La question n’est plus de savoir si Zachary Bolduc fait partie des discussions internes du Canadien de Montréal. La vraie question, désormais, c’est à quel point il en est devenu un élément central… sans jamais que ce soit l’objectif de départ.
Parce qu’il faut remettre les choses à leur place : personne, ni dans les médias ni chez les partisans, ne souhaite voir Bolduc échangé par plaisir ou par impatience.
Le débat n’est pas émotionnel. Il est structurel. Il découle d’une conclusion froide, presque clinique : si le Canadien veut réellement améliorer son top-6, il devra payer avec un actif réel, jeune, contrôlable… et imparfait. Et dans cette catégorie-là, le nom de Bolduc revient inévitablement.
Le raisonnement est simple, et Jean-Charles Lajoie l’a exprimé sans détour, même s’il l’a fait avec ses mots à lui. Le CH ne touchera jamais à Suzuki, Caufield, Demidov, Slafkovský ou Kapanen. Gallagher et Anderson sont essentiellement immobiles sur le marché.
Kirby Dach a reçu plus de patience, plus de temps, plus de protection que n’importe quel autre jeune attaquant depuis deux ans. Alex Newhook aussi. Bolduc, lui, n’a jamais bénéficié de ce coussin.
On lui a donné une vitrine… puis on l’a retirée brutalement. Un passage éclair sur le premier trio. Un tour sur la première vague d’avantage numérique.
Puis, presque sans transition, une descente rapide vers un rôle flou, sur un trio sans identité claire, avec Phillip Danault et Josh Anderson, parfois Brendan Gallagher, sans continuité, sans stabilité, sans minutes significatives en prolongation. Le message envoyé est limpide, même si personne ne le dira publiquement : il doit se débrouiller seul.
C’est là que le fameux « tough love » de Martin St-Louis devient central dans l’analyse. Ce n’est pas du développement à la carte. Ce n’est pas la même patience que celle accordée à Dach ou Newhook.
C’est une approche plus dure, plus abrupte, presque détachée. Et quand on regarde les décisions concrètes, le temps de jeu, les situations importantes, l’absence totale en 3-contre-3, il devient difficile de prétendre que le Canadien voit Bolduc comme une pièce maîtresse de son avenir.
C’est précisément pour cette raison que son nom circule. Pas parce qu’il est mauvais. Pas parce qu’il est un échec. Mais parce qu’il est sacrifiable sans toucher au noyau sacré. Et dans une ligue où les transactions pour de vrais attaquants top-6 exigent toujours un prix douloureux, Bolduc coche plusieurs cases.
Jean-Charles Lajoie a évoqué New York et Alexis Lafrenière. Sur le plan théorique, l’idée se défend. Sur le plan politique et historique, elle est presque impossible.
Jeff Gorton et Chris Drury ne se parlent pas. Ils ne se feront pas de cadeau. Depuis que Gorton a été congédié à New York et remplacé par Drury dans des circonstances pour le moins troubles, aucune transaction n’a eu lieu entre les deux organisations.
Et Renaud Lavoie l’a rappelé clairement : tant que ces deux hommes sont en poste, Montréal et les Rangers sont pratiquement deux planètes distinctes.
Mais ce détail ne tue pas le débat. Il le redirige.
Si Bolduc devait partir, ce ne serait pas vers une équipe établie qui cherche un coup marketing. Ce serait vers une organisation en reconstruction, ou en transition, prête à miser sur un jeune attaquant encore "coachable".
Calgary entre immédiatement dans cette catégorie. Les Flames auraient tout à gagner à accueillir un joueur comme Bolduc, surtout sous l’aile d’un Jonathan Huberdeau ou dans un contexte où l’erreur est permise.
Dans une transaction impliquant un joueur comme Blake Coleman ou même Nazem Kadri, son profil prend soudainement beaucoup de sens.
Vancouver aussi pourrait s’y intéresser, dans une optique différente. Un joueur comme Kiefer Sherwood, plus âgé, plus robuste, plus prêt pour les séries, correspond davantage aux besoins immédiats du CH.
Dans ce genre d’échange, Bolduc devient une monnaie d’échange logique, même si le risque est réel : tu échanges du potentiel contre de la certitude physique.
Il y a aussi le scénario qui dérange le plus émotionnellement : un retour à Saint-Louis. Là-bas, Bolduc était apprécié. Utilisé. Encadré. En feu.
Si le Canadien décidait de frapper fort, dans un échange plus complexe impliquant un défenseur comme David Reinbacher et un choix de 1re ronde, l’idée d’un package pour un joueur du calibre de Robert Thomas commence à circuler dans certains cercles. Ce sont des scénarios lourds, coûteux, mais révélateurs de l’endroit où se situe Bolduc dans la hiérarchie interne.
Et c’est là que tout converge vers une date : le 6 mars. La date limite des transactions. Pour Zachary Bolduc, ce ne sera pas une journée comme les autres.
Parce qu’il sait. Il sait que son nom circule. Il sait que son rôle est fragile. Il sait que, contrairement à d’autres, il n’est pas intouchable.
Le plus fou dans tout ça, c’est que personne ne souhaite réellement son départ. Beaucoup voient encore en lui un attaquant intelligent, sensible, capable de flair offensif, un joueur que Patrick Roy avait transformé en projet personnel à Québec.
Mais à Montréal, entre la philosophie du coach, la congestion à venir à l’attaque et l’urgence d’améliorer le top-6, le contexte est en train de le broyer.
Zachary Bolduc n’est peut-être pas destiné à être échangé. Mais tout indique qu’il est devenu, malgré lui, l’un des leviers les plus plausibles du Canadien de Montréal. Et dans la LNH, quand ton nom devient un levier, tes valises doivent être prêtes.
Ce n’est peut-être pas un souhait.
Mais c’est clairement une possibilité de plus en plus réelle.
