Emballement à TVA Sports : Kaiden Guhle vendu comme une utopie nationale

Emballement à TVA Sports : Kaiden Guhle vendu comme une utopie nationale

Par André Soueidan le 2026-02-17

La machine s’est emballée vite.

Très vite.

Sur le plateau de TVA Sports, Renaud Lavoie a lancé l’idée que Kaiden Guhle pourrait faire partie d’Équipe Canada en 2030.

Pas une hypothèse timide. Pas une projection prudente. Une possibilité avancée avec sérieux.

On comprend pour Noah Dobson. Aucun débat là-dessus.

Mais Guhle?

Minute.

Avant de lui coller une étiquette olympique, regardons froidement le parcours.

Pas l’émotion. Pas le potentiel. Les faits.

Première saison avec le Canadien : 44 matchs.

On se dit à l’époque : « OK, top-4 en devenir. »

Résultat : -19.

Deuxième saison : 70 matchs.

On pense que ça va enfin décoller.

22 points. -8.

Solide? Par moments. Dominant? Non.

Troisième année : 55 matchs et 18 pts,

Encore une saison amputée.

Et cette saison? 17 matchs sur 57.

C’est ça, la réalité.

Le problème n’est pas le talent. Le problème, ce sont les blessures.

Toujours les blessures.

Un joueur, qu’il soit athlète professionnel ou travailleur ordinaire, progresse par répétition. Par routine. Par rythme.

Un défenseur, encore plus.

Lecture. Positionnement. Anticipation. Chimie avec son partenaire.

Confiance dans le corps. Confiance dans les appuis. Confiance dans l’explosion latérale.

Chaque blessure vient fracasser cette construction.

Tu t’arrêtes.

Tu recommences.

Tu reprends du timing.

Tu retrouves tes angles.

Tu regagnes la vitesse mentale.

Puis ça recommence.

Comment bâtir un momentum dans ces conditions?

Comment devenir un pilier quand ton corps ne te laisse jamais accumuler deux saisons pleines consécutives?

À 24 ans, Guhle devrait entrer dans la phase où l’identité s’impose.

Le défenseur qu’on reconnaît sans hésiter.

Est-il un général défensif?

Un bloqueur élite?

Un intimidateur?

Un relanceur moderne?

Un quart-arrière caché?

Pour l’instant, la réponse est floue.

On l’a vendu comme un « bœuf de l’Ouest ».

Un défenseur robuste, fiable, dur dans les coins.

Mais la LNH moderne ne vit plus seulement de robustesse. Elle vit de constance.

Et la constance exige la santé.

Regardons froidement la situation.

Le Canadien a joué 57 matchs cette saison.

Guhle en a disputé 17.

Parler déjà d’Équipe Canada 2030, c’est ignorer une étape fondamentale : devenir un pilier à Montréal.

Un pilier, ça joue 78 matchs.

Ça affronte les meilleurs trios.

Ça prend 22 minutes par soir.

Ça traverse les tempêtes sans disparaître deux mois.

Pour l’instant, Kaiden Guhle n’a pas encore prouvé qu’il peut soutenir ce rythme sur une saison complète.

Et ce n’est pas une attaque. C’est une observation.

Les blessures laissent des traces invisibles.

Elles brisent la continuité.

Elles ralentissent le développement.

Elles installent un doute subconscient.

Même quand tu reviens, ton corps réfléchit une fraction de seconde de plus.

Une fraction qui change un duel.

Une fraction qui transforme un pivot.

Une fraction qui altère une lecture.

Un défenseur en progression a besoin d’un fil continu.

Guhle, lui, vit par fragments.

Puis il y a la pression.

Quand les médias commencent à parler de sélection olympique, le poids change.

On ne parle plus d’apprentissage.

On parle d’attentes nationales.

Et c’est là que le danger se cache.

Avant de rêver aux Alpes françaises, il faut consolider le présent.

Noah Dobson? Logique. Il a accumulé les saisons complètes. Il a stabilisé son jeu. Il produit. Il assume.

Kaiden Guhle? Encore en quête.

En quête d’identité.

En quête de constance.

En quête de santé durable.

Et ce n’est pas un échec.

C’est un parcours inachevé.

Le pire service qu’on peut rendre à un joueur comme lui, c’est de le projeter trop loin sans reconnaître ce qui bloque sa progression aujourd’hui.

Parce que la réalité est simple ... un défenseur qui manque 40 matchs par année ne peut pas encore être qualifié de fondation.

Le talent est là.

Le caractère est là.

La volonté est là.

Mais le momentum, lui, n’a jamais été continu.

Et dans la LNH moderne, sans continuité, il n’y a pas d’ascension stable.

Parler d’utopie nationale ne veut pas dire que Guhle ne pourra jamais y arriver.

Ça veut dire que le chemin est encore long.

Très long.

Quatre saisons complètes.

Quatre saisons en santé.

Quatre saisons où il impose sa marque défensive sans interruption.

Alors là, oui, on pourra discuter sérieusement.

Mais pour l’instant, le rêve olympique ressemble davantage à une projection qu’à une trajectoire.

Et au lieu de lui mettre un casque doré sur la tête, peut-être faudrait-il simplement lui souhaiter ce qu’il n’a jamais encore eu : une année entière pour enfin devenir ce qu’on attend de lui.

Misère...