Émotion dans la voix: Martin St-Louis est tanné des critiques sur Zachary Bolduc

Émotion dans la voix: Martin St-Louis est tanné des critiques sur Zachary Bolduc

Par David Garel le 2026-01-22

Ce soir, Martin St-Louis ne parle pas pour expliquer une défaite. Il parle pour protéger un joueur.

Et après la défaite contre les Sabres, Martin St-Louis n’a pas simplement répondu à une question sur Zachary Bolduc : il a livré un véritable cri du cœur, lucide, assumé, presque soulagé, comme quelqu’un qui en avait assez d’entendre le même procès se répéter en boucle.

La question était pourtant banale, presque attendue. Le journaliste évoque les points positifs du match et glisse le nom de Bolduc, soulignant son implication, ses chances de marquer, son échec avant. Et là, St-Louis ne laisse pas passer l’occasion. Il ne répond pas mécaniquement. Il s’arrête. Il appuie là où ça fait mal.

« On est dans une société de résultats. Puis c’est dur à mesurer. »

Tout est là. Cette phrase-là, c’est la clé de lecture de tout le dossier Bolduc. Martin St-Louis ne nie pas la réalité statistique. Il ne fait pas semblant que la feuille de pointage n’existe pas.

Mais il refuse catégoriquement que ce soit la seule grille d’analyse. Et surtout, il refuse que cette grille serve à condamner un jeune joueur qui, selon lui, est en pleine progression réelle, même si elle n’est pas encore traduite en chiffres.

« Son résultat sans production, c’est juste ça que… regarde, c’est une mesure de même. »

Le ton n’est pas défensif. Il est pédagogique. Presque fatigué. Comme si St-Louis répétait depuis des semaines la même chose sans être entendu. Puis il enchaîne, et là, on sent que ça vient du vestiaire, pas d’un manuel de coaching.

« Mais moi, si tu regardes Zachary… ça fait une bonne séquence. Moi, je trouve que… comment je mesure le résultat… ses détails sont beaucoup plus élevés. Il est plus embarqué dans comment on joue. »

Voilà exactement ce que plusieurs refusent de voir. Bolduc n’est plus le joueur perdu, hésitant, en retard sur les lectures. Il est impliqué. Il est engagé physiquement. Il est présent dans l’échec avant. Il joue dans la structure, et pour un entraîneur comme St-Louis, c’est fondamental.

Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas viral sur les réseaux sociaux. Mais c’est la base sur laquelle on bâtit un joueur fiable dans la LNH.

St-Louis va encore plus loin, et là, il vise directement le contexte montréalais, sans le nommer.

« Ça prend un petit peu de temps, pour un jeune joueur, de s’acclimater de même. »

Non, le développement n’est pas linéaire. Non, ce n’est pas parce qu’un joueur a été un choix de premier tour qu’il doit produire immédiatement dans n’importe quel rôle, à n’importe quel moment, peu importe le contexte. Et surtout, non, on ne peut pas juger ce cheminement uniquement à partir de la “score sheet”.

La phrase la plus révélatrice arrive ensuite, presque comme une conclusion personnelle.

« Moi, je suis content de sa progression. Je suis content qu’il… qu’il a été chercher quelque chose à soir pour nous autres. »

On pouvait sentir l'émotion dans la voix de Martin St-Louis.

Wow. On a la chair de poule de voir comment le coach défend son joueur contre le tribunal public.

ll faut aussi lire cette sortie-là pour ce qu’elle est réellement : un entraîneur qui est tanné. Tanné d’entendre les mêmes raccourcis, tanné de voir un jeune se faire étiqueter à coups de publications sur X, tanné de faire semblant qu’il ne voit pas ce qui circule alors que tout le monde sait très bien que Martin St-Louis lit, écoute, ressent le climat autour de son équipe.

Il n’est pas déconnecté. Il sait ce que Zachary Bolduc traverse, il sait que ce genre de tempête médiatique ne touche pas seulement un joueur, mais aussi un humain, une famille, un entourage.

Et quand St-Louis parle de “société de résultats” avec ce ton-là, ce n’est pas théorique : c’est le ras-le-bol d’un coach qui refuse que la critique devienne une forme de démolition gratuite.

Ce soir, il n’a pas seulement évalué un match ou une progression technique ; il a tracé une ligne. Il a rappelé, sans le dire frontalement, qu’à Montréal, la pression est réelle, violente parfois, et que son rôle, à lui, c’est aussi de servir de rempart quand il juge que ça va trop loin.

St-Louis ne dit pas qu’il est content de son point, de son but ou de sa fiche. Il dit qu’il est content de ce que Bolduc a été chercher.

De l’effort. De l’impact. De l’intention. Du jeu utile. Et quand il ajoute qu’il est heureux de le voir éventuellement “se faire récompenser avec du succès que tu peux mesurer”, on comprend que, pour lui, la production viendra si la base reste solide.

Ce discours-là arrive à un moment précis. Après des semaines de rumeurs, de débats sur Laval, le banc, le repos, la transaction. Ce n’est pas un hasard. Martin St-Louis entend le bruit. Il sait exactement ce qui se dit.

Et ce soir-là, il a choisi de répondre. Pas en attaquant les critiques. Pas en les nommant. Mais en rappelant une chose essentielle : le développement d’un joueur ne se fait pas à coups de verdicts publics.

Ce n’était pas une justification. C’était une prise de position. Claire. Nette. Et profondément humaine.

Pour une rare fois, Zachary Bolduc n’a pas été défendu par un coéquipier ou un journaliste québécois. Il l’a été par son entraîneur, devant tout le monde, avec calme, mais avec conviction.

Et dans un marché comme Montréal, ça vaut beaucoup plus que n'importe quelle statistique.