Ce qui choque dans cette histoire, ce n’est pas seulement le geste. C’est tout ce qui est arrivé après.
Mardi soir, les Saguenéens de Chicoutimi ont peut-être perdu un match de hockey face aux Rangers de Kitchener à la Coupe Memorial, mais très vite, le pointage de 3-2 est devenu secondaire.
Dans les gradins, sur les réseaux sociaux, dans les émissions de radio sportives et partout où l’on parle de hockey junior, une seule séquence tournait en boucle. Une scène brutale, dangereuse, troublante. Une scène qui a laissé les amateurs sans mots et qui risque de poursuivre Jordan Tourigny longtemps après la fin du tournoi.
Le geste fait peur.
En troisième période, dans une bataille le long de la bande, alors que plusieurs joueurs se disputaient la rondelle, le défenseur des Saguenéens a asséné deux coups de lame de patin à Christian Humphreys des Rangers de Kitchener.
Les images sont difficiles à regarder tant elles donnent froid dans le dos.
Rangers Christian Humphreys left the game to the locker room in the third period after Jordan Tourigny was assessed a 5 minute major for kicking.
— Raegan Subban (@raesubban) May 27, 2026
He’s still being evaluated. #MemorialCup pic.twitter.com/HEWA023wif
Au hockey, un bâton élevé peut blesser. Une mise en échec peut dégénérer. Mais lorsqu’une lame de patin entre dans l’équation, tout le monde comprend instantanément le danger.
Personne n’a besoin qu’on lui explique pourquoi cette séquence a provoqué une onde de choc.
Tourigny a immédiatement écopé d’une pénalité majeure et a été expulsé de la rencontre sous les huées de la foule. De l’autre côté, Humphreys a quitté le match.
À ce moment, la qualification des Rangers pour la finale de la Coupe Memorial devenait presque anecdotique. Oui, Kitchener venait officiellement de s’assurer une place au match ultime du tournoi, mais dans les corridors de l’aréna, après la sirène, personne ne parlait vraiment de hockey.
Même l’entraîneur-chef des Rangers, habituellement reconnu pour son calme, n’arrivait plus à cacher sa colère.
Jussi Ahokas était visiblement furieux.
“C’est un geste lâche, frapper avec son patin, ce n’est pas du jeu dur. C’est du hockey de lâche et ça ne cadre pas dans nos valeurs. C’est le coup le plus salaud que tu peux faire au hockey. Tu ne devrais jamais poser des gestes comme ça dans notre sport. J’aime le jeu dur, j’aime le jeu physique, mais ça n’a rien à voir avec ça.”
Des mots durs. Surtout, des déclarations qui traduisent à quel point le camp des Rangers a été secoué par la scène.
Au-delà de l’intention réelle derrière le geste, l’image reste terriblement inquiétante. Un coup de patin, volontaire ou non, c’est le genre de geste qui rappelle immédiatement pourquoi le hockey possède certaines lignes rouges qui ne devraient jamais être franchies.
Même Ahokas a admis que son équipe avait été affectée mentalement après la scène.
“Après le coup, on a été un peu ébranlés. Toutefois, on a accompli le travail en allant chercher la victoire.”
Du côté des Saguenéens, le malaise était évident.
Yanick Jean n’a pas cherché à défendre aveuglément son joueur. Au contraire, sa réaction laissait surtout sentir un entraîneur prudent, qui savait très bien que la séquence allait être analysée sous tous les angles.
“Je pensais qu’il pilait sur le bâton de hockey, mais je vais laisser le soin au département de la Ligue nationale, ce n’est pas moi qui prends les décisions par rapport à ça.”
Au moment d’écrire ces lignes, c’est bel et bien le département de la sécurité des joueurs de la LNH, mandaté par la Ligue canadienne de hockey pour la Coupe Memorial, qui doit trancher sur une éventuelle sanction.
Il est clair que le tournoi de Jordan Tourigny est terminé.
À 21 ans, en fin de parcours junior, il y a même une possibilité très réelle que sa carrière dans les rangs juniors se soit terminée mardi soir, sur cette expulsion et dans cette tempête médiatique.
Mais c’est ici que l’histoire prend un virage encore plus troublant.
Après le geste, ce n’est plus seulement le hockey qui parlait. C’est la haine.
En quelques heures, les réseaux sociaux ont explosé. Les insultes ont laissé place à des commentaires violents. Puis à des menaces. Des menaces de mort. Au point où la LHJMQ a dû intervenir publiquement pour tenter de calmer la situation.
Le message de la ligue était sans équivoque :
“Jordan Tourigny a commis un geste regrettable au cours de la troisième période, et il le regrette profondément. Cependant, la haine, les menaces et les messages violents qui lui sont adressés sur les réseaux sociaux n’ont absolument pas leur place dans notre sport ni au sein de notre société. Les joueurs de la LHJMQ sont âgés de 16 à 20 ans. Ils méritent respect et soutien, même dans les moments difficiles. Le hockey est un sport. Veuillez traiter ses joueurs avec dignité.”
Et voilà toute la complexité de cette histoire.
Oui, le geste est choquant. Oui, il mérite une sanction sévère si le département de sécurité juge qu’il y a eu intention dangereuse. Oui, les images soulèvent énormément de questions et alimentent une colère légitime chez les amateurs de hockey.
Mais depuis quand une erreur, même grave, donne-t-elle le droit à des inconnus de terroriser un jeune homme et sa famille?
Il faut appeler les choses par leur nom : envoyer des menaces de mort à un joueur junior, franchir la ligne envers ses proches, transformer les réseaux sociaux en tribunal de haine, ça aussi, c’est inacceptable.
Le hockey junior parle souvent de développement, d’encadrement, de rédemption et d’apprentissage. Or, ce moment devient un test immense pour tout le monde : pour la ligue, qui devra envoyer un message clair sur un geste extrêmement dangereux; pour les équipes, qui devront gérer les conséquences humaines; et pour les amateurs, qui devront se demander à quel moment la passion s’est transformée en rage incontrôlable.
Mardi soir à Kelowna, le hockey a perdu le contrôle pendant quelques secondes. Et depuis, tout le monde essaie encore de comprendre ce qu’il vient exactement de voir.
Un geste qui lève le coeur...mais les menaces n'ont jamais leur place dans une vie.
