Le problème avec Nazem Kadri, ce n’est pas le joueur.
C’est tout ce qui vient autour.
Quand David Pagnotta affirme que Colorado a de l’intérêt, que Dallas est dans le portrait, et que Minnesota pourrait aussi s’en mêler, ce n’est plus une simple rumeur montréalaise. Ce n’est plus une fantaisie locale.
C’est un marché.
Et quand un marché s’emballe à dix jours de la date limite, les prix ne descendent jamais.
Ils explosent.
Kent Hughes le sait. Montréal n’est pas seul dans la course. Le Canadien n’est pas en position de négocier calmement autour d’une table avec Calgary. Le Canadien est dans une enchère potentielle avec des équipes qui ont, elles, une urgence immédiate.
Dallas doit remplacer Tyler Seguin.
Colorado connaît Kadri. Colorado sait ce qu’il représente en séries.
Minnesota cherche un centre capable de stabiliser son top-6.
Ce n’est plus une discussion théorique.
C’est une guerre de besoins.
Et c’est là que le piège commence.
Le piège du timing
Kadri n’est pas un joueur de location.
Il lui reste du contrat.
Il coûte cher.
Il apporte du caractère.
Il apporte du vécu.
Mais Montréal n’est pas supposé être en mode panique.
Le Canadien est censé être en mode progression contrôlée.
Or, quand tu vois Colorado revenir dans le dossier… quand tu vois Dallas, équipe déjà solide, lever la main… tu sens la pression monter. Parce que si Kadri part ailleurs et qu’il performe en séries, la question va revenir à Montréal comme un boomerang :
Pourquoi vous n’avez pas bougé?
Et ça, c’est dangereux.
Le vrai coût
On ne parle pas d’un simple choix de deuxième ronde.
On parle potentiellement : d’un choix de première ronde
D’un jeune défenseur (Struble? Engström?) et peut-être d’un élément comme Bolduc
voire plus si la surenchère s’installe
Tout ça pour un joueur de 35 ans en fin de cycle compétitif?
C’est là que Kent Hughes doit respirer.
Parce que l’histoire des équipes qui se font piéger à la date limite est longue.
On confond excitation et lucidité.
Le facteur Colorado
Nazem Kadri n’est pas un pari théorique pour le Colorado. C’est un souvenir vivant.
Une Coupe Stanley gagnée en 2022, des buts clutch, des séries jouées sur une main presque brisée, un vestiaire qu’il connaît par cœur.
Il a déjà traversé la guerre avec ces gars-là. Il sait comment Nathan MacKinnon respire quand la pression monte, il sait comment Cale Makar élève son niveau quand l’espace se resserre.
Ce n’est pas un joueur à intégrer, c’est une pièce à réinsérer. Et ça change tout dans une course à la date limite.
C’est peut-être ça, le détail qui rend le dossier toxique.
Si Colorado veut le ravoir, c’est qu’ils savent exactement ce qu’il apporte quand ça compte. Kadri en séries, ce n’est pas le même joueur qu’en saison régulière.
Mais si Colorado est prêt à payer, ça veut dire que le prix est réel.
Et Montréal n’est pas dans la même position qu’eux.
Colorado veut gagner maintenant.
Dallas veut survivre sans Seguin.
Minnesota veut frapper un coup.
Montréal?
Montréal veut avancer sans brûler son futur.
Nuance gigantesque.
Le piège psychologique
Le danger n’est pas sportif.
Il est émotionnel.
À Montréal, on parle de Kadri depuis des mois.
Son nom est associé au CH constamment.
On a presque normalisé l’idée qu’il finira ici.
Mais quand une rumeur devient trop installée, elle crée une attente.
Et une attente crée une pression.
Le piège pour Kent Hughes, c’est de ne pas vouloir “perdre” la transaction.
Le piège, c’est de se dire :
Si je ne le fais pas, un rival de l’Ouest va le faire.
Mais ce n’est pas comme ça qu’on construit durablement.
Est-ce que ça en vaut la peine?
Kadri peut aider.
Il peut stabiliser un deuxième trio.
Il peut protéger Suzuki.
Il peut enlever du poids à Dach.
Il peut transformer une série serrée.
Mais à quel prix?
Si le coût inclut trop de capital futur, tu viens de dévier ton plan pour une fenêtre qui n’est peut-être même pas ouverte complètement.
Et c’est là que le dossier devient cruel.
Parce que oui, Kadri améliore Montréal.
Mais non, il ne garantit rien.
Le silence de Kent Hughes
Pour l’instant, aucune panique.
Hughes n’est pas un DG impulsif.
Il a déjà montré qu’il est capable de se retirer d’un dossier si le prix n’a plus de sens.
Mais plus les noms s’ajoutent autour de Kadri, plus le risque augmente.
Colorado.
Dallas.
Minnesota.
Ce n’est plus une rumeur locale.
C’est une course.
Et dans une course, quelqu’un finit toujours par surpayer.
La question maintenant n’est pas de savoir si Montréal aime Kadri.
La question est beaucoup plus simple.
Est-ce que Kent Hughes acceptera d’être piégé par l’urgence des autres?
Ou est-ce qu’il laissera un rival payer trop cher pendant qu’il garde ses munitions pour un mouvement plus stratégique?
La date limite approche.
Et ce dossier pourrait définir la suite du projet.
À suivre.
