemps manqué de créativité pure.

Mais même ce coup-là, Brière le gâche avec des "moves" de colon. Zegras arrive, démarre fort, puis traverse une baisse de régime, et c’est là que tu vois la panique d’un club qui ne sait pas s’il doit vivre avec les montagnes russes d’un joueur de talent ou s’il doit l’encadrer comme un projet fragile.

Et pendant que Zegras occupe tout l’espace médiatique, Brière a fait le geste qui, pour moi, résume le mieux l’aveu d’échec : la prolongation à Christian Dvorak.

Cinq ans, 5,4 millions par saison, un joueur utile, oui, un joueur intelligent, oui, mais un joueur qui ne deviendra pas soudainement le centre dominant qui change un top-6.

Tu peux aimer Dvorak comme pièce de soutien, comme stabilisateur, comme pivot fiable dans une structure gagnante. Mais tu ne peux pas, dans la même phrase, te dire en reconstruction et verrouiller cinq ans de ton avenir sur un centre qui ne te fera jamais franchir un palier.

Ce genre de contrat, c’est exactement le genre de décision qui colle aux doigts d’un DG quand la pression monte : tu paies pour de la “sécurité”, mais tu achètes surtout une illusion de stabilité. Et à Philadelphie, l’illusion dure rarement.

Le portrait offensif est tout aussi cruel parce qu’il met en lumière le plafond d’une équipe qui s’est peut-être raconté trop vite une histoire trop belle. Travis Konecny produit, oui. Mais il est ce qu’il est : un compétiteur, un joueur complément, pas un joueur de franchise.

Owen Tippett a son rôle, ses buts, son intensité, mais on sait aussi où ça mène : une production honnête, une valeur réelle, sans être une étoile qui te change une série.

Et au milieu de ça, tu as Michkov, le joyau, celui qui devait être la lumière au bout du tunnel, et qui devient déjà un sujet de tension.

Mauvaise condition au camp, décisions risquées, temps de glace contrôlé, débats sur l’encadrement, sur la sévérité, sur la responsabilité... il est devenu une patate chaude.

Les partisans accusent l’entraîneur Rick Tochett d’étouffer le talent, puis dans la même respiration, ils s’arrachent les cheveux devant des passes molles et des replis inexistants.

C’est ça, le piège : quand ton projet de reconstruction repose sur un prodige, tu dois construire autour de lui un environnement qui le fait grandir, pas un environnement qui le transforme en dossier toxique quotidien.

Et là, tu arrives au nerf de la guerre : la défense et l’avenir. Philadelphie a des défenseurs “potables”, des gars qui tiennent la route, mais dont tu connais déjà les limites.

Travis Sanheim fait le travail, mais il n’est pas un défenseur qui domine une série au printemps. Cam York progresse, mais tu ne le regardes pas et tu ne te dis pas que tu tiens un Lane Hutson ou un Quinn Hughes.

Et puis il y a Jamie Drysdale, la pièce maîtresse d’une transaction qui colle désormais à Brière comme la poisse. . Parce que l’échange Cutter Gauthier contre Drysdale, c'est une honte nationale.

On parle d'un défenseur fragile, surestimé, et en panique.

Et quand l’autre côté de l’échange devient un marqueur de buts élite, un attaquant qui fait saliver, un futur élément de premier plan, la ville de Philadelphie ne te pardonne pas. Elle ne te laisse pas le luxe de dire “attendez encore”.

Ce qui rend l’addition encore plus lourde, c’est tout ce que ce dossier dit sur la culture interne. On sait pourquoi Gauthier ne voulait pas de Philadelphie, et cette raison-là porte un nom : John Tortorella.

Garder Tortorella trop longtemps avant de la congédier, c’était plus qu’un choix de coach, c’était un message envoyé au reste de la ligue sur le type d’environnement que tu construis. Et dans une ligue où les jeunes talents, les universitaires, les joueurs très courtisés peuvent influencer leur trajectoire, tu ne peux pas jouer à l’innocent.

Le prix du maintien de Tortorella, ce n’est pas seulement une saison de plus, ce sont des dossiers contaminés, des négociations empoisonnées, des jeunes qui prennent peur, et une organisation qui finit par se retrouver à négocier avec un couteau sous la gorge.

Mais le clou dans le cercueil de la crédibilité de Brière, c’est le repêchage. Parce qu’on peut pardonner une transaction. On peut même pardonner un contrat discutable si le reste du plan est solide.

Ce qu’on pardonne moins, c’est de manquer du talent quand le talent te tombe dans les mains. Et à Philadelphie, le nom qui revient comme une cicatrice, c’est Zeev Buium. Le défenseur que Brière n’a pas pris parce qu’on le disait trop petit, pas assez “Flyers”, pas assez dans le moule.

Alors que Philadelphie détient le 12e choix au total en 2024, une position idéale pour mettre la main sur un défenseur moderne, mobile, dominant offensivement, exactement le type de joueur que l’organisation n’a jamais réussi à développer depuis des années. Buium est encore disponible.

Son profil est clair, documenté, unanime chez plusieurs recruteurs indépendants : un défenseur intelligent, élite avec la rondelle, excellent en transition, appelé à devenir un quart-arrière de premier plan dans la LNH moderne.

Mais Brière hésite. À l’interne, on juge Buium “trop petit”, “pas assez Flyers”, pas assez physique pour l’ADN traditionnel de l’organisation. Résultat : plutôt que de trancher et d’assumer ce choix, Brière décide de reculer d’un rang, échangeant le 12e choix contre le 13e, dans une manœuvre catastrophique.

Le Wild n’hésite pas une seconde : le DG Bill Guerin sautent sur Buium au 12e rang. Philadelphie, désormais au 13e, se rabat sur Jett Luchanko, un centre au plafond limité, projeté dès le départ comme un joueur de soutien défensif plutôt que comme un moteur offensif.

Ce simple échange d’un rang, motivé par la peur, par une lecture dépassée du hockey moderne et par une obsession pour le gabarit, a coûté aux Flyers un défenseur potentiel de premier plan.

Surtout que Philadelphie voulait Quinn Hughes. Et le défenseur vedette est arrivé au Minnesota... par la transaction de Buium à Vancouver,

Aujourd’hui, la comparaison est brutale : Luchanko peine à se démarquer, au point d’avoir été benché en demi-finale du Championnat mondial junior.

C’est là que la comparaison avec Montréal devient cruelle, et c’est là que Brière commence à sentir la soupe chaude.

Parce que le Canadien et les Flyers ont ouvert leur chantier à peu près dans les mêmes années, dans le même contexte de reconstruction.

Et aujourd’hui : d’un côté, Montréal est à deux doigt d'être un prétendant à la Coupe Stanley.

De l’autre, Philadelphie a l’air d’un club perdu... sans aucune identité.

Et quand on se rappelle qu’à un moment donné, dans l’univers des “et si”, Brière a déjà été évoqué comme un candidat crédible comme DG du CH, on se dit franchement une chose : on a évité un méchant problème.

Parce que la question, maintenant, n’est plus “est-ce que les Flyers vont rater les séries”. La question, c’est “est-ce que Brière peut survivre à l’été”.

Dans une ville où la température monte plus vite qu’ailleurs, dans un marché où chaque décision est la fin du monde, les rumeurs de congédiement explosent.

Philadelphie peut pardonner beaucoup de choses, mais elle ne pardonne pas d’avoir l’impression qu’on tourne en rond.

À ce stade-ci, Daniel Brière n’a plus le luxe d’expliquer. Il doit prouver. Parce qu’à Philadelphie, quand la foule se met à sentir le sang, la marge d’erreur disparaît.

Il est mieux de réaliser un gros coup d'ici cet été. Sinon, ça sent le congédiement à plein nez...