Émotions vives: Michael Hage et sa mère donnent une entrevue à coeur ouvert

Émotions vives: Michael Hage et sa mère donnent une entrevue à coeur ouvert

Par David Garel le 2026-01-02

ll y a des vidéos qui passent sur les réseaux sociaux et qui disparaissent aussitôt, avalées par le flot quotidien de l’actualité.

Et il y en a d’autres qui s’arrêtent net dans la gorge, qui suspendent le temps et qui forcent le silence. Le documentaire diffusé par TSN, consacré à Michael Hage, appartient à cette deuxième catégorie.

Un récit intense, humain, bouleversant, diffusé presque en catimini pendant l’entrée en scène du Canada au Championnat mondial junior, et qui a fait pleurer tout le monde — sans exception.

Parce que cette histoire dépasse largement le hockey.

Dès les premières secondes, la voix de Rania Hage s’impose avec une douceur qui fait mal. Elle raconte ces moments de solitude où elle s’arrête, où elle regarde les photos, où elle feuillette mentalement les chapitres de leur vie familiale.

« J’ai mes moments où je m’assois et où je regarde les photos d’Alan, celles des enfants, celles de nos vies. Ça me fait dire à quel point Alan me manque. Mais en même temps, ça me rend reconnaissante pour tout ce que nous avons vécu ensemble, pour le père extraordinaire qu’il a été pour ces garçons. Nous avons eu plus de moments heureux que bien des gens dans une vie. »

Ce n’est pas un discours préparé. Ce n’est pas une phrase polie. C’est une mère qui parle d’un homme disparu, d’un pilier arraché trop tôt, d’un père mort tragiquement à l’été 2023 lors d’un accident dans une piscine, pendant un simple barbecue familial. Le genre de drame qui coupe le souffle, parce qu’il arrive sans avertissement, sans logique, sans justice.

Le documentaire trace ensuite un parallèle constant entre Michael et son père, Alan. Même urgence. Même détermination. Même obsession de bien faire.

Les intervenants le disent sans détour : peu importe ce qu’Alan entreprenait, il le faisait à fond. Et Michael est exactement pareil.

Sur la glace, Hage joue comme si chaque présence comptait double. Il élimine les distractions avec une maturité déconcertante pour un jeune de son âge. Il attaque le filet. Il veut gagner.

Il veut porter l’équipe sur ses épaules dans les moments importants. Les images s’enchaînent : des buts décisifs, des prolongations réglées par un simple « OK, je m’en occupe », des jeux où il traverse deux défenseurs comme si rien ne pouvait l’arrêter.

Ce n’est pas un hasard. C’est un héritage.

Le Canadien comme destin familial

L’un des passages les plus forts du documentaire touche à l’enfance de Michael et de son frère Alexander. Le lien avec le Canadien de Montréal n’est pas marketing, ni romantisé après coup : il est viscéral, presque imposé.

Les parents d’Alan ont grandi à Montréal. La passion des Canadiens se transmettait de génération en génération, à grands cris devant la télévision. Alan était incapable de regarder un match calmement. Et quand ses fils sont nés, il n’y avait pas de débat possible : ils sortaient de l’hôpital habillés en bleu-blanc-rouge.

Même lorsqu’ils jouaient à Port Credit sous le nom des Maple Leafs, Michael savait qu’un mauvais « Go Leafs Go »pouvait lui attirer un regard lourd de sens. Il n’avait pas le choix. Être partisan du CH faisait partie de son ADN.

Un père exigeant, mais jamais aveugle

Alan n’a jamais forcé ses fils à jouer au hockey. Mais une fois qu’il a vu qu’ils avaient quelque chose de spécial, il a décidé de leur offrir toutes les chances possibles.

Des heures d’analyse vidéo. Des discussions interminables après les matchs. Une obsession du détail.
Michael le dit lui-même : sans cette pression, sans ces standards élevés, il ne serait pas le joueur qu’il est aujourd’hui.

Et pourtant, Alan répétait toujours la même chose : si les garçons veulent arrêter, on arrête. Mais s’ils veulent y aller, alors c’est pédale au fond.

Pas de regrets. Pas de demi-mesures. Se lever chaque matin avec un objectif clair. Travailler. Compétitionner. Être discipliné.

Surtout, ne jamais regarder en arrière dans dix ans en se disant : j’aurais dû travailler plus fort.

Quand Alan meurt subitement à l’été 2023, tout s’effondre. La scène racontée par Rania, à l’hôpital, est d’une violence émotionnelle rare. Michael, encore sous le choc, lâche une phrase qui résume tout : « Papa ne sera pas là pour mon repêchage. »

La réponse de sa mère est simple, mais déchirante : « Il va être là… juste pas physiquement. »

Michael n’a pas arrêté. Il a continué à s’entraîner. Il s’est réfugié dans le gym, sur la glace, parce que rester immobile était pire que la douleur. Le hockey devenait un endroit où le monde semblait encore normal.

Puis arrive le repêchage 2024, à Sphere, à Las Vegas. Une attente interminable. Les choix passent. 9… 10… 18… La respiration se coupe. Michael regarde sa mère et lui demande, presque comme un enfant : « Tu penses qu’ils vont me prendre? »

Et soudain, la voix retentit : le Canadien de Montréal sélectionne Michael Hage.

Le documentaire capte l’instant exact où tout se fige. Les larmes. Le vertige. La certitude irrépressible que ce moment dépasse le sport. Rania le dit sans hésiter : « C’est un signe de ton père. »

Michael ne marche plus. Il flotte. Il pense à son père, à ce qu’il aurait ressenti, à quel point il aurait explosé de joie.

Le timing est presque irréel. Pendant que ce documentaire bouleverse les téléspectateurs, Équipe Canada junior détruit la Slovaquie 7 à 1 au Minnesota en quart-de-finale.

Une démonstration de force. Une vague rouge et blanche.

Sur l’avantage numérique, avec Michael Hage, Gavin McKenna, Brady Martin et Zayne Parekh, c’est de toute beauté. Un tic-tac-toe sublime. Une domination totale.

Comme si, symboliquement, tout se remettait en place en même temps.

Ce documentaire n’a pas touché les gens parce qu’il parlait d’un espoir de la LNH. Il a touché parce qu’il parlait d’un fils, d’un père, d’une famille brisée mais debout, d’un jeune homme qui joue chaque match avec la conscience aiguë que rien n’est garanti.

Michael Hage l’a dit lui-même : chaque fois qu’il embarque sur la glace, il pense à son père. Aux leçons. À l’urgence de vivre. À la gratitude.

Et soudain, le repêchage, le Canadien, le Canada qui domine, tout ça devient secondaire. Ce qu’on retient, c’est cette vérité simple et brutale : le hockey peut parfois servir de fil conducteur à des histoires humaines qui nous dépassent complètement.