Jeu dangereux : Martin St-Louis coincé par une bombe à retardement

Jeu dangereux : Martin St-Louis coincé par une bombe à retardement

Par André Soueidan le 2025-08-29

À Montréal, il y a toujours des histoires de vestiaire, des rumeurs de transactions, des débats d’après-match qui alimentent les partisans.

Mais il y a quelque chose qui dépasse tout ça et qui revient chaque année comme une obsession : l’avantage numérique.

Le powerplay du Canadien, ce n’est pas seulement un outil tactique, c’est une véritable religion… et une source infinie de frustrations.

Et là, Martin St-Louis se retrouve au milieu d’un casse-tête qui ressemble plus à une bombe à retardement qu’à une stratégie de hockey.

Parce que soyons clairs : il n’y a plus de débats sur les joueurs qui DOIVENT être sur la première unité.

Nick Suzuki est ton capitaine, ton cerveau, ton stabilisateur.

Cole Caufield est ton tireur naturel, celui qui fait lever le Centre Bell à chaque fois qu’il arme son lancer.

Lane Hutson, depuis l’an dernier, est devenu intouchable : un quart-arrière électrisant, recordman de points pour une recrue à la ligne bleue, un magicien qui transforme chaque possession en feu d’artifice.

Ajoute à ça Patrik Laine, avec son one-timer meurtrier du flanc gauche, et tu as déjà quatre places verrouillées.

Il en reste une… et c’est là que le cauchemar commence.

Parce qu’au-delà de ce qu’on voit sur la glace, il y a la hiérarchie, l’ego, et surtout les attentes.

Et St-Louis doit jongler avec ça comme un funambule au-dessus d’un volcan.

Juraj Slafkovsky, l’ancien premier choix, doit être placé quelque part.

Est-ce qu’il devient ton bumper?

Est-ce que tu sacrifies son temps de glace pour installer un autre vétéran devant le filet?

Et puis, il y a Ivan Demidov, le prodige russe, celui qui a fait saliver les recruteurs et qui n’attend qu’une chose : du temps de jeu significatif pour prouver qu’il est déjà prêt à dominer.

Est-ce que tu oses le reléguer sur une deuxième unité quand tout le monde sait qu’il a le talent pour être une vedette instantanée?

Et ce n’est pas tout. Noah Dobson débarque de Long Island avec la ferme intention de montrer à la planète hockey qu’il a été sous-utilisé par Patrick Roy.

Dobson, c’est un défenseur qui a déjà prouvé qu’il peut amasser 70 points dans la LNH.

Tu crois vraiment qu’il est venu à Montréal pour jouer 45 secondes par match sur la deuxième vague de powerplay?

Bienvenue dans le cauchemar de Martin St-Louis.

À Long Island, Dobson a vu ses présences réduites parce que Roy refusait de fonctionner avec une hiérarchie claire.

Il roulait ses deux vagues de powerplay au gré du vent. Résultat : frustration, perte de confiance, production offensive en chute libre.

Dobson a quitté les Islanders en se disant qu’à Montréal, il allait enfin retrouver son statut.

Mais la réalité, c’est que la première unité est bétonnée.

Lane Hutson est indélogeable à la pointe.

Suzuki est indiscutable.

Caufield est indispensable.

Laine a son bureau verrouillé.

Et Slafkovsky, qu’on le veuille ou non, fait partie du futur de cette équipe.

Où places-tu Dobson?

C’est là que ça explose. Parce qu’un joueur comme lui, qui veut prouver sa valeur et qui arrive dans un marché aussi intense que Montréal, ne restera pas silencieux longtemps.

Les murmures vont se transformer en échos. Les échos en polémiques.

Et St-Louis sera pointé du doigt : pourquoi un gars comme Dobson n’est pas utilisé à sa pleine valeur? C’est le genre de bombe qui ne demande qu’à éclater dans un vestiaire.

Et pourtant, il n’y a pas de solution simple.

Tu ne peux pas séparer Lane Hutson et Patrik Laine sur la première vague sans briser la chimie qui a terrorisé les gardiens adverses l’an dernier.

Hutson distribue, Laine explose, c’est devenu l’ADN de ce powerplay.

Tu ne peux pas écarter Suzuki, il est capitaine.

Tu ne peux pas tasser Caufield, il est ton meilleur marqueur. Alors quoi?

Tu fais patienter Dobson sur la deuxième unité avec Mike Matheson, Ivan Demidov et Kirby Dach?

Oui, ça peut fonctionner. Oui, ça donne une profondeur rare.

Mais pour un gars comme Dobson, ça sonne comme une rétrogradation.

Et ça, c’est exactement le genre de dilemme qui fait perdre le sommeil aux entraîneurs.

Parce qu’on sait comment ça marche à Montréal : une séquence de cinq matchs sans but en avantage numérique et c’est la crise.

Les journalistes s’en mêlent.

Les partisans hurlent.

Les réseaux sociaux deviennent un tribunal sans appel.

Et là, ce n’est plus seulement une question de stratégie, c’est une question de survie.

Le powerplay du Canadien, l’an dernier, a terminé avec un taux d’efficacité de 22,4 % en saison régulière.

Pas catastrophique, mais pas suffisant pour aspirer aux grands honneurs.

En séries, l’efficacité est tombée à 17,8 %. C’est là que le bât blesse.

Parce que tout le monde le sait : en séries éliminatoires, les matchs se jouent sur les unités spéciales.

Et si ton avantage numérique flanche, tu es condamné.

C’est pour ça que St-Louis marche sur une corde raide.

Il sait que son futur à Montréal est lié à cette maudite unité spéciale.

Si ça fonctionne, il passe pour un génie.

S’il échoue, il devient le prochain coupable sur la liste. Et la liste, à Montréal, elle est longue comme le bras.

Le plus ironique, c’est que toutes ces pièces sont des atouts incroyables.

Peu d’équipes dans la LNH peuvent se vanter d’avoir un Lane Hutson à la pointe, un Cole Caufield sur le flanc, un Patrik Laine prêt à tirer à la moindre ouverture, et un capitaine comme Suzuki pour orchestrer le tout.

Ajoute à ça le potentiel de Demidov, la puissance de Slafkovsky et le talent brut de Dobson, et tu as un arsenal qui devrait terroriser la ligue entière.

Mais trop d’options tue l’option. C’est le paradoxe de la richesse. Et St-Louis doit trouver la formule magique sans créer une guerre interne.

Parce que c’est ça, la bombe à retardement. Tant que les résultats sont là, tout le monde sourit.

Mais dès que les chiffres baissent, les frustrations ressortent.

Dobson pourrait rappeler qu’il a déjà été un défenseur de premier plan offensivement. Demidov pourrait commencer à s’impatienter.

Slafkovsky pourrait réclamer plus de responsabilités.

Et tout ça, c’est Martin St-Louis qui devra le gérer.

Le Canadien est à un carrefour. L’équipe sort d’une reconstruction qui commence à porter fruit.

Les jeunes étoiles explosent. Le Centre Bell vibre comme jamais.

Mais il reste des pièges. Et l’avantage numérique est le plus gros de tous.

C’est là que se jouera une partie de la saison. C’est là que St-Louis peut faire la différence… ou s’écrouler sous la pression.

Alors, quand on dit que Martin St-Louis joue un jeu dangereux, ce n’est pas une métaphore.

C’est la réalité brute d’un entraîneur coincé entre des choix impossibles et une ville qui n’a aucune patience. La bombe est enclenchée.

La question, c’est de savoir combien de temps il lui reste avant qu’elle explose.

BOOM!