À Buffalo, ça ne passe tout simplement pas.
Deux jours après l’élimination crève-cœur contre les Canadiens de Montréal, la colère ne retombe pas. Elle grossit. Elle explose. Elle prend même une tournure complètement surréaliste.
Parce qu’au-delà du but d’Alex Newhook en prolongation et de la qualification du Tricolore pour la finale d’association, plusieurs partisans des Sabres, certains médias locaux et même quelques journalistes de Buffalo continuent de crier au scandale.
Et dans leur esprit, le match numéro sept aurait tout simplement été influencé.
Tout part évidemment du fameux coup de sifflet rapide qui hante encore Buffalo.
Cette séquence où Jakub Dobeš croit avoir immobilisé la rondelle, où les arbitres sifflent presque instantanément… avant que Beck Malenstyn pousse le disque derrière la ligne des buts.
Trop tard.
Le jeu est déjà arrêté.
À Buffalo, plusieurs ne s’en remettent tout simplement pas.
Lindy Ruff lui-même n’a jamais caché sa frustration après le match.
“J’ai trouvé que le sifflet était un peu rapide parce qu’on peut toujours revenir et regarder ça.”
Une façon diplomatique de dire ce que plusieurs dans l’organisation pensent réellement : le but aurait dû compter.
Et ce n’est pas le seul élément qui alimente la frustration.
Parce que selon Renaud Lavoie, les Canadiens de Montréal ont aussi bénéficié d’un autre énorme cadeau des officiels.
Une séquence passée pratiquement inaperçue pendant la tempêtedu match.
Six joueurs du Canadien sur la glace.
Et on ne parle pas une transition rapide ou d'une fraction de seconde.
On parle bel et bien d'une présence prolongée.
« Regardez ici : il y a six joueurs des Canadiens de Montréal sur la patinoire. Et ce n’est pas juste durant une demi-seconde. Ça dure trop longtemps. C’est une pénalité automatique de deux minutes », a expliqué Renaud Lavoie sur les ondes de TVA Sports.
Voici la séquence vidéo:
Renaud n’a pas arrêté là.
« Si les Canadiens de Montréal avaient perdu, on aurait dit que les arbitres n’effectuaient pas leur travail, qu’ils étaient aveugles. On aurait tout dit sur eux. »
Le journaliste a même ramené une vieille phrase de Michel Therrien qui résonne aujourd’hui encore.
« Pour aller loin en séries, tes joueurs doivent être en santé… et il faut que la chance soit un peu de ton bord. Les officiels doivent t’offrir quelques petits cadeaux. »
Selon Lavoie?
Les Canadiens de Montréal ont clairement reçu quelques cadeaux.
Mais là où ça devient complètement fou… c’est dans les théories qui circulent maintenant à Buffalo.
Parce que certains journalistes locaux sont allés beaucoup plus loin.
Beaucoup trop loin, diront certains.
Sur les radios sportives et les réseaux sociaux, plusieurs avancent maintenant une théorie du complot impliquant Gary Bettman et Geoff Molson.
Dans cette version des faits, le commissaire de la LNH aurait tout intérêt à voir les Canadiens de Montréal avancer le plus loin possible.
Pourquoi?
Parce que Montréal, c’est une machine à cotes d’écoute.
Parce qu’une finale impliquant les Canadiens de Montréal fait exploser les chiffres partout au Canada.
Parce que les revenus publicitaires augmentent.
Parce qu’une longue run éliminatoire du Tricolore devient un produit télé gigantesque.
Et certains vont même jusqu’à relier ça aux discussions autour des droits télé francophones.
Selon cette théorie, plus TVA Sports génère d’argent avec un parcours éliminatoire historique des Canadiens de Montréal, plus le diffuseur serait en position de payer cher pour conserver les droits nationaux (le deal est presque signé).
À Buffalo, on voit un système où tout le monde aurait avantage à voir Montréal survivre.
Et là, le nom de Geoff Molson est sur toutes les lèvres à Buffalo.
Certains journalistes locaux évoquent la relation entre Molson et Gary Bettman, rappelant qu’ils sont très proches dans les cercles de gouvernance de la ligue et parmi les propriétaires influents.
Pendant ce temps-là, Terry Pegula, propriétaire des Sabres de Buffalo, est perçu comme beaucoup plus isolé politiquement dans les hautes sphères de la LNH.
Alors évidemment, les théories explosent.
« La ligue voulait Montréal. »
« Bettman voulait les Canadiens de Montréal en finale de conférence. »
« Buffalo n’avait aucune chance avec ces arbitres. »
Voilà le genre de messages qu’on voit partout depuis 48 heures.
Surtout que la région de Buffalo est la même région que Toronto, ce qui veut dire que la finale de conférence gardera les même cotes d'écoute dans la région ouest de l'état de New York et du sud de l'Ontario.
Mauvais perdants ou conspirationnistes? Ou les deux?
La vérité?
Les Sabres de Buffalo ont eu leurs chances.
Ils ont dominé de longues séquences du match.
Ils ont bombardé Jakub Dobeš.
Ils ont poussé les Canadiens de Montréal dans leurs derniers retranchements.
Et malgré toute la controverse, malgré les décisions contestées, malgré le sifflet rapide…
Ils n’ont jamais trouvé le moyen d’achever le travail.
Le hockey est cruel comme ça.
Oui, les décisions arbitrales font partie de l’histoire.
Oui, Buffalo peut légitimement se sentir frustré sur certaines séquences.
Mais comme le disait souvent Michel Therrien : parfois, en séries, il faut aussi que les arbitres ombent de ton bord.
Et lundi soir, force est d’admettre que les hommes rayés ont souri aux Canadiens de Montréal.
À Buffalo, ça laisse un goût amer.
À Montréal?
On appelle ça simplement survivre.
