Le nom de Marc Bergevin refait surface, encore une fois, au moment où une organisation cherche une direction claire.
Cette fois, c’est à Nashville que ça se joue, dans un contexte qui, à première vue, peut donner l’illusion d’une équipe compétitive, mais qui, en réalité, cache un problème beaucoup plus profond. Et c’est là que la vraie question se pose, sans détour : est-ce vraiment l’homme de la situation pour les Predators ?
Parce que si on revient à ce que Bergevin a été à Montréal, il y a une constante qui revient sans arrêt. Une résistance presque obstinée à l’idée de reconstruire.
Pendant des années, il a maintenu les Canadiens de Montréal dans une zone grise, refusant de trancher, refusant de vendre, refusant d’accepter que le cycle était terminé. Résultat : une équipe coincée entre deux réalités, jamais assez forte pour aspirer aux grands honneurs de façon durable, jamais assez faible pour repartir sur des bases solides.
Ce n’était pas un manque d’occasions. Des moments charnières, il y en a eu plusieurs. Des joueurs qui auraient pu rapporter gros, des fenêtres pour accumuler des choix, pour repositionner l’organisation.
Mais Bergevin a choisi de continuer à pousser, à patcher, à croire qu’un ajustement ici et là suffirait. Cette philosophie-là, elle est au cœur du débat aujourd’hui.
Parce que Nashville, ce n’est pas Buffalo.
À Buffalo, le changement de direction a coïncidé avec une montée spectaculaire, mais surtout logique. Quand Kevyn Adams a quitté, les Sabres étaient derniers dans l’Est avec une fiche ordinaire.
Puis, la structure en place a explosé offensivement, propulsée par un noyau jeune déjà prêt à éclore. Tage Thompson, Josh Norris, Ryan McLeod : des joueurs dans leur prime ou sur le point d’y entrer.
Même chose à la ligne bleue avec Rasmus Dahlin, Owen Power, Bowen Byram et Mattias Samuelsson. Ce groupe-là n’avait pas besoin d’être reconstruit, il avait besoin d’être stabilisé et encadré.
C’est exactement ce que Jarmo Kekalainen a fait. Il n’a pas tout chamboulé. Il a ajouté des pièces de soutien, ciblées, sans hypothéquer l’avenir. Logan Stanley, Luke Schenn, Sam Carrick : ce ne sont pas des vedettes, mais ce sont des joueurs qui donnent une structure. Et aujourd’hui, Buffalo récolte les fruits de cette approche avec une remontée qui les place au sommet de leur section.
Mais à Nashville, la réalité est complètement différente.
Oui, les Predators gagnent des matchs récemment. Oui, ils sont revenus dans la course. Mais il faut regarder au-delà du classement immédiat. Le noyau offensif est vieillissant. Ryan O’Reilly a dépassé le cap des 35 ans. Steven Stamkos approche la fin de sa carrière. Roman Josi, pilier défensif, s’en va vers le même horizon. Jonathan Marchessault et Erik Haula sont dans cette même tranche d’âge où la production peut chuter rapidement.
Ce n’est pas une équipe en ascension. C’est une équipe qui tente de prolonger une fenêtre qui se referme.
Et c’est exactement le type de situation qui met Bergevin face à ses propres tendances.
Parce que s’il arrive à Nashville avec la même mentalité qu’à Montréal, le danger est évident. Continuer à croire que ce groupe peut tenir le coup, ajouter des vétérans, retarder l’inévitable.
Aller chercher des solutions à court terme pour rester compétitif, au lieu d’accepter une transition nécessaire. Et ça, dans le contexte actuel des Predators, ce serait une erreur majeure.
Contrairement aux Sabres, Nashville n’a pas une base jeune prête à exploser. Luke Evangelista est prometteur, mais il n’est pas une pierre angulaire élite. Matthew Wood est encore en développement.
Yegor Surin représente un espoir intéressant, mais incertain. Brady Martin pourrait devenir un bon joueur, sans être transformateur. Et à la défense, il n’y a personne qui s’approche du niveau de Roman Josi pour prendre la relève.
Autrement dit, le cœur de l’équipe est encore entre les mains de joueurs qui approchent de la sortie.
Et c’est là que la décision devient cruciale. Est-ce que tu prolonges l’illusion ou est-ce que tu recommences ?
Bergevin, historiquement, a toujours choisi la première option.
Son passage à Montréal l’a démontré de façon répétée. Il a construit des équipes capables de surprendre, oui. Il a même atteint une finale de la Coupe Stanley, ce qui reste un accomplissement réel. Mais cette run-là, elle a aussi contribué à masquer les problèmes structurels. Elle a repoussé des décisions qui auraient dû être prises plus tôt.
Et c’est exactement ce qui ne peut pas se reproduire à Nashville.
Parce que la comparaison avec Buffalo s’arrête là. Les Sabres peuvent se permettre d’ajouter sans se compromettre. Leur noyau est jeune, établi, et encore loin de son plafond. Les Predators, eux, sont dans une phase où chaque décision doit être alignée avec une vision à moyen et long terme. Aller chercher une participation en séries pour se faire sortir rapidement ne règle rien. Au contraire, ça retarde une reconstruction et fait perdre des actifs.
Le travail à faire est beaucoup plus lourd que ce qu’il paraît.
Et c’est ce qui rend la candidature de Bergevin aussi polarisante.
D’un côté, c’est un gestionnaire expérimenté, respecté dans le milieu, capable de naviguer la pression et de faire des transactions importantes. De l’autre, c’est un dirigeant qui a montré une certaine rigidité dans sa vision, une difficulté à pivoter au bon moment, à accepter qu’un cycle est terminé.
À Nashville, il ne s’agit pas de gérer une équipe déjà sur les rails. Il s’agit de redéfinir complètement une direction.
Et ça demande une lucidité que Bergevin n’a pas toujours démontrée dans le passé.
Le simple fait qu’il ait obtenu une entrevue montre que les Predators explorent plusieurs options, comme c’est normal dans ce genre de processus. Mais s’il hérite du poste, il devra faire quelque chose qu’il n’a jamais vraiment fait à Montréal : accepter de reculer pour mieux avancer. Accepter de vendre. Accepter de construire patiemment.
Parce que sinon, l’histoire risque de se répéter.
Une équipe coincée, encore une fois, entre deux cycles. Pas assez forte pour aspirer sérieusement à la Coupe, pas assez faible pour se donner une base élite. Et dans la LNH actuelle, cet entre-deux est probablement le pire endroit où se retrouver.
La vraie question n’est donc pas de savoir si Marc Bergevin peut gérer les Predators au quotidien. Il l’a déjà fait ailleurs. La vraie question, c’est s’il est prêt à changer sa façon de voir.
Parce qu’à Nashville, contrairement à ce qu’on voit à court terme, il n’y a pas de raccourci.
