Entrevue cinglante: Jacob Fowler se dit incassable

Entrevue cinglante: Jacob Fowler se dit incassable

Par David Garel le 2026-01-08

La mentalité de Jacob Fowler nous donne des frissons dans le dos.

On réalise non seulement son talent, mais surtout sa force psychologique.

La victoire contre Calgary, au-delà du score et de la vague qui a déferlé dans un Centre Bell euphorique, a été l’un de ces moments fondateurs pour Jacob Fowler.

On a vu un gardien de 21 ans naviguer dans un environnement chargé d’émotions, de bruit, de pression, et pourtant demeurer ancré dans une forme de calme étonnant pour un joueur qui découvre encore les réalités de la LNH.

Cette soirée aurait pu l’emporter, comme elle en a déjà emporté beaucoup d’autres avant lui. Au lieu de cela, elle l’a révélé.

La description qu’il fait lui-même de cette ambiance en dit long sur l’impact du lieu sans qu’on sente la moindre trace d’intimidation :

« C’était bananas. Cette place devenait folle. Chaque fois que je joue ici, j’ai l’impression que le niveau monte encore. Je n’ai pas joué dans beaucoup d’arénas où la vague part et où l’on a l’impression qu’un but vient d’être marqué. »

Plutôt que de se laisser déstabiliser, il absorbe l’énergie et la transforme en moteur. Il accueille la tempête non pas comme un poids, mais comme de l'essence qui va l'enflammer encore plus. À cet âge, ce rapport instinctif à la foule est déjà un signe distinctif.

Ce qui impressionne davantage encore, c’est la manière dont il analyse les moments critiques du match. Lorsque le tir de Blake Coleman, dévié par Lane Hutson, se retrouve soudainement dans son demi-cercle, il fait ce qu’il avait à faire : il bloque, il gèle, il stabilise.

Mais lorsqu’on lui demande de commenter ce jeu, il ne raconte pas l’arrêt ; il s’attarde à ce qu’il estime devoir améliorer :

« On travaille ces situations-là tous les jours. Je crois que je peux être encore plus calme. Moins je bouge, meilleur je suis. Si je m’agite, je deviens un peu brouillon, alors j’essaie de réduire mes mouvements au minimum. »

Il ne se complimente pas, il ne se raconte pas en héros du moment : il s’ajuste déjà pour la prochaine action. Cette capacité à réorienter l’analyse vers l’exigence plutôt que de se bomber le torse est caractéristique des gardiens qui comprennent très tôt que la longévité dans ce rôle repose d’abord sur la maîtrise de ce qui se passe entre les oreilles.

Cette lucidité se manifeste également dans la façon dont il aborde les buts, ou même les buts refusés. Le tir de Joel Farabee, qui se faufile sous son gant, l’irrite suffisamment pour qu’il en parle sans détour :

« C’était un mauvais but. Il ne faut simplement pas en accorder un autre comme ça. » affirme-t-il de manière cinglante.

Puis il ajoute, à propos du but de Kadri annulé pour hors-jeu :

« Je suis chanceux que le vidéo ait permis de l’annuler, parce que c’était encore un tir qui m’a battu côté mitaine. Ce n’apparaît pas sur la feuille, mais quand tu te fais battre deux fois de cette façon, tu dois travailler là-dessus. »

Ce double aveu, jamais défensif, jamais fragile, montre une mentalité d’analyse continue. Il ne cherche pas de refuge dans le résultat favorable, il ne se ment pas à lui-même, il ne s’abrite ni derrière la chance, ni derrière l’arbitrage. Loin de perturber sa confiance, ces minis-échecs le motivent au plus haut point.

Lorsqu’il évoque son âge, il ne s’en sert ni comme excuse, ni comme paravent :

« Je n’ai pas joué beaucoup de matchs. Je suis jeune. Je veux simplement apprendre. Être meilleur chaque soir. »

Mais ce qu’il ajoute ensuite possède une densité étonnante pour un joueur qui devrait être encore en phase exploratoire :

« Un but ne définit pas qui je suis. Je veux faire chaque arrêt possible. J’ai été élevé dans ce sport pour jouer au plus haut niveau et être un joueur important. Pour rester fort mentalement, je sais qu’il faudra beaucoup plus que ça pour me casser. »

C’est cette dernière phrase qui a fait sursauter plusieurs observateurs. Pas par provocation, ni par orgueil, mais parce qu’elle prouve une stabilité émotionnelle rarement observable chez un gardien à cet âge dans un marché aussi turbulent que Montréal.

C’est une phrase qui évoque la patience, la capacité à respirer sous la pression, la conscience d’un cheminement plus long que le simple match du jour.

L’écho avec les propos de Kent Hughes est frappant. La veille, le directeur général affirmait que le contexte montréalais exigeait une vigilance particulière pour protéger un jeune gardien, mais qu’en même temps, dans le cas précis de Fowler, cette crainte s’atténuait devant la maturité qu’il dégage : il « ne ressemble pas à un jeune gardien ».

Lorsque ces paroles lui ont été rapportées, Fowler n’y a pas vu une forme d’adulation, mais plutôt la validation d’un état d’esprit qu’il cultive :

« Je suis content que ce que je pense soit ce que les autres pensent aussi. J’aime rire et déconner hors glace, mais quand le match commence, j’ai un bon équilibre. Le hockey est une grande partie de ma vie, mais ce n’est pas tout. Un but ne définit pas qui je suis. Je veux simplement être mentalement solide, parce que je crois que c’est ce qui compte le plus, même plus que le talent. »

Wow. Des paroles qui nous donne la chaire de poule.

Plus il joue, plus l’idée de l’envoyer à Laval perd sa logique. Sa fiche, ses statistiques et sa technique comptent évidemment, mais ce sont surtout ses fondations psychologiques qui retiennent l’attention.

Ce qu’il montre n’est pas seulement prometteur, c’est durable. Le CH n’a pas simplement découvert un bon jeune gardien : il a identifié un tempérament, un rapport au jeu et à l’erreur qui s’accordent avec les exigences extrêmes de ce marché.

Fowler n’est pas un phénomène spectaculaire par des arrêts impossibles ou un style flamboyant. Il s’impose autrement : par une constance intérieure, une façon de digérer les événements, qu’ils soient favorables ou non, sans jamais perdre de vue le travail qu’il reste à accomplir. C’est cette force discrète, qui séduit le vestiaire, le personnel d’entraîneurs et la direction.

Montréal découvre un gardien qui ne s’éparpille pas, qui ne dramatise rien, qui ne s’enfuit pas derrière son âge ou son statut de recrue. Il est concentré, exigeant, mesuré, et pourtant capable d’apprécier la lumière de ce marché sans en être écrasé. Une combinaison rare.

Il est bel et bien celui qui va ramener la Coupe Stanley à Montréal.