Danger dans les rues: les joueurs du CH bloqués à l'hôtel

Danger dans les rues: les joueurs du CH bloqués à l'hôtel

Par David Garel le 2026-02-02

Les joueurs du Canadien de Montréal ne peuvent pas sortir de l'hôtel au Minnesota.

Ils sont bloqué à l'intérieur jusqu'au match de ce soir.

Il y a des moments où le hockey cesse brusquement d’être une bulle. Où l’illusion de normalité s’effondre, où la routine d’un voyage, d’un match, d’un calendrier bien huilé se fracasse contre une réalité beaucoup plus lourde. C’est exactement ce que vivent présentement les membres du Canadiens de Montréal au Minnesota.

Depuis les dernières heures, l’organisation a resserré ses consignes de sécurité de façon inhabituelle. Et on ne parle pas d'excès de prudence. On parle de nécessité.

Le climat social à Minneapolis est tendu, instable, imprévisible. Les opérations liées à l’ICE, les manifestations, les affrontements, les décès rapportés lors d’interventions policières ont transformé le secteur en zone anxiogène. Un endroit où l’on ne flâne pas. Où l’on ne sort pas pour prendre un café. Où l’on ne marche pas tranquillement vers l’aréna.

Les joueurs du CH sont littéralement confinés à leur hôtel.

Selon les informations rapportées par Luc Gélinas, l’organisation a mis en place une série de directives claires, strictes, non négociables. Le message est simple : on minimise les risques. On ne prend absolument aucune chance.

D’abord, détail révélateur de la nervosité ambiante, le Canadien n’a pas quitté Buffalo immédiatement après son match de samedi soir. Le club a volontairement retardé son départ pour réduire au maximum le temps passé au Minnesota. Une nuit de moins sur place. Une exposition de moins. Un calcul froid, mais logique.

Ensuite, contrairement au plan initial, l’équipe demeurera au Minnesota après le match de ce soir contre le Wild du Minnesota plutôt que de prendre immédiatement la direction de Winnipeg.

Pourquoi? Parce que dans un contexte de débordements potentiels en soirée, l’organisation ne veut surtout pas forcer une sortie précipitée de l’aréna dans un climat instable. Le CH préfère attendre, observer, contrôler.

Les consignes données aux joueurs sont sans équivoque. Il est fortement recommandé, pour ne pas dire exigé, de ne pas sortir de l’hôtel.

Si les gars ont faim, ils mangent à l’hôtel. Pas de restaurant. Pas de sortie improvisée. Pas de marche en ville. Même chose pour les déplacements : aucun trajet à pied. L’autobus de l’équipe est la seule option permise pour se rendre à l’aréna et en revenir.

Et détail qui en dit long sur la gravité de la situation : les joueurs doivent garder leur passeport sur eux en tout temps lors des déplacements. Ce n’est pas une consigne banale. C’est un signal d’alerte.

On parle ici d’une équipe professionnelle de la LNH, habituée aux grandes villes, aux contextes hostiles, aux voyages serrés. Et malgré tout, le niveau de vigilance est monté d’un cran. Parce que ce qui se passe à Minneapolis dépasse largement le cadre du sport.

Évidemment, personne ne banalise la situation. Personne ne rit de ce qui se déroule au Minnesota. Les décès, les tensions, les interventions policières contestées, le climat de peur et de colère qui plane sur la ville sont des réalités humaines graves, lourdes, tragiques.

Les pensées vont d’abord aux familles endeuillées et aux citoyens pris au cœur de cette tempête. Le Canadien, ses joueurs, les journalistes qui couvrent l’équipe, eux, ne font que passer. Vivre là-bas présentement, c’est une autre réalité. Une réalité autrement plus dure.

Mais c’est précisément pour ça que la sortie médiatique entendue aujourd’hui sur les ondes de 98,5 FM pose un sérieux problème.

La semaine dernière, Nathalie Normandeau et Luc Ferrandez ont sérieusement évoqué l’idée que le Canadien de Montréal et Geoff Molson devraient boycotter le match de ce soir à Minneapolis comme geste symbolique pour dénoncer Donald Trump et les opérations de l’ICE.

C’est là que la ligne est franchie.

Le Canadien de Montréal n’est pas une entité politique. Ce n’est pas une ONG. Ce n’est pas un outil de pression diplomatique.

C’est une organisation sportive qui évolue dans une ligue nord-américaine structurée autour d’un calendrier, de contrats télé, de droits commerciaux et d’obligations professionnelles extrêmement strictes.

Lui demander de boycotter un match à l’étranger pour envoyer un message politique, c’est instrumentaliser le hockey au service d’un agenda idéologique.

La NBA fonctionne différemment. L’activisme y est intégré depuis longtemps. L’Association des joueurs a déjà pris position publiquement à de multiples reprises.

C’est leur culture. C’est leur choix. Mais les match des Timberwolves du Minnesota n'ont pas été annulés. Aucune controverse. Aucune pression sur une équipe étrangère à la situation.

Alors pourquoi, exactement, le Canadien devrait-il faire ce que même les équipes américaines ne font pas?

Parce que cette proposition ne relève pas d’une analyse rationnelle. Elle relève d’un réflexe militant. D’une obsession politique qui, à force de tout politiser, finit par perdre le sens des limites.

Le malaise devient encore plus profond quand on se rappelle que le 98,5 FM est le diffuseur officiel et exclusif des matchs radio du Canadien.

Quand une station qui bénéficie de ce partenariat utilise son micro pour suggérer que le CH devrait annuler un match afin de faire pression sur les États-Unis, elle entraîne l’organisation dans une tempête qui n’est pas la sienne.

Le Canadien est déjà pris dans un contexte sécuritaire anxiogène. Les joueurs sont confinés à leur hôtel. Les déplacements sont surveillés. La tension est palpable. Et pendant ce temps, on voudrait en plus transformer le club en symbole politique international.

C’est irresponsable.

L’empathie n’exige pas l’absurde. On peut reconnaître la gravité de ce qui se passe au Minnesota. On peut débattre de la violence, des dérives policières, des politiques d’immigration. Mais forcer le Canadien de Montréal à devenir un instrument politique, non.

Le hockey peut rassembler. Il peut offrir un moment de respiration dans un monde tendu. Mais il ne doit pas être pris en otage par des débats idéologiques qui le dépassent.

Ce soir, les joueurs du CH ne penseront pas à Trump. Ils ne penseront pas à l’ICE. Ils penseront à rester en sécurité. À suivre les consignes. À jouer leur match. Puis à quitter la ville sans incident.

Et c’est exactement comme ça que ça doit être.