Geoff Molson peut souffler.
Parce que quelque chose d'énorme a été réglé chez les Canadiens de Montréal.
Geoff Molson peut respirer un peu mieux, et cette fois, ce n’est pas une question de performance sur la glace ou de décisions hockey. C’est directement lié à un partenaire majeur de son organisation : Air Canada.
Parce qu’il ne faut pas se tromper sur l’importance du lien. Air Canada n’est pas un commanditaire secondaire dans l’écosystème des Canadiens de Montréal, c’est un partenaire principal, un pilier commercial et d’image.
Quand une crise frappe une entreprise de cette envergure, surtout une crise aussi chargée symboliquement au Québec, l’onde de choc dépasse largement le cadre corporatif. Elle vient inévitablement éclabousser tous ceux qui y sont associés de près ou de loin.
La controverse entourant Michael Rousseau avait tout pour devenir un problème indirect pour le Canadien. Une entreprise basée à Montréal, assujettie à la Loi sur les langues officielles, qui se retrouve au cœur d’un tollé politique unanime à l’Assemblée nationale pour des enjeux liés au français, ça crée un climat toxique. Ce n’est pas le genre de contexte que souhaite un propriétaire comme Geoff Molson pour un partenaire aussi visible.
Le proprio du CH a sorti le champagne ce matin.
Michael Rousseau quitte la tête d’Air Canada pour une « retraite » prévue d’ici la fin septembre. Officiellement, le conseil d’administration parle d’un processus amorcé en janvier pour planifier la relève. Mais dans les faits, le contexte est impossible à ignorer. Le départ survient après une controverse linguistique majeure qui a dégénéré en crise politique.
🚨 DERNIÈRE HEURE : Michael Rousseau prendra sa retraite d’ici la fin du troisième trimestre de 2026, donc au plus tard à la fin septembre, annonce Air Canada dans un communiqué. pic.twitter.com/s5Gkop9mp9
— Hadi Hassin (@hassinhadi) March 30, 2026
Tout a basculé avec la diffusion d’un message de condoléances presque entièrement en anglais à la suite d’une collision à l’aéroport LaGuardia de New York, qui a coûté la vie à deux pilotes, dont le Québécois Antoine Forest.
🇺🇸✈️ EN IMAGES | La vidéo de la collision entre le vol d’Air Canada et un camion sur le tarmac de l’aéroport de LaGuardia à New York. pic.twitter.com/t7g2mvzhgW https://t.co/YSwHFMKlA5
— Cerfia (@CerfiaFR) March 23, 2026
Dans une entreprise basée à Montréal et assujettie à la Loi sur les langues officielles, le geste a été perçu comme un symbole fort de déconnexion... et de manque d'empathie...
PM Mark Carney on Air Canada CEO Michael Rousseau delivering a video address only in English:
— Harrison Faulkner (@Harry__Faulkner) March 25, 2026
"I'm very disappointed, as others are, rightly so, in this unilingual message of the CEO...lack of judgement and a lack of compassion." pic.twitter.com/Jv92JnioZL
Ce n’était pas un premier faux pas. En novembre 2021, Michael Rousseau avait déjà provoqué une onde de choc en livrant un discours essentiellement en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
À ce moment-là, sous pression, on avait promis qu’il entamait un « apprentissage intensif du français ». Une promesse qui, aux yeux de plusieurs, n’a jamais vraiment été suivie d’effets visibles.
La semaine dernière, la pression a atteint un niveau rarement vu. L’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité une motion réclamant sa démission. 92 députés ont voté en faveur, aucun contre, avec une seule abstention, celle de Youri Chassin. François Legault a été direct : ne pas parler français dans ce contexte constitue un manque de respect envers les employés et les clients francophones.
Même les voix plus cyniques face à ce type de démarche ont fini par s’aligner. Paul St-Pierre Plamondon estimait que l’indignation politique ne changerait rien, et Joël Arseneau parlait d’un « mauvais théâtre » qui se répétait. Malgré tout, le Parti québécois a finalement appuyé la motion.
Dans les coulisses, le conseil d’administration n’a jamais lié explicitement le départ de Rousseau à cette controverse.
Le président du conseil, Vagn Sorensen, a plutôt insisté sur les « nombreuses contributions » du dirigeant depuis son arrivée en 2007. Mais un détail trahit le malaise : la capacité de communiquer en français fera désormais partie des critères déterminants pour choisir le prochain PDG.
Un spécialiste en gouvernance, Richard Leblanc, a résumé la situation sans détour : deux crises linguistiques de cette ampleur peuvent devenir insurmontables pour n’importe quel dirigeant, et c’est précisément dans ce genre de moment que le conseil doit intervenir. Selon lui, ce départ ressemble à une porte de sortie accordée après un faux pas majeur.
Malgré un conflit de travail important avec les agents de bord en août dernier, qui avait perturbé les opérations, Michael Rousseau a vu sa rémunération atteindre 13 millions de dollars, en hausse de 5,6 %, avec une prime annuelle qui a bondi d’environ 50 % pour atteindre 2,8 millions. Sur le plan financier, tout allait bien. Sur le plan symbolique, c’était une catastrophe.
Pour Geoff Molson, ce départ agit comme une sortie de secours. Parce que tant que Rousseau restait en poste, la controverse restait vivante, alimentée par chaque déclaration, chaque rappel du passé, chaque critique sur la place du français. Et plus cette crise durait, plus le risque d’association négative avec Air Canada grandissait pour les Canadiens de Montréal.
D’autant plus que le conseil d’administration d’Air Canada envoie déjà un signal clair pour la suite : la capacité de communiquer en français fera partie des critères déterminants pour le prochain PDG.
Lentreprise tente de corriger le tir rapidement, de se repositionner dans un contexte où la sensibilité linguistique est incontournable.
Geoff Molson n’a rien dit publiquement dans ce dossier, et il a été critiqué pour avoir gardé le silence. En coulisses, le soulagement est réel. Le départ de Rousseau enlève un poids énorme des épaules du proprio.
Oui, le champagne devait goûter bon ce matin...
